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Litha, le solstice d'été : le jour le plus long annonce déjà la nuit

21 juin 2025 par
Olivier Van Bunderen


À l'aube du solstice, la rosée tient encore aux herbes quand le premier rayon touche la menthe sauvage, et son odeur monte d'un coup, chaude et verte. Ce matin-là commence le plus long jour de l'année. Pourquoi le fête-t-on depuis tant de siècles, alors qu'il annonce le retour de la nuit ? Un moine de Northumbrie, un évêque de Tournai et deux rois de légende ont chacun laissé un indice.

L'essentiel à retenir

Qu'est-ce que Litha ? C'est le nom que les païens d'aujourd'hui donnent à la fête du solstice d'été, l'une des huit fêtes de la Roue de l'année. Le mot vient d'un ancien nom de mois anglo-saxon.

La fête est-elle ancienne ? Les fêtes de la Saint-Jean le sont : l'Église les connaissait dès le haut Moyen Âge. Le nom de Litha pour un sabbat, comme les wiccans appellent ces fêtes, et la Roue en huit fêtes datent, eux, du XXe siècle.

Que célèbre-t-on ce jour-là ? Un sommet, celui d'une lumière qui ne peut plus monter. Beaucoup de pratiquants le racontent par le combat de deux rois.

Comment la fêter ? Par des gestes simples, de l'aube au dernier verre, que chacun adapte à sa propre pratique.

« La nuit la plus courte se passe dehors. »

Le Grimoire de L'Alchymiste

lever de soleil sur une prairie couverte de rosée un matin de juin

Le matin le plus clair

Ce jour-là, en Belgique, la lumière dure plus de seize heures. Six mois plus tard, elle en durera à peine huit.


L'enquête

L'aube où le soleil s'arrête

Au matin du solstice, en Belgique, le soleil se lève vers 5 h 30 au nord-est, plus au nord qu'à aucun autre jour de l'année. Qui le guette du même seuil l'a vu, depuis l'hiver, glisser chaque matin un peu plus vers la gauche de l'horizon. Autour du 20 ou du 21 juin, selon les années, le point du lever cesse de remonter vers le nord. Pendant quelques jours, il semble rester sur place, puis il repart vers le sud. Les Latins avaient un mot pour cette hésitation : solstitium, de sol, le soleil, et sistere, s'arrêter.

Le soleil ne s'arrête pas, bien sûr. C'est la Terre, inclinée sur son axe, qui tend ce jour-là son hémisphère Nord vers lui le plus franchement. À Fleurus, en Hainaut, il monte à midi à plus de soixante degrés au-dessus de l'horizon. On ne peut pas avoir davantage de lumière. À partir du lendemain, on en aura un peu moins.

Bien avant qu'on parle de Litha, des hommes ont dressé des pierres face à ce lever. À Stonehenge, dans le sud de l'Angleterre, le cercle de grands blocs de grès date d'environ 2500 avant notre ère. Son axe regarde d'un côté le lever du soleil au solstice d'été, de l'autre son coucher au solstice d'hiver. Depuis 2000, après quinze ans de fermeture le jour du solstice, English Heritage, qui gère le site pour l'État, ouvre le cercle à l'aube. Des milliers de personnes y attendent le soleil : des familles, des curieux, et des druides en blanc, qui saluent le lever au milieu de pierres dressées plus de deux mille ans avant les druides de l'Antiquité.

Les archéologues ne s'accordent pourtant pas sur la saison qui comptait le plus pour les bâtisseurs. L'équipe de l'archéologue britannique Mike Parker Pearson a fouillé Durrington Walls, un vaste site voisin, et y a trouvé des os de porcs abattus en hiver. Elle en a tiré l'hypothèse que les grands rassemblements avaient plutôt lieu au solstice de décembre. Le débat reste ouvert, mais l'hypothèse dit déjà quelque chose de juste.

Même à Stonehenge, l'été regarde vers l'hiver.

Le récit

Le Roi Chêne et le Roi Houx

Ceux qui fêtent Litha aujourd'hui racontent souvent ce paradoxe par une histoire : celle de deux rois qui se partagent l'année.

Il y a deux rois pour une seule année. Ce sont deux frères, disent certains, ou les deux visages d'un même dieu. Le premier, le Roi Chêne, porte une couronne de feuilles claires. Il règne depuis le cœur de l'hiver, et chaque jour de son règne est un peu plus long que la veille. Le second, le Roi Houx, est vêtu de vert sombre et de baies rouges. Il attend.

Le royaume n'a pas de place pour deux souverains, et la lumière ne peut pas monter toujours. Au matin du plus long jour, les deux frères se font donc face dans la clairière.

Jamais le Roi Chêne n'a été aussi fort. Sa couronne est pleine, ses bras sont lourds de soleil. C'est pourtant ce matin-là qu'il tombe.

Le Houx frappe sans haine. Il prend la place que la saison lui donne. Le vaincu ne meurt pas tout à fait : il se retire dans l'ombre des bois et attend la nuit la plus longue.

Cette nuit-là, ce sera son tour de vaincre.

⁂

Ce récit n'a rien d'antique. Il prend forme sous la plume de Robert Graves, poète et romancier anglais. Dans The White Goddess (1948), Graves reprend le roi-chêne de l'anthropologue écossais James George Frazer et lui donne un rival, son double, associé au houx. Il croit reconnaître ce rival dans le Chevalier vert de la légende arthurienne, qui entre à la cour de Camelot une branche de houx à la main. En 1981, Janet et Stewart Farrar, un couple de wiccans britanniques, en font un rituel dans Eight Sabbats for Witches : le Houx l'emporte à Litha, le Chêne à Yule, au solstice d'hiver. C'est la version la plus répandue dans la pratique wiccane, même si d'autres pratiquants placent le combat ailleurs dans l'année.

Le mythe est récent.

Il dit pourtant vrai : le jour du triomphe est celui où la lumière commence à reculer.

L'enquête

Le nom d'un mois, pas d'une fête

Pour savoir d'où vient le nom, il faut remonter au monastère de Jarrow, au bord de la Tyne, dans le royaume de Northumbrie, vers 725. Bède, l'un de ses moines, y achève un traité sur la mesure du temps, De temporum ratione. C'est un homme qui compte les jours, les lunes et les marées. Ailleurs dans le même livre, il observe que la mer ne monte pas à la même heure sur tous les points de la côte. Au chapitre 15, il consigne les noms que les Anglais donnaient à leurs mois avant leur conversion.

Juin et juillet y portent le même nom, Liða. Le mot, explique-t-il, veut dire « doux » ou « navigable » : ces deux mois-là, l'air est calme et doux, et l'on a coutume de prendre la mer. Bède ne parle d'aucune fête de juin. Il en signale une, en revanche, la nuit du 24 décembre, que son peuple appelait Modranecht, la « nuit des mères ».

Le jour le plus long n'avait pas de fête chez Bède.

La nuit la plus longue en avait une.

Le mot attendra douze siècles avant de changer d'usage. En 1958, en Angleterre, le coven de Gerald Gardner, figure fondatrice de la Wicca, ajoute à la demande de ses membres les solstices et les équinoxes aux quatre grandes fêtes qu'il célébrait déjà : la Roue de l'année compte désormais huit rayons. Le nom de Litha arrive ensuite. On l'attribue à Aidan Kelly, auteur américain, qui l'emploie en 1974 dans un calendrier païen. L'historien britannique Ronald Hutton, qui a retracé cette histoire, l'a montré : la Roue de l'année est une création moderne, qui puise dans des traditions anciennes sans en être la continuation directe.

Le nom est neuf.

La question qu'il porte est beaucoup plus vieille.

La nuit des feux et des herbes

Au VIIe siècle, Éloi est évêque de Noyon et de Tournai, la ville de l'Escaut, aujourd'hui en Hainaut comme Fleurus. Une prédication qu'on lui attribue, conservée dans le récit de sa vie, contient une interdiction précise pour la fête de saint Jean-Baptiste, le 24 juin, quelques jours après le solstice : que personne ne célèbre « les solstices », ni les danses, ni les rondes, ni les chants que l'évêque dit diaboliques. Le passage ne dit pas un mot des feux.

On dansait donc, puisqu'on l'interdisait.

Cinq siècles plus tard, les feux sont là. Au XIIe siècle, Jean Beleth, liturgiste parisien, décrit la veille de la Saint-Jean : on y brûle des os, on porte des torches et l'on fait rouler une roue. Cette roue, explique-t-il, figure le soleil qui, parvenu au plus haut de sa course, redescend. Huit cents ans avant les deux rois de Graves, un clerc disait déjà la même chose avec une roue de feu.

Bien avant Beleth, au début du Ve siècle, saint Augustin, évêque d'Hippone, lisait la date de la même façon : Jean-Baptiste naît quand les jours commencent à diminuer, le Christ quand ils recommencent à croître. Augustin s'appuyait sur une parole du Baptiste dans l'Évangile de Jean : « Il faut qu'il croisse et que je diminue. »

D'où venaient ces brasiers ? Les folkloristes du XIXe siècle, et Frazer après eux, y ont vu les restes d'un culte solaire préchrétien. On l'a souvent répété, mais les sources ne le montrent pas. Chez nous, les feux qui attirent les foules brûlent d'ailleurs à l'autre bout du calendrier : les grands feux du premier dimanche de Carême, comme celui de Bouge, à Namur, saluent la fin de l'hiver, pas le sommet de l'été.

Plus au nord, la nuit la plus courte se fête encore à pleine voix. En Suède, la veille de Midsommar, on dresse un mât couvert de feuillage et de fleurs, et l'on danse autour, couronne de fleurs sur la tête.

mât de Midsommar décoré de feuillages et de fleurs dans une prairie

Les petites grenouilles

Autour du mât, petits et grands chantent Små grodorna, « les petites grenouilles », et sautillent comme elles.


En Lettonie, on veille la nuit de la Saint-Jean jusqu'à l'aube, couronné de chêne ou de fleurs. En Lituanie, elle a gardé un autre nom, qu'on retrouvera à la nuit tombée.

Plus l'hiver est long, plus l'été se fête fort.

⁂

La veille de la Saint-Jean avait aussi ses herbes. Tenez une feuille de millepertuis contre la lumière : elle est criblée de points translucides, et son nom le dit, mille pertuis, mille petits trous. Froissée, sa fleur jaune laisse sur les doigts une trace rouge. On l'appelait herbe de la Saint-Jean et, d'un nom latin ancien, fuga daemonum, le chasse-diable : on la suspendait aux portes.

bouquet de millepertuis et d'armoise sur une table en bois

L'herbe du Baptiste

Le néerlandais appelle le millepertuis Sint-Janskruid, l'allemand Johanniskraut : chez nos voisins aussi, il porte le nom du saint.


Nous connaissons une autre cueillette de la Saint-Jean. À l'atelier, c'est autour de cette date que la noix est encore verte : une coque qui n'a pas encore durci, une chair tendre, un brou qui noircit les doigts pour plusieurs jours. Nous la mettons à macérer en plein juin, et elle patiente longtemps avant de livrer sa couleur et son goût. En Émilie, en Italie, la tradition du nocino fixe même la cueillette à la nuit du 23 au 24 juin.

Ce qui est cueilli au plus haut de la lumière ne se révèle qu'après des mois d'ombre.

Les traditions

La porte de juin

Pour ceux qui la pratiquent aujourd'hui, la fête est vivante, et elle porte plusieurs noms. Le wiccan dit souvent Litha, le druide Alban Hefin ; les païens d'inspiration germanique, les heathens, plutôt Midsummer. Dans l'hémisphère Sud, les pratiquants inversent la Roue, et Litha y tombe en décembre.

L'une des sources du druidisme moderne est née aux jours du solstice. Le 21 juin 1792, sur Primrose Hill, une colline du nord de Londres, Iolo Morganwg réunit la première assemblée de son Gorsedd des bardes. De son vrai nom Edward Williams, Iolo était tailleur de pierre gallois, poète et faussaire de génie. C'est à lui qu'on doit le nom gallois d'Alban Hefin pour le solstice d'été. L'Ordre des bardes, ovates et druides, fondé en 1964 par Ross Nichols, le célèbre parmi ses huit fêtes et le traduit par « lumière de l'été ».

Le Gorsedd a une date de naissance.

C'est le lendemain du solstice.

Dans les livres wiccans, de l'Américain Scott Cunningham aux Farrar, la nuit de Litha est celle des herbes qu'on cueille, du feu qu'on allume et du chaudron, quand la lumière est saluée à son sommet. C'est aussi, dans bien des campagnes d'Europe, une nuit de présages : on y cherchait des fleurs pour rêver, et la plus introuvable de toutes.

Voir dans le sommet le début de la descente : l'idée est bien plus ancienne que la Wicca et que les druides de Primrose Hill. Au début du Ve siècle, l'auteur latin Macrobe, dans son Commentaire au Songe de Scipion, décrit deux portes dans le ciel. Par celle du Cancer, le signe où entre le soleil au solstice d'été, les âmes descendent vers la naissance : c'est la « porte des hommes ». Par celle du Capricorne, le signe du solstice d'hiver, elles remontent : c'est la « porte des dieux ». Le solstice d'été ouvre la porte qui descend, et celui d'hiver la porte qui remonte.

Les francs-maçons ont gardé les deux saints Jean : le Baptiste en juin, l'Évangéliste en décembre. Leurs loges se disaient traditionnellement « de Saint-Jean », et la première Grande Loge serait née à Londres un 24 juin, en 1717. Au XXe siècle, l'ésotériste français René Guénon a rassemblé ces deux portes et ces deux saints Jean autour de Janus, le dieu aux deux visages.

« Le solstice d'été ouvre la porte qui descend, et celui d'hiver la porte qui remonte. »

Le Grimoire de L'Alchymiste

Ces images ont pris corps dans des objets qu'on peut tenir. La feuille de chêne d'abord, que les Lettons tressent en couronne et que Graves, dans son calendrier des arbres, associait au mois de Duir, nom qu'il rapprochait du mot « porte ». Le miel ensuite, cet or qui se mange et se boit, récolté au plus fort des fleurs. Pour les correspondances de la saison, ces plantes, couleurs et pierres que les pratiquants associent à la fête, il ne s'agit pas de traditions anciennes, mais d'une grammaire contemporaine, que chacun est libre d'utiliser ou non.

Les alchimistes, enfin, ont un nom pour ce qui culmine à Litha : Sol, le Soleil, signe de l'or, le métal achevé. Mais l'œuvre ne s'arrête jamais au Soleil seul. Chez les alchimistes de la Renaissance, le soufre, principe de feu et de couleur, doit être tempéré par le mercure et fixé par le sel, sans quoi il brûle tout.

Le sommet est une porte. Et une porte s'ouvre dans les deux sens.

Les gestes

De l'aube au dernier verre

Levez-vous avant le soleil. Ce sont des gestes d'aujourd'hui, à prendre, à changer ou à laisser selon votre propre pratique, et celui-ci ne demande qu'un seuil et un peu de silence. Repérez au loin un arbre, un toit ou un clocher, et notez derrière lequel le soleil apparaît : vous ne le verrez plus se lever aussi au nord avant un an. Marchez pieds nus dans l'herbe humide, passez la main sur la rosée et mouillez-vous le visage. Et si la drache s'invite au jour le plus long, comme elle en a l'habitude chez nous, le soleil se lève quand même au nord-est : on le croira sur parole.

Avant que le soleil soit haut, cueillez au bord du chemin quelques herbes communes : millepertuis, armoise, une feuille de chêne, et des fleurs d'un arbuste, le sureau noir. Laissez les plantes rares là où elles poussent. Liez votre bouquet d'un fil et suspendez-le à la porte.

Au midi solaire, vers 13 h 45 en Belgique, plantez un bâton bien droit au soleil et marquez d'une pierre le bout de son ombre. C'est l'ombre la plus courte de l'année : une cinquantaine de centimètres pour un bâton d'un mètre. Laissez la pierre en place. À Yule, au même endroit, la même ombre s'étirera sur trois mètres et demi, sept fois plus. Le Liber Resh (1911) d'Aleister Crowley, fondateur du courant magique Thelema, invite à saluer le soleil quatre fois par jour, et le salut de midi tombe ce jour-là au plus haut de l'année.

Cinquante centimètres d'ombre.

C'est tout ce que l'été laisse à la nuit.

table d'été à l'heure dorée avec fraises, miel, fleurs et verres dorés

Le repas qui s'attarde

Ce soir-là, en Belgique, le soleil ne se couche qu'aux alentours de 22 heures : la table du dehors a tout son temps.


Le soir, dressez la table dehors. Pour le premier verre, nous vous proposons un geste, quand le soleil est encore haut. Levez votre verre vers la lumière, pour ce qui a grandi depuis l'hiver : c'est la part du Roi Chêne. Versez ensuite quelques gouttes dans l'herbe, au pied d'un arbre, pour ce qui va rentrer dans l'ombre : c'est la part du Roi Houx. Verser une part à la terre avant de boire se faisait déjà chez les Grecs et les Romains ; l'adaptation aux deux rois est de notre fait. Un verre levé ensemble marque un passage, et celui-ci fête le plus haut de l'année.

Si vous voulez trinquer au miel, l'hydromel a sa légende. Dans les récits que l'Islandais Snorri Sturluson met par écrit au XIIIe siècle, l'hydromel de la poésie fait un poète de quiconque en boit. C'est une légende, mais le miel, lui, est bien là, doré comme la lumière de ce soir.

Au crépuscule, allumez une flamme, là où le feu est permis et où le terrain s'y prête : un petit feu, ou simplement une bougie ou une lanterne. Comme aux feux de Beltaine, la fête du 1er mai, la flamme marque un seuil. Si c'est un feu, jetez-y une brindille d'armoise ou le bouquet de l'an dernier, et, une fois la cendre froide, gardez un morceau de charbon dans un bocal : Frazer rapportait qu'on conservait les tisons de la Saint-Jean pour protéger la maison de la foudre.

feu de la Saint-Jean au bord d'un lac au crépuscule

Le feu d'os

Vers 1400, le prédicateur anglais John Mirk expliquait le mot bonfire par le « feu d'os » qu'on allumait à la Saint-Jean. Le mot anglais en garde le souvenir.


La nuit tombe tard.

Elle tombe quand même.

Épilogue

La lumière à son sommet

Nous qui travaillons au rythme des plantes, nous connaissons ce moment. Litha demande une chose rare : savourer un sommet en sachant qu'il ne dure pas. Le jour le plus long de l'année contient déjà l'annonce de l'hiver, et c'est ce qui lui donne son prix.

Six mois plus tard, à Yule, au solstice d'hiver, on veillera la nuit la plus longue jusqu'au retour de la lumière. La pierre de midi vous attendra.

La nuit la plus courte se passe dehors. Quand le soleil disparaît, tournez-vous vers le nord-ouest : il ne se couchera plus aussi loin avant un an. Restez là jusqu'à ce que le ciel vire au bleu sombre, vers 22 h 30 ou 22 h 45. Écrivez sur un papier une seule chose que vous voulez garder de cet été, glissez-le sous le bocal du charbon ou sous la bougie éteinte, et relisez-le à Yule.

Cette nuit, la rosée reviendra sur l'herbe où le jour a commencé. Les Lituaniens appellent d'ailleurs la nuit de la Saint-Jean Rasos, la rosée.

Lève ton verre au soleil qui se couche tard : il a déjà pris le chemin de Yule.

Sources principales

Le texte de Bède est cité d'après l'édition de C. W. Jones et la traduction de Faith Wallis ; la traduction française est la nôtre. La prédication de la Vie de saint Éloi a été remaniée à l'époque carolingienne : son attribution à Éloi lui-même reste possible, sans plus. Le passage de Jean Beleth est paraphrasé. La fondation de la Grande Loge de Londres le 24 juin 1717 ne repose que sur le récit de James Anderson, l'auteur des Constitutions maçonniques, publié en 1738, vingt et un ans plus tard, et discuté par des historiens récents. Le nom de Litha pour le sabbat est daté d'après Ronald Hutton. La triade soufre, mercure, sel remonte à Paracelse, au XVIe siècle ; l'alchimie médiévale ne connaissait que le couple soufre-mercure. Les heures et les hauteurs du soleil sont calculées pour Fleurus et arrondies ; elles varient de quelques minutes d'une année à l'autre. En 1792, le solstice est tombé le 20 juin dans la soirée, la veille de l'assemblée de Primrose Hill. Les correspondances sont attribuées à leurs auteurs, sans prétention d'ancienneté.

  • Bède, De temporum ratione, 725, ch. 15 et 29 ; éd. C. W. Jones, Bedae opera de temporibus, Mediaeval Academy of America, 1943 ; trad. F. Wallis, Bede: The Reckoning of Time, Liverpool University Press, 1999.
  • Augustin, sermons sur la Nativité de Jean-Baptiste.
  • Vita Eligii, II, 16, éd. B. Krusch, MGH, Scriptores rerum Merovingicarum IV, 1902.
  • Jean Beleth, Summa de ecclesiasticis officiis, éd. H. Douteil, CCCM 41A, Brepols, 1976.
  • John Mirk, Festial, vers 1400.
  • Macrobe, Commentaire au Songe de Scipion, I, 12, éd. et trad. M. Armisen-Marchetti, Les Belles Lettres, 2001-2003.
  • Snorri Sturluson, Skáldskaparmál, XIIIe siècle.
  • Shakespeare, Henry IV, 1re partie.
  • Nicolas Gogol, La Veillée de la Saint-Jean, 1830.
  • Ronald Hutton, The Stations of the Sun, Oxford University Press, 1996 ; The Triumph of the Moon, Oxford University Press, 1999.
  • Albert Doppagne, Les Grands Feux, Duculot, 1972.
  • James George Frazer, The Golden Bough, Macmillan, 1890 ; Balder the Beautiful, Macmillan, 1913 (témoin de son temps, dont la théorie générale est abandonnée).
  • Mike Parker Pearson, Stonehenge, Simon & Schuster, 2012 ; English Heritage, pages consacrées à Stonehenge et au solstice.
  • Robert Graves, The White Goddess, Faber, 1948 ; Janet et Stewart Farrar, Eight Sabbats for Witches, Hale, 1981.
  • Scott Cunningham, Cunningham's Encyclopedia of Magical Herbs, 1985 ; Wicca: A Guide for the Solitary Practitioner, 1988 ; Encyclopedia of Crystal, Gem & Metal Magic, 1988.
  • Anna Franklin, Midsummer, 2002 ; Deborah Blake, Midsummer, 2015.
  • Iolo Morganwg, Barddas, éd. J. Williams ab Ithel, 1862.
  • Aleister Crowley, Liber 777, 1909 ; Liber Resh vel Helios, The Equinox I:6, 1911.
  • René Guénon, Symboles fondamentaux de la science sacrée, Gallimard, 1962.
  • James Anderson, The Constitutions of the Free-Masons, 2e éd., 1738.
  • J. R. R. Tolkien, The Return of the King, 1955, appendice D.


Beltaine, la nuit de garde : histoire, symboles et gestes du 1er mai