Une mesure de bière par personne, ou l'amende : c'est la loi de jól, le Yule des Norvégiens, qu'une saga prête à un roi de Norvège du Xe siècle. On disait alors « boire jól », comme on dit aujourd'hui lever son verre. Que faisait-on vraiment pendant ces nuits-là, et qu'en fait-on aujourd'hui, devant une bougie, la nuit du solstice ?
Une mesure de bière par personne, ou l'amende : c'est la loi de jól, le Yule des Norvégiens, qu'une saga prête à un roi de Norvège du Xe siècle. On disait alors « boire jól », comme on dit aujourd'hui lever son verre. Que faisait-on vraiment pendant ces nuits-là, et qu'en fait-on aujourd'hui, devant une bougie, la nuit du solstice ?
Seize heures de nuit
Au solstice, à Bruxelles, la nuit dure un peu plus de seize heures. C'est long, pour une seule flamme ; c'est assez pour qu'elle tienne compagnie.
Seize heures de nuit
Au solstice, à Bruxelles, la nuit dure un peu plus de seize heures. C'est long, pour une seule flamme ; c'est assez pour qu'elle tienne compagnie.
L’essentiel à retenir
Qu'est-ce que Yule ? La forme anglaise d'un vieux mot germanique, jól en norrois, qui désignait une fête païenne du cœur de l'hiver. Le néopaganisme d'aujourd'hui la célèbre au solstice.
Que sait-on de la fête ancienne ? Peu de choses : quelques lignes d'un moine anglais du VIIIe siècle et d'un historien islandais du XIIIe. Assez pour savoir qu'on y veillait et qu'on y levait la coupe, pas assez pour décrire un rite.
Comment fêter Yule aujourd'hui ? En gardant une flamme et en levant un verre à quelqu'un qui manque. L'article propose cinq gestes, venus des traditions vivantes, à faire seul ou à plusieurs.
Yule, c’est la veille d’une renaissance que l’on ne voit pas encore, mais que l’on choisit de croire.
Le Grimoire de L'Alchymiste
L’essentiel à retenir
Qu'est-ce que Yule ? La forme anglaise d'un vieux mot germanique, jól en norrois, qui désignait une fête païenne du cœur de l'hiver. Le néopaganisme d'aujourd'hui la célèbre au solstice.
Que sait-on de la fête ancienne ? Peu de choses : quelques lignes d'un moine anglais du VIIIe siècle et d'un historien islandais du XIIIe. Assez pour savoir qu'on y veillait et qu'on y levait la coupe, pas assez pour décrire un rite.
Comment fêter Yule aujourd'hui ? En gardant une flamme et en levant un verre à quelqu'un qui manque. L'article propose cinq gestes, venus des traditions vivantes, à faire seul ou à plusieurs.
Yule, c’est la veille d’une renaissance que l’on ne voit pas encore, mais que l’on choisit de croire.
Le Grimoire de L'Alchymiste
L'enquête
La nuit où la lumière touche le fond
Je n'ai jamais su exactement quand Yule commence. Peut-être au moment où le jour semble se dérober, où le silence devient plus dense que l'air, où une part de moi accepte enfin de ne plus courir.
Il y a des soirs d'hiver où la nuit n'est pas juste une absence.
Elle est une présence.
Une matière.
Une porte.
Je me revois, un soir de gel, debout devant la fenêtre.
La flamme d'une simple bougie tremblait dans l'air froid.
Même minuscule, elle coupait la nuit en deux.
C'est là que j'ai compris ce que dit une flamme qu'on veille au cœur de l'hiver : la lumière reviendra.
Et moi avec elle.
Reste ce que la fenêtre ne dit pas : d'où vient ce nom, et ce qu'on faisait de cette nuit avant nos bougies. Ce que l'on sait du Yule ancien tient en quelques lignes. Le reste – la bûche, les sabbats, les rois de l'hiver – est une mémoire venue après, et cette mémoire est vivante. Entre les deux, un fil tient bon : la flamme et la coupe.
Au solstice, le soleil touche le fond de sa course. À Bruxelles, il se couche avant 16 h 40, et à midi il monte si peu au-dessus de l'horizon que l'ombre d'une maison s'étire sur plus de trois fois sa hauteur.
Le plus ancien témoin du mot vient d'un monastère du nord de l'Angleterre. En 725, à Jarrow, en Northumbrie, un moine nommé Bède écrit un traité sur le calcul du temps, le De temporum ratione. Il y note que les Anglo-Saxons d'avant la conversion donnaient le même nom à décembre et à janvier, Giuli, parce que c'est alors que le soleil se tourne vers l'allongement des jours. Il ajoute une phrase, une seule, sur la nuit du 24 au 25 décembre, où commençait leur année. Ils l'appelaient Modranecht, « la nuit des mères », « à cause, nous le supposons, des cérémonies qu'ils y accomplissaient en veillant ».
Bède avoue qu'il suppose. Il ne dit ni quels gestes, ni quels dieux, ni quel feu. De cette nuit-là, il nous laisse exactement un mot.
On ne sait pas ce qu'ils faisaient.
On sait qu'ils ne dormaient pas.
L'enquête
La nuit où la lumière touche le fond
Je n'ai jamais su exactement quand Yule commence. Peut-être au moment où le jour semble se dérober, où le silence devient plus dense que l'air, où une part de moi accepte enfin de ne plus courir.
Il y a des soirs d'hiver où la nuit n'est pas juste une absence.
Elle est une présence.
Une matière.
Une porte.
Je me revois, un soir de gel, debout devant la fenêtre.
La flamme d'une simple bougie tremblait dans l'air froid.
Même minuscule, elle coupait la nuit en deux.
C'est là que j'ai compris ce que dit une flamme qu'on veille au cœur de l'hiver : la lumière reviendra.
Et moi avec elle.
Reste ce que la fenêtre ne dit pas : d'où vient ce nom, et ce qu'on faisait de cette nuit avant nos bougies. Ce que l'on sait du Yule ancien tient en quelques lignes. Le reste – la bûche, les sabbats, les rois de l'hiver – est une mémoire venue après, et cette mémoire est vivante. Entre les deux, un fil tient bon : la flamme et la coupe.
Au solstice, le soleil touche le fond de sa course. À Bruxelles, il se couche avant 16 h 40, et à midi il monte si peu au-dessus de l'horizon que l'ombre d'une maison s'étire sur plus de trois fois sa hauteur.
Le plus ancien témoin du mot vient d'un monastère du nord de l'Angleterre. En 725, à Jarrow, en Northumbrie, un moine nommé Bède écrit un traité sur le calcul du temps, le De temporum ratione. Il y note que les Anglo-Saxons d'avant la conversion donnaient le même nom à décembre et à janvier, Giuli, parce que c'est alors que le soleil se tourne vers l'allongement des jours. Il ajoute une phrase, une seule, sur la nuit du 24 au 25 décembre, où commençait leur année. Ils l'appelaient Modranecht, « la nuit des mères », « à cause, nous le supposons, des cérémonies qu'ils y accomplissaient en veillant ».
Bède avoue qu'il suppose. Il ne dit ni quels gestes, ni quels dieux, ni quel feu. De cette nuit-là, il nous laisse exactement un mot.
On ne sait pas ce qu'ils faisaient.
On sait qu'ils ne dormaient pas.
Le récit
Le roi, la corne et le chaudron
Pour savoir ce qu'on buvait à jól, nom norrois de Yule, il faut quitter l'Angleterre de Bède pour l'Islande. Vers 1230, Snorri Sturluson, un Islandais lettré et puissant, écrit l'histoire des rois de Norvège. Il y raconte Hákon le Bon, fils du roi Harald à la Belle Chevelure, élevé chrétien à la cour du roi Æthelstan d'Angleterre, puis revenu régner, au Xe siècle, sur un pays qui sacrifie encore aux anciens dieux. Le roi veut garder sa foi ; les grands paysans du Trøndelag, la région de Trondheim, veulent un roi qui boive avec eux. Voici deux soirs de ce bras de fer, l'un à l'automne, l'autre à jól.
À l'automne, aux nuits d'hiver qui ouvrent la saison froide, on festoie pour le sacrifice à Hlaðir, aux portes de l'actuelle Trondheim. Le maître des lieux est Sigurd, un jarl, c'est-à-dire un grand seigneur au service du roi, et le plus grand sacrificateur du pays.
Sigurd voue la première coupe à Odin, le dieu des rois et de la victoire, et boit à la corne en l'honneur de Hákon. Le roi prend la corne. Avant de boire, il trace dessus un signe de croix.
Un chef paysan, Kárr de Grýting, demande : « Pourquoi le roi fait-il cela ? Ne veut-il toujours pas sacrifier ? »
Sigurd répond que le roi fait comme tous ceux qui se fient à leur force et vouent leur coupe à Thor, le dieu du tonnerre : il a fait le signe du marteau avant de boire.
Le lendemain, les paysans veulent lui faire manger du cheval, la viande du sacrifice. Il refuse la viande. Il refuse le bouillon. Il refuse la graisse. On est près d'en venir aux mains.
Sigurd trouve l'arrangement : le roi ouvre la bouche au-dessus de l'anse du chaudron, là où s'est déposée la vapeur du bouillon.
L'hiver suivant, on prépare jól pour le roi à Mærin, en plein Trøndelag. Cette fois, huit chefs paysans se sont juré de le faire sacrifier.
Hákon mange quelques bouchées de foie de cheval. Puis il boit tous les minni que les paysans lui versent, ces coupes que l'on lève en mémoire. Il les boit sans faire de signe de croix.
Il repart aussitôt, très mécontent.
⁂
Voilà ce que raconte Snorri, trois siècles après les faits, et en chrétien : un récit, pas un procès-verbal. Il ne dit pas ce que pensait Sigurd devant son roi penché sur une anse de chaudron ; on peut seulement constater que la diplomatie norvégienne avait de la ressource. De ces deux soirs, une chose demeure : à ces tables-là, même un roi ne refusait pas une coupe impunément.
Le récit
Le roi, la corne et le chaudron
Pour savoir ce qu'on buvait à jól, nom norrois de Yule, il faut quitter l'Angleterre de Bède pour l'Islande. Vers 1230, Snorri Sturluson, un Islandais lettré et puissant, écrit l'histoire des rois de Norvège. Il y raconte Hákon le Bon, fils du roi Harald à la Belle Chevelure, élevé chrétien à la cour du roi Æthelstan d'Angleterre, puis revenu régner, au Xe siècle, sur un pays qui sacrifie encore aux anciens dieux. Le roi veut garder sa foi ; les grands paysans du Trøndelag, la région de Trondheim, veulent un roi qui boive avec eux. Voici deux soirs de ce bras de fer, l'un à l'automne, l'autre à jól.
À l'automne, aux nuits d'hiver qui ouvrent la saison froide, on festoie pour le sacrifice à Hlaðir, aux portes de l'actuelle Trondheim. Le maître des lieux est Sigurd, un jarl, c'est-à-dire un grand seigneur au service du roi, et le plus grand sacrificateur du pays.
Sigurd voue la première coupe à Odin, le dieu des rois et de la victoire, et boit à la corne en l'honneur de Hákon. Le roi prend la corne. Avant de boire, il trace dessus un signe de croix.
Un chef paysan, Kárr de Grýting, demande : « Pourquoi le roi fait-il cela ? Ne veut-il toujours pas sacrifier ? »
Sigurd répond que le roi fait comme tous ceux qui se fient à leur force et vouent leur coupe à Thor, le dieu du tonnerre : il a fait le signe du marteau avant de boire.
Le lendemain, les paysans veulent lui faire manger du cheval, la viande du sacrifice. Il refuse la viande. Il refuse le bouillon. Il refuse la graisse. On est près d'en venir aux mains.
Sigurd trouve l'arrangement : le roi ouvre la bouche au-dessus de l'anse du chaudron, là où s'est déposée la vapeur du bouillon.
L'hiver suivant, on prépare jól pour le roi à Mærin, en plein Trøndelag. Cette fois, huit chefs paysans se sont juré de le faire sacrifier.
Hákon mange quelques bouchées de foie de cheval. Puis il boit tous les minni que les paysans lui versent, ces coupes que l'on lève en mémoire. Il les boit sans faire de signe de croix.
Il repart aussitôt, très mécontent.
⁂
Voilà ce que raconte Snorri, trois siècles après les faits, et en chrétien : un récit, pas un procès-verbal. Il ne dit pas ce que pensait Sigurd devant son roi penché sur une anse de chaudron ; on peut seulement constater que la diplomatie norvégienne avait de la ressource. De ces deux soirs, une chose demeure : à ces tables-là, même un roi ne refusait pas une coupe impunément.
L'enquête
Boire jól, sous peine d'amende
Dans la langue des Norvégiens de ce temps, on disait boire jól. Harald à la Belle Chevelure, le père de Hákon, veut « boire jól » dehors, à la guerre, plutôt que de s'ennuyer au coin du feu : ainsi le montre, vers 900, un poème de Þorbjörn hornklofi, scalde, autrement dit poète de cour. Les sagas emploient l'expression sans y penser : tel roi but jól à tel endroit, comme on dirait d'un autre qu'il a passé Noël chez sa sœur. Le mot a survécu au Nord : en Scandinavie, jul dit aujourd'hui Noël, et l'on s'y souhaite God jul.
Snorri prête à Hákon une loi qui en dit long. Le roi, raconte-t-il, fit commencer la fête de jól au même moment que les chrétiens ; chacun devait alors avoir sa mesure de bière, ou payer une amende, et la fête restait sacrée tant que la bière durait. Avant lui, jól commençait la nuit de hǫku, « la nuit du milieu de l'hiver », et durait trois nuits. Le mot hǫku reste obscur, et ce « milieu de l'hiver » n'est pas une date d'astronome : rien ne dit que jól tombait pile au solstice.
Il y a des lois plus difficiles à respecter.
À qui l'on buvait, Snorri le dit ailleurs, à propos des banquets de sacrifice en général. Des feux brûlent au milieu de la salle, des chaudrons pendent au-dessus, et l'on porte les coupes par-dessus le feu. On boit d'abord à Odin, pour la victoire et le pouvoir du roi, puis à Njörd et à Freyr, dieux de la mer et de la fécondité, « pour une bonne année et la paix ». Viennent ensuite les coupes aux parents mis sous tertre : c'est cela, le minni.
L'enquête
Boire jól, sous peine d'amende
Dans la langue des Norvégiens de ce temps, on disait boire jól. Harald à la Belle Chevelure, le père de Hákon, veut « boire jól » dehors, à la guerre, plutôt que de s'ennuyer au coin du feu : ainsi le montre, vers 900, un poème de Þorbjörn hornklofi, scalde, autrement dit poète de cour. Les sagas emploient l'expression sans y penser : tel roi but jól à tel endroit, comme on dirait d'un autre qu'il a passé Noël chez sa sœur. Le mot a survécu au Nord : en Scandinavie, jul dit aujourd'hui Noël, et l'on s'y souhaite God jul.
Snorri prête à Hákon une loi qui en dit long. Le roi, raconte-t-il, fit commencer la fête de jól au même moment que les chrétiens ; chacun devait alors avoir sa mesure de bière, ou payer une amende, et la fête restait sacrée tant que la bière durait. Avant lui, jól commençait la nuit de hǫku, « la nuit du milieu de l'hiver », et durait trois nuits. Le mot hǫku reste obscur, et ce « milieu de l'hiver » n'est pas une date d'astronome : rien ne dit que jól tombait pile au solstice.
Il y a des lois plus difficiles à respecter.
À qui l'on buvait, Snorri le dit ailleurs, à propos des banquets de sacrifice en général. Des feux brûlent au milieu de la salle, des chaudrons pendent au-dessus, et l'on porte les coupes par-dessus le feu. On boit d'abord à Odin, pour la victoire et le pouvoir du roi, puis à Njörd et à Freyr, dieux de la mer et de la fécondité, « pour une bonne année et la paix ». Viennent ensuite les coupes aux parents mis sous tertre : c'est cela, le minni.
Chaque chose a son âge
La bûche, le conifère et le houx n'ont pas le même passé. L'arbre décoré apparaît en Alsace et en Rhénanie à l'époque moderne ; la bûche n'est sûrement attestée en Angleterre qu'au XVIIe siècle, chez un poète. Aucun des trois ne figure dans les textes norrois.
Chaque chose a son âge
La bûche, le conifère et le houx n'ont pas le même passé. L'arbre décoré apparaît en Alsace et en Rhénanie à l'époque moderne ; la bûche n'est sûrement attestée en Angleterre qu'au XVIIe siècle, chez un poète. Aucun des trois ne figure dans les textes norrois.
La coupe servait aussi à s'engager. Un poème héroïque de l'Edda, le recueil des vieux poèmes du Nord, copié en Islande vers 1270, raconte une veille de jól.
Heðinn, un fils de roi, rentre seul de la forêt ; il y a croisé une femme troll, montée sur un loup avec des serpents pour rênes, à qui il a refusé sa compagnie et qui lui a lancé : « Tu le paieras au bragarfull. »
Le soir, on amène le sanglier des serments ; chacun pose la main sur lui et prononce un vœu sur le bragarfull, la coupe du prince. Heðinn jure d'avoir Sváva, la bien-aimée de son propre frère, Helgi. Aussitôt, le vœu lui pèse si fort qu'il part sur les chemins sauvages.
C'est une légende, et une leçon de table : une promesse faite sur la coupe ne se reprend pas.
Une coupe, un vœu, une nuit trop longue pour dormir. Il manque encore la figure que l'hiver a attirée à lui, et qu'on n'invite pas à table : celle qui passe au-dessus des toits.
La coupe servait aussi à s'engager. Un poème héroïque de l'Edda, le recueil des vieux poèmes du Nord, copié en Islande vers 1270, raconte une veille de jól.
Heðinn, un fils de roi, rentre seul de la forêt ; il y a croisé une femme troll, montée sur un loup avec des serpents pour rênes, à qui il a refusé sa compagnie et qui lui a lancé : « Tu le paieras au bragarfull. »
Le soir, on amène le sanglier des serments ; chacun pose la main sur lui et prononce un vœu sur le bragarfull, la coupe du prince. Heðinn jure d'avoir Sváva, la bien-aimée de son propre frère, Helgi. Aussitôt, le vœu lui pèse si fort qu'il part sur les chemins sauvages.
C'est une légende, et une leçon de table : une promesse faite sur la coupe ne se reprend pas.
Une coupe, un vœu, une nuit trop longue pour dormir. Il manque encore la figure que l'hiver a attirée à lui, et qu'on n'invite pas à table : celle qui passe au-dessus des toits.
Le récit
Ce qui passe au-dessus des toits
Parmi les noms poétiques d'Odin, il en est un qui le fait maître de la saison : Jólnir, celui de jól. Bien plus tard, on le mettra à la tête d'une chasse de morts lancée dans le ciel d'hiver. L'un des plus anciens témoins de ce cortège ne parle pourtant pas d'Odin. C'est un moine de Saint-Évroul, en Normandie, Orderic Vital, qui raconte vers 1130 l'aventure d'un prêtre de son pays, Walchelin, et la date avec précision : la nuit du 1er janvier 1091.
Walchelin rentre d'une visite à un malade, par une route de campagne près de Bonneval. Il est seul.
Il entend d'abord un vacarme, comme celui d'une armée en marche. Puis il les voit passer : un cortège de morts, toute une troupe qui défile devant lui. On l'appelait la familia Herlechini, la mesnie Hellequin.
Le récit porte une date, et il est ancien : dès le XIIe siècle, en Normandie comme en Angleterre, on raconte ces cavalcades nocturnes, et la Chronique anglo-saxonne, dans son manuscrit de Peterborough, en signale une en 1127, avec des chevaux noirs et des chiens noirs. Odin à leur tête est une lecture plus tardive, celle de Jacob Grimm, le philologue allemand, dans sa Mythologie allemande de 1835, appuyée sur des noms populaires.
Le galop d'Odin est une lecture du XIXe siècle.
Le frisson, lui, a neuf cents ans.
Le récit
Ce qui passe au-dessus des toits
Parmi les noms poétiques d'Odin, il en est un qui le fait maître de la saison : Jólnir, celui de jól. Bien plus tard, on le mettra à la tête d'une chasse de morts lancée dans le ciel d'hiver. L'un des plus anciens témoins de ce cortège ne parle pourtant pas d'Odin. C'est un moine de Saint-Évroul, en Normandie, Orderic Vital, qui raconte vers 1130 l'aventure d'un prêtre de son pays, Walchelin, et la date avec précision : la nuit du 1er janvier 1091.
Walchelin rentre d'une visite à un malade, par une route de campagne près de Bonneval. Il est seul.
Il entend d'abord un vacarme, comme celui d'une armée en marche. Puis il les voit passer : un cortège de morts, toute une troupe qui défile devant lui. On l'appelait la familia Herlechini, la mesnie Hellequin.
Le récit porte une date, et il est ancien : dès le XIIe siècle, en Normandie comme en Angleterre, on raconte ces cavalcades nocturnes, et la Chronique anglo-saxonne, dans son manuscrit de Peterborough, en signale une en 1127, avec des chevaux noirs et des chiens noirs. Odin à leur tête est une lecture plus tardive, celle de Jacob Grimm, le philologue allemand, dans sa Mythologie allemande de 1835, appuyée sur des noms populaires.
Le galop d'Odin est une lecture du XIXe siècle.
Le frisson, lui, a neuf cents ans.
La Chasse sauvage
En 1127, la chronique de Peterborough signale des chevaux noirs et des chiens noirs ; Odin ne prendra la tête de la troupe que chez Jacob Grimm, en 1835. Image d'évocation créée pour cet article.
La Chasse sauvage
En 1127, la chronique de Peterborough signale des chevaux noirs et des chiens noirs ; Odin ne prendra la tête de la troupe que chez Jacob Grimm, en 1835. Image d'évocation créée pour cet article.
Les traditions
Le soleil de minuit
Si Yule se fête aujourd'hui, c'est que des femmes et des hommes, depuis le milieu du XXe siècle, ont choisi d'en faire une nuit à habiter. Leur plus belle image vient de bien plus loin, et d'ailleurs. Au IIe siècle, l'écrivain latin Apulée prête au héros de ses Métamorphoses, initié aux mystères de la déesse Isis, une vision au milieu de la nuit. Sans un mot sur le solstice, le texte dit ce que cherchent, le 21 décembre, ceux qui veillent.
« Au milieu de la nuit, j'ai vu le soleil briller d'une lumière éclatante. »
Apulée, Métamorphoses, XI, 23
La nuit de Yule, disent les wiccans, la Déesse met au monde l'enfant soleil. La Wicca, la sorcellerie religieuse née en Angleterre autour de Gerald Gardner, fait de Yule l'un des huit sabbats de sa Roue de l'année, entre Samhain, qui ouvre l'hiver, et Imbolc, qui guette en février le retour de la clarté.
Gardner n'en connaissait d'abord que quatre ; les solstices et les équinoxes ont rejoint la Roue à la fin des années 1950, dans son coven, le petit groupe de Bricket Wood où il pratiquait. Le nom de Yule y était déjà : quand l'Américain Aidan Kelly baptise en 1974 les fêtes qui n'en avaient pas, il nomme Litha, Ostara et Mabon. Starhawk, sorcière américaine elle aussi, dans The Spiral Dance (1979), puis le couple wiccan Janet et Stewart Farrar, dans Eight Sabbats for Witches (1981), ont mis cette naissance au centre du rituel.
Les Farrar y ont joint un drame venu du poète Robert Graves et de son livre The White Goddess (1948). Deux rois jumeaux se disputent l'année : le Roi du Chêne règne sur la saison qui croît, le Roi du Houx sur celle qui décline. À Yule, le Chêne l'emporte, et les jours recommencent à grandir ; six mois plus tard, à Litha, le Houx prend sa revanche. Des covens jouent ce duel le soir du solstice.
Les traditions
Le soleil de minuit
Si Yule se fête aujourd'hui, c'est que des femmes et des hommes, depuis le milieu du XXe siècle, ont choisi d'en faire une nuit à habiter. Leur plus belle image vient de bien plus loin, et d'ailleurs. Au IIe siècle, l'écrivain latin Apulée prête au héros de ses Métamorphoses, initié aux mystères de la déesse Isis, une vision au milieu de la nuit. Sans un mot sur le solstice, le texte dit ce que cherchent, le 21 décembre, ceux qui veillent.
« Au milieu de la nuit, j'ai vu le soleil briller d'une lumière éclatante. »
Apulée, Métamorphoses, XI, 23
La nuit de Yule, disent les wiccans, la Déesse met au monde l'enfant soleil. La Wicca, la sorcellerie religieuse née en Angleterre autour de Gerald Gardner, fait de Yule l'un des huit sabbats de sa Roue de l'année, entre Samhain, qui ouvre l'hiver, et Imbolc, qui guette en février le retour de la clarté.
Gardner n'en connaissait d'abord que quatre ; les solstices et les équinoxes ont rejoint la Roue à la fin des années 1950, dans son coven, le petit groupe de Bricket Wood où il pratiquait. Le nom de Yule y était déjà : quand l'Américain Aidan Kelly baptise en 1974 les fêtes qui n'en avaient pas, il nomme Litha, Ostara et Mabon. Starhawk, sorcière américaine elle aussi, dans The Spiral Dance (1979), puis le couple wiccan Janet et Stewart Farrar, dans Eight Sabbats for Witches (1981), ont mis cette naissance au centre du rituel.
Les Farrar y ont joint un drame venu du poète Robert Graves et de son livre The White Goddess (1948). Deux rois jumeaux se disputent l'année : le Roi du Chêne règne sur la saison qui croît, le Roi du Houx sur celle qui décline. À Yule, le Chêne l'emporte, et les jours recommencent à grandir ; six mois plus tard, à Litha, le Houx prend sa revanche. Des covens jouent ce duel le soir du solstice.
Un autel d'aujourd'hui
L'autel de saison est une pratique contemporaine, propre à chacun : ce que l'hiver laisse vert, une pierre sombre, une flamme, et quelques graines qui attendront le printemps.
Un autel d'aujourd'hui
L'autel de saison est une pratique contemporaine, propre à chacun : ce que l'hiver laisse vert, une pierre sombre, une flamme, et quelques graines qui attendront le printemps.
Les druides d'aujourd'hui appellent la même nuit Alban Arthan, « la lumière d'Arthur » ou « de l'ours », selon les lectures. Le nom sort des manuscrits d'Iolo Morganwg (1747-1826), publiés après sa mort sous le titre Barddas (1862) : ce poète gallois donnait nombre de ses propres inventions pour un héritage des anciens bardes. L'Ordre des Bardes, Ovates et Druides, fondé en 1964 par Ross Nichols, en a fait l'une de ses huit fêtes. Un nom né sous la plume d'un poète est devenu une fête vivante.
Les heathens, qui reconstruisent la religion des anciens Germains et Scandinaves à partir des textes, tiennent jól pour leur fête, au plus près de Snorri. Certains ouvrent la période par une Mothers' Night : Bède nommait la nuit des mères, eux en ont fait une nuit pour les ancêtres de la lignée, dans le sillage de Grimm, qui avait commenté le passage. Suivent douze nuits et le sumbel, la ronde de la corne où chacun parle à son tour, dont le chercheur américain Paul Bauschatz a donné la lecture en 1982.
L'alchimie, enfin, prête une image à ce moment. Le Capricorne appartient à Saturne, maître du plomb et du noir, et le Grand Œuvre commence au noir : c'est la nigredo, l'œuvre au noir, quand la matière enfermée dans le vase scellé noircit avant de blanchir, sous un feu doux et patient. Pour l'alchimiste, rien ne commence dans la lumière. À l'atelier, nous connaissons un peu ce temps-là : une macération ne se presse pas, elle se fait à l'ombre, et l'on attend.
Ni la Golden Dawn, l'ordre magique né à Londres en 1888, ni Thelema, la voie de l'occultiste anglais Aleister Crowley, n'ont de rite propre au solstice. Un thélémite reconnaîtra pourtant son soleil de minuit dans le Liber Resh de Crowley (1911), qui salue le soleil quatre fois par jour, et à minuit sous le nom de Khephra, le scarabée qui le porte à travers la nuit.
Il ne s'agit pas de traditions anciennes, mais d'une grammaire contemporaine, que chacun est libre d'utiliser ou non.
Chez L'Alchymiste, nous ne prescrivons rien pour cette nuit-là.
On accompagne.
On accompagne la lumière.
On accompagne la nuit.
On accompagne ce qui, en nous, se prépare à renaître.
Et cela commence par les mains.
Les druides d'aujourd'hui appellent la même nuit Alban Arthan, « la lumière d'Arthur » ou « de l'ours », selon les lectures. Le nom sort des manuscrits d'Iolo Morganwg (1747-1826), publiés après sa mort sous le titre Barddas (1862) : ce poète gallois donnait nombre de ses propres inventions pour un héritage des anciens bardes. L'Ordre des Bardes, Ovates et Druides, fondé en 1964 par Ross Nichols, en a fait l'une de ses huit fêtes. Un nom né sous la plume d'un poète est devenu une fête vivante.
Les heathens, qui reconstruisent la religion des anciens Germains et Scandinaves à partir des textes, tiennent jól pour leur fête, au plus près de Snorri. Certains ouvrent la période par une Mothers' Night : Bède nommait la nuit des mères, eux en ont fait une nuit pour les ancêtres de la lignée, dans le sillage de Grimm, qui avait commenté le passage. Suivent douze nuits et le sumbel, la ronde de la corne où chacun parle à son tour, dont le chercheur américain Paul Bauschatz a donné la lecture en 1982.
L'alchimie, enfin, prête une image à ce moment. Le Capricorne appartient à Saturne, maître du plomb et du noir, et le Grand Œuvre commence au noir : c'est la nigredo, l'œuvre au noir, quand la matière enfermée dans le vase scellé noircit avant de blanchir, sous un feu doux et patient. Pour l'alchimiste, rien ne commence dans la lumière. À l'atelier, nous connaissons un peu ce temps-là : une macération ne se presse pas, elle se fait à l'ombre, et l'on attend.
Ni la Golden Dawn, l'ordre magique né à Londres en 1888, ni Thelema, la voie de l'occultiste anglais Aleister Crowley, n'ont de rite propre au solstice. Un thélémite reconnaîtra pourtant son soleil de minuit dans le Liber Resh de Crowley (1911), qui salue le soleil quatre fois par jour, et à minuit sous le nom de Khephra, le scarabée qui le porte à travers la nuit.
Il ne s'agit pas de traditions anciennes, mais d'une grammaire contemporaine, que chacun est libre d'utiliser ou non.
Chez L'Alchymiste, nous ne prescrivons rien pour cette nuit-là.
On accompagne.
On accompagne la lumière.
On accompagne la nuit.
On accompagne ce qui, en nous, se prépare à renaître.
Et cela commence par les mains.
Les gestes
Veiller, et lever un verre
Éteignez les lampes, toutes. Posez une seule bougie sur le rebord de la fenêtre, dans un bougeoir stable, et asseyez-vous de façon à voir à la fois la flamme et le noir derrière la vitre ; ces gestes sont d'aujourd'hui, prenez-les comme ils vous vont. Qu'il gèle ou qu'il drache, le froid descend de la vitre, la buée s'efface d'un doigt, la flamme penche chaque fois que la maison respire. Restez dix minutes, ou jusqu'à l'aube si vous en avez envie. C'est le seul geste que Bède nous ait laissé de la nuit des mères : veiller.
Et nous ne franchissons jamais un seuil en bavardant.
On le franchit en respirant,
en écoutant,
en gardant une lumière.
Vient ensuite la coupe. Souvenez-vous de Hákon à Mærin, buvant malgré lui les coupes de mémoire : les heathens d'aujourd'hui ont fait du minni le cœur de leur sumbel. Prenez une seule coupe, un seul verre, ou une corne pour qui en a une, et versez-y ce que vous aimez boire ; posez sur la table un cougnou si vous êtes de chez nous. Au premier tour, on lève la coupe à ce que l'on honore, un dieu, la lumière ou l'année qui vient ; qui suit Snorri reprendra la formule des coupes de Njörd et de Freyr, « pour une bonne année et la paix ».
Au deuxième tour, on lève la coupe à un absent. On dit son nom à voix haute, une phrase sur lui, rien de plus, et l'on passe la coupe. Entre deux noms, on n'entend que la maison. Nous l'avons raconté dans Boire, un geste de passage : lever son verre à quelqu'un qui manque, c'est le garder à table.
Un troisième tour, pour qui le veut : le vœu. La main posée sur la table, la coupe levée, une promesse à soi-même, une seule, dite tout haut. Heðinn a montré le chemin à ne pas prendre : on ne promet ce soir-là que ce qu'on tiendra. Les dernières gouttes ne se boivent pas ; elles vont dehors, au pied d'un arbre ou sur le seuil. C'est la libation des heathens d'aujourd'hui.
Si vous avez un feu, la bûche des intentions prolonge la veille ; c'est un geste d'aujourd'hui, né de la bûche de Noël. Sur une feuille, écrivez deux phrases : ce que vous laissez derrière vous, ce que vous voulez voir grandir. Enroulez la feuille autour d'un petit morceau de bois, serrez d'un ruban sombre pour ce qui s'achève, puis d'un ruban clair pour ce qui vient, et glissez dessous un brin de conifère ou de romarin. Confiez le tout au feu d'une cheminée, d'un poêle ou d'un brasero ; à défaut, le papier seul brûle, dans un récipient prévu pour cela. Le bois craque, le ruban se tord avant de prendre. Gardez ensuite une pincée de cendre. Dans la langue des alchimistes, c'est le sel : la part fixe, celle que le feu ne prend pas.
Ce qui reste quand tout a brûlé.
Les gestes
Veiller, et lever un verre
Éteignez les lampes, toutes. Posez une seule bougie sur le rebord de la fenêtre, dans un bougeoir stable, et asseyez-vous de façon à voir à la fois la flamme et le noir derrière la vitre ; ces gestes sont d'aujourd'hui, prenez-les comme ils vous vont. Qu'il gèle ou qu'il drache, le froid descend de la vitre, la buée s'efface d'un doigt, la flamme penche chaque fois que la maison respire. Restez dix minutes, ou jusqu'à l'aube si vous en avez envie. C'est le seul geste que Bède nous ait laissé de la nuit des mères : veiller.
Et nous ne franchissons jamais un seuil en bavardant.
On le franchit en respirant,
en écoutant,
en gardant une lumière.
Vient ensuite la coupe. Souvenez-vous de Hákon à Mærin, buvant malgré lui les coupes de mémoire : les heathens d'aujourd'hui ont fait du minni le cœur de leur sumbel. Prenez une seule coupe, un seul verre, ou une corne pour qui en a une, et versez-y ce que vous aimez boire ; posez sur la table un cougnou si vous êtes de chez nous. Au premier tour, on lève la coupe à ce que l'on honore, un dieu, la lumière ou l'année qui vient ; qui suit Snorri reprendra la formule des coupes de Njörd et de Freyr, « pour une bonne année et la paix ».
Au deuxième tour, on lève la coupe à un absent. On dit son nom à voix haute, une phrase sur lui, rien de plus, et l'on passe la coupe. Entre deux noms, on n'entend que la maison. Nous l'avons raconté dans Boire, un geste de passage : lever son verre à quelqu'un qui manque, c'est le garder à table.
Un troisième tour, pour qui le veut : le vœu. La main posée sur la table, la coupe levée, une promesse à soi-même, une seule, dite tout haut. Heðinn a montré le chemin à ne pas prendre : on ne promet ce soir-là que ce qu'on tiendra. Les dernières gouttes ne se boivent pas ; elles vont dehors, au pied d'un arbre ou sur le seuil. C'est la libation des heathens d'aujourd'hui.
Si vous avez un feu, la bûche des intentions prolonge la veille ; c'est un geste d'aujourd'hui, né de la bûche de Noël. Sur une feuille, écrivez deux phrases : ce que vous laissez derrière vous, ce que vous voulez voir grandir. Enroulez la feuille autour d'un petit morceau de bois, serrez d'un ruban sombre pour ce qui s'achève, puis d'un ruban clair pour ce qui vient, et glissez dessous un brin de conifère ou de romarin. Confiez le tout au feu d'une cheminée, d'un poêle ou d'un brasero ; à défaut, le papier seul brûle, dans un récipient prévu pour cela. Le bois craque, le ruban se tord avant de prendre. Gardez ensuite une pincée de cendre. Dans la langue des alchimistes, c'est le sel : la part fixe, celle que le feu ne prend pas.
Ce qui reste quand tout a brûlé.
Le geste se contente de peu
Une bûche comme celle-ci, un bâton ramassé en promenade, un rouleau de carton décoré : ce qu'on enroule, ce sont deux phrases.
Le geste se contente de peu
Une bûche comme celle-ci, un bâton ramassé en promenade, un rouleau de carton décoré : ce qu'on enroule, ce sont deux phrases.
Le dernier geste tient dans un tiroir. Un poète anglais, Robert Herrick, notait en 1648 qu'on gardait un tison de la bûche de Noël pour allumer celle de l'année suivante, et que là où on le conservait, disait-on, le Malin ne pouvait nuire. Faites de même avec la bougie de la fenêtre : laissez-la brûler un moment, éteignez-la, rangez-la entamée jusqu'au prochain solstice, où elle allumera la suivante. Un bout de cire qui relie deux hivers.
Ce n'est jamais la taille de la flamme qui compte,
mais la manière dont on la garde.
Le dernier geste tient dans un tiroir. Un poète anglais, Robert Herrick, notait en 1648 qu'on gardait un tison de la bûche de Noël pour allumer celle de l'année suivante, et que là où on le conservait, disait-on, le Malin ne pouvait nuire. Faites de même avec la bougie de la fenêtre : laissez-la brûler un moment, éteignez-la, rangez-la entamée jusqu'au prochain solstice, où elle allumera la suivante. Un bout de cire qui relie deux hivers.
Ce n'est jamais la taille de la flamme qui compte,
mais la manière dont on la garde.
Épilogue
Garder la flamme
Je ne sais pas si Yule appartient au passé ou à l'avenir.
Je sais seulement qu'il m'appartient, quand je choisis, au cœur de l'hiver, de garder une lumière – même minuscule.
Yule nous rappelle que le renouveau ne commence pas quand tout va bien,
mais au cœur du froid,
dans le noir,
dans cette seconde où la lumière hésite…
avant d'oser revenir.
Alors, le 21 décembre au soir, éteignez la lampe. Posez une bougie sur le rebord de la fenêtre. Levez un verre à quelqu'un qui manque. Dites son nom.
La lumière n'est jamais morte.
Elle patientait.
Et c'est à nous de l'inviter à revenir.
Elle revient d'un souffle.
D'un rien.
Mais elle revient.
Et nous avec elle.
Veille. Respire.
Tu es le seuil.
Épilogue
Garder la flamme
Je ne sais pas si Yule appartient au passé ou à l'avenir.
Je sais seulement qu'il m'appartient, quand je choisis, au cœur de l'hiver, de garder une lumière – même minuscule.
Yule nous rappelle que le renouveau ne commence pas quand tout va bien,
mais au cœur du froid,
dans le noir,
dans cette seconde où la lumière hésite…
avant d'oser revenir.
Alors, le 21 décembre au soir, éteignez la lampe. Posez une bougie sur le rebord de la fenêtre. Levez un verre à quelqu'un qui manque. Dites son nom.
La lumière n'est jamais morte.
Elle patientait.
Et c'est à nous de l'inviter à revenir.
Elle revient d'un souffle.
D'un rien.
Mais elle revient.
Et nous avec elle.
Veille. Respire.
Tu es le seuil.
Sources principales
Snorri écrit vers 1230 sur des événements du Xe siècle, en chrétien : son récit est un témoignage littéraire, et sa description des banquets de sacrifice est discutée par les historiens. Les citations des textes anciens sont données en traduction de travail. La date exacte du jól païen reste incertaine, car le « milieu de l'hiver » de Snorri n'est pas une date astronomique, et l'origine du mot jól est obscure : aucune étymologie proposée, la « roue » par exemple, n'est sûre. L'heure du coucher du soleil et sa hauteur à midi ont été calculées pour Bruxelles au solstice.
- Bède le Vénérable, De temporum ratione, ch. 15 (725) ; trad. anglaise Faith Wallis, The Reckoning of Time, Liverpool University Press, 1999.
- Snorri Sturluson, Heimskringla, Saga de Hákon le Bon, ch. 13, 14, 17 et 18 (éd. Bjarni Aðalbjarnarson, Íslenzk fornrit 26, 1941) ; trad. François-Xavier Dillmann, Histoire des rois de Norvège, Gallimard, 2000.
- Þorbjörn hornklofi, Haraldskvæði (vers 900), conservé dans la Fagrskinna (vers 1220).
- Helgakviða Hjörvarðssonar, Edda poétique, Codex Regius (vers 1270) ; trad. Régis Boyer, L'Edda poétique, Fayard, 1992.
- Jan de Vries, Altnordisches etymologisches Wörterbuch (2e éd., 1962), sur l'origine obscure de jól.
- Concile de Tours (567), canon sur le temps de fête de Noël à l'Épiphanie.
- Orderic Vital, Histoire ecclésiastique, livre VIII (vers 1130-1140) ; éd. Marjorie Chibnall, Oxford Medieval Texts.
- Chronique anglo-saxonne, manuscrit de Peterborough, année 1127.
- Chronographe de 354 (calendrier et Depositio martyrum) ; Pline l'Ancien, Histoire naturelle, XVI, 95 ; Apulée, Métamorphoses, XI, 23.
- Robert Herrick, Hesperides (1648).
- Jacob Grimm, Deutsche Mythologie (1835).
- Ronald Hutton, The Stations of the Sun (1996) et The Triumph of the Moon (1999).
- Gerald Gardner, Witchcraft Today (1954) ; Robert Graves, The White Goddess (1948) ; Starhawk, The Spiral Dance (1979) ; Janet et Stewart Farrar, Eight Sabbats for Witches (1981).
- Iolo Morganwg, Barddas, éd. J. Williams ab Ithel, 1862 ; Ross Nichols, The Book of Druidry (1990).
- Paul C. Bauschatz, The Well and the Tree (1982).
- Aleister Crowley, Liber Resh vel Helios, The Equinox I:6 (1911).
- Thomas Talley, The Origins of the Liturgical Year (1986), sur le débat autour de la date de Noël.
- Les illustrations de cet article sont des images d'évocation créées pour l'occasion.
Sources principales
Snorri écrit vers 1230 sur des événements du Xe siècle, en chrétien : son récit est un témoignage littéraire, et sa description des banquets de sacrifice est discutée par les historiens. Les citations des textes anciens sont données en traduction de travail. La date exacte du jól païen reste incertaine, car le « milieu de l'hiver » de Snorri n'est pas une date astronomique, et l'origine du mot jól est obscure : aucune étymologie proposée, la « roue » par exemple, n'est sûre. L'heure du coucher du soleil et sa hauteur à midi ont été calculées pour Bruxelles au solstice.
- Bède le Vénérable, De temporum ratione, ch. 15 (725) ; trad. anglaise Faith Wallis, The Reckoning of Time, Liverpool University Press, 1999.
- Snorri Sturluson, Heimskringla, Saga de Hákon le Bon, ch. 13, 14, 17 et 18 (éd. Bjarni Aðalbjarnarson, Íslenzk fornrit 26, 1941) ; trad. François-Xavier Dillmann, Histoire des rois de Norvège, Gallimard, 2000.
- Þorbjörn hornklofi, Haraldskvæði (vers 900), conservé dans la Fagrskinna (vers 1220).
- Helgakviða Hjörvarðssonar, Edda poétique, Codex Regius (vers 1270) ; trad. Régis Boyer, L'Edda poétique, Fayard, 1992.
- Jan de Vries, Altnordisches etymologisches Wörterbuch (2e éd., 1962), sur l'origine obscure de jól.
- Concile de Tours (567), canon sur le temps de fête de Noël à l'Épiphanie.
- Orderic Vital, Histoire ecclésiastique, livre VIII (vers 1130-1140) ; éd. Marjorie Chibnall, Oxford Medieval Texts.
- Chronique anglo-saxonne, manuscrit de Peterborough, année 1127.
- Chronographe de 354 (calendrier et Depositio martyrum) ; Pline l'Ancien, Histoire naturelle, XVI, 95 ; Apulée, Métamorphoses, XI, 23.
- Robert Herrick, Hesperides (1648).
- Jacob Grimm, Deutsche Mythologie (1835).
- Ronald Hutton, The Stations of the Sun (1996) et The Triumph of the Moon (1999).
- Gerald Gardner, Witchcraft Today (1954) ; Robert Graves, The White Goddess (1948) ; Starhawk, The Spiral Dance (1979) ; Janet et Stewart Farrar, Eight Sabbats for Witches (1981).
- Iolo Morganwg, Barddas, éd. J. Williams ab Ithel, 1862 ; Ross Nichols, The Book of Druidry (1990).
- Paul C. Bauschatz, The Well and the Tree (1982).
- Aleister Crowley, Liber Resh vel Helios, The Equinox I:6 (1911).
- Thomas Talley, The Origins of the Liturgical Year (1986), sur le débat autour de la date de Noël.
- Les illustrations de cet article sont des images d'évocation créées pour l'occasion.