Un 1er mai, dans le Perthshire, en Écosse, des bergers creusent une tranchée carrée et font du feu sur le carré de gazon resté au milieu. La bouillie d'œufs, de beurre et d'avoine chauffe, et la première part ne va à aucun d'eux : ils la versent sur le sol. Pourquoi, au moment d'ouvrir la porte à l'été, commençait-on par monter la garde ?
Un 1er mai, dans le Perthshire, en Écosse, des bergers creusent une tranchée carrée et font du feu sur le carré de gazon resté au milieu. La bouillie d'œufs, de beurre et d'avoine chauffe, et la première part ne va à aucun d'eux : ils la versent sur le sol. Pourquoi, au moment d'ouvrir la porte à l'été, commençait-on par monter la garde ?
L'essentiel à retenir
Beltaine (ou Beltane), c'est quand ? Le 1er mai et la nuit qui le précède. Dans le monde gaélique, c'était la porte de la saison claire, en face de Samhain, qui ouvre l'hiver.
D'où viennent ses feux ? D'un glossaire irlandais écrit vers l'an 900, puis de coutumes recueillies en Écosse et en Irlande aux XVIIIe et XIXe siècles. Ces feux devaient protéger le bétail des maladies de l'année.
Et le verre, dans tout ça ? Avant de manger et de boire, les bergers versaient la première part à la terre. Vous pouvez refaire ce geste au seuil de votre porte.
« C'est la nuit du premier mai. Que la vengeance du Ciel tombe sur moi si je n'apprends pas ce qui emporte les poulains. » Teyrnon, dans un conte gallois du Mabinogi
L'essentiel à retenir
Beltaine (ou Beltane), c'est quand ? Le 1er mai et la nuit qui le précède. Dans le monde gaélique, c'était la porte de la saison claire, en face de Samhain, qui ouvre l'hiver.
D'où viennent ses feux ? D'un glossaire irlandais écrit vers l'an 900, puis de coutumes recueillies en Écosse et en Irlande aux XVIIIe et XIXe siècles. Ces feux devaient protéger le bétail des maladies de l'année.
Et le verre, dans tout ça ? Avant de manger et de boire, les bergers versaient la première part à la terre. Vous pouvez refaire ce geste au seuil de votre porte.
« C'est la nuit du premier mai. Que la vengeance du Ciel tombe sur moi si je n'apprends pas ce qui emporte les poulains. » Teyrnon, dans un conte gallois du Mabinogi

Deux feux côte à côte
Au pays de Galles, rapporte la folkloriste Marie Trevelyan en 1909, on dressait parfois au seuil de mai deux feux voisins, chacun nommé coelcerth. Ceux que le sort désignait couraient trois fois entre les deux.
Deux feux côte à côte
Au pays de Galles, rapporte la folkloriste Marie Trevelyan en 1909, on dressait parfois au seuil de mai deux feux voisins, chacun nommé coelcerth. Ceux que le sort désignait couraient trois fois entre les deux.
L'enquête
Une part pour le renard
La scène nous vient d'un voyageur. Thomas Pennant, naturaliste gallois, parcourt l'Écosse en 1769 et publie deux ans plus tard le récit de son tour. Pour le Perthshire, il rapporte ce que les bergers de chaque village font le premier jour de mai : leur Bel-tien, ce qu'il appelle un « sacrifice rural ». Il ne dit pas l'avoir vu : il décrit une coutume, au présent.
Le décor tient en peu de chose : une tranchée carrée creusée dans le sol, un carré de gazon laissé au milieu, et un feu de bois posé dessus. Sur ce feu cuit un grand caudle, une bouillie chaude d'œufs, de beurre, de farine d'avoine et de lait. On peut se figurer l'odeur du beurre et de l'avoine qui monte avec la fumée. Chacun apporte sa part des ingrédients, et l'on apporte aussi bière et whisky.
Le premier geste ne nourrit personne. Les rites commencent, écrit Pennant, par un peu de caudle répandu sur le sol, « en guise de libation ». La terre est servie avant les hommes.
Ensuite, chacun prend un gâteau d'avoine sur lequel on a modelé neuf bosses carrées. Chaque bosse a son destinataire. On se tourne face au feu, on en casse une et on la lance par-dessus son épaule : « Ceci, je te le donne, garde mes chevaux ; ceci à toi, garde mes moutons. » Une partie des bosses va aux êtres qu'on croit gardiens des troupeaux. Le reste va aux bêtes qui s'attaquent aux troupeaux : le renard, la corneille mantelée, l'aigle. « Ceci, je te le donne, ô renard ! épargne mes agneaux. »
On nourrit ce qui menace, pour qu'il passe son chemin. Le renard reçoit sa part, et l'on espère qu'il saura s'en contenter. La cérémonie finie, on mange le caudle. Deux personnes désignées cachent les restes, et tout le monde se retrouve le dimanche suivant pour les terminer.
« Ceci, je te le donne, ô renard ! épargne mes agneaux. »
Les bergers du Perthshire, d'après Thomas Pennant (1771)
Le moment compte. Mai ouvre la saison claire, et le bétail paît déjà autour des collines. C'est à ce seuil qu'on le confiait à tout ce qui pouvait le garder, et même à ce qui pouvait le prendre.
À Beltaine, on ne fête pas encore l'été.
On lui ouvre la porte.
L'enquête
Une part pour le renard
La scène nous vient d'un voyageur. Thomas Pennant, naturaliste gallois, parcourt l'Écosse en 1769 et publie deux ans plus tard le récit de son tour. Pour le Perthshire, il rapporte ce que les bergers de chaque village font le premier jour de mai : leur Bel-tien, ce qu'il appelle un « sacrifice rural ». Il ne dit pas l'avoir vu : il décrit une coutume, au présent.
Le décor tient en peu de chose : une tranchée carrée creusée dans le sol, un carré de gazon laissé au milieu, et un feu de bois posé dessus. Sur ce feu cuit un grand caudle, une bouillie chaude d'œufs, de beurre, de farine d'avoine et de lait. On peut se figurer l'odeur du beurre et de l'avoine qui monte avec la fumée. Chacun apporte sa part des ingrédients, et l'on apporte aussi bière et whisky.
Le premier geste ne nourrit personne. Les rites commencent, écrit Pennant, par un peu de caudle répandu sur le sol, « en guise de libation ». La terre est servie avant les hommes.
Ensuite, chacun prend un gâteau d'avoine sur lequel on a modelé neuf bosses carrées. Chaque bosse a son destinataire. On se tourne face au feu, on en casse une et on la lance par-dessus son épaule : « Ceci, je te le donne, garde mes chevaux ; ceci à toi, garde mes moutons. » Une partie des bosses va aux êtres qu'on croit gardiens des troupeaux. Le reste va aux bêtes qui s'attaquent aux troupeaux : le renard, la corneille mantelée, l'aigle. « Ceci, je te le donne, ô renard ! épargne mes agneaux. »
On nourrit ce qui menace, pour qu'il passe son chemin. Le renard reçoit sa part, et l'on espère qu'il saura s'en contenter. La cérémonie finie, on mange le caudle. Deux personnes désignées cachent les restes, et tout le monde se retrouve le dimanche suivant pour les terminer.
« Ceci, je te le donne, ô renard ! épargne mes agneaux. »
Les bergers du Perthshire, d'après Thomas Pennant (1771)
Le moment compte. Mai ouvre la saison claire, et le bétail paît déjà autour des collines. C'est à ce seuil qu'on le confiait à tout ce qui pouvait le garder, et même à ce qui pouvait le prendre.
À Beltaine, on ne fête pas encore l'été.
On lui ouvre la porte.
Deux feux dans un glossaire
Pennant écrit au XVIIIe siècle. Pour trouver le nom de la fête dans un texte, il faut remonter près de neuf siècles plus tôt et passer en Irlande.
Vers l'an 900, Cormac mac Cuilennáin règne à Cashel, dans le Munster. Il est à la fois roi et homme d'Église, et la tradition le fait aussi évêque. Il meurt en 908 sur le champ de bataille de Belach Mugna. On lui attribue un glossaire, l'un de ces dictionnaires où les clercs irlandais expliquaient les mots anciens de leur langue. À l'entrée Beltaine, le glossaire parle d'un « feu propice » : deux feux que faisaient les druides avec de grandes incantations, et l'on y amenait le bétail, ou on le faisait passer entre eux, contre les maladies de l'année. Ces druides-là sont les lettrés-prêtres du passé païen. Deux feux font une porte : deux flammes dressées comme des portails, et le seuil entre elles.
Les textes irlandais du Moyen Âge font de Beltaine l'une des quatre grandes fêtes de l'année, avec Imbolc, Lughnasadh et Samhain, la fête du 1er novembre qui ouvre l'hiver. Samhain ferme la saison claire et Beltaine l'ouvre : ce sont les deux portes d'une même maison.
Un clerc qui explique un mot, des bergers qui nourrissent un renard : à près de neuf siècles d'écart, c'est la même inquiétude. Le bétail passe un seuil, et ce seuil est dangereux.
Avant d'être une fête des fleurs, Beltaine est une nuit de garde.
Cette nuit-là, les textes irlandais ne la racontent pas. Un conte gallois s'en charge.
Deux feux dans un glossaire
Pennant écrit au XVIIIe siècle. Pour trouver le nom de la fête dans un texte, il faut remonter près de neuf siècles plus tôt et passer en Irlande.
Vers l'an 900, Cormac mac Cuilennáin règne à Cashel, dans le Munster. Il est à la fois roi et homme d'Église, et la tradition le fait aussi évêque. Il meurt en 908 sur le champ de bataille de Belach Mugna. On lui attribue un glossaire, l'un de ces dictionnaires où les clercs irlandais expliquaient les mots anciens de leur langue. À l'entrée Beltaine, le glossaire parle d'un « feu propice » : deux feux que faisaient les druides avec de grandes incantations, et l'on y amenait le bétail, ou on le faisait passer entre eux, contre les maladies de l'année. Ces druides-là sont les lettrés-prêtres du passé païen. Deux feux font une porte : deux flammes dressées comme des portails, et le seuil entre elles.
Les textes irlandais du Moyen Âge font de Beltaine l'une des quatre grandes fêtes de l'année, avec Imbolc, Lughnasadh et Samhain, la fête du 1er novembre qui ouvre l'hiver. Samhain ferme la saison claire et Beltaine l'ouvre : ce sont les deux portes d'une même maison.
Un clerc qui explique un mot, des bergers qui nourrissent un renard : à près de neuf siècles d'écart, c'est la même inquiétude. Le bétail passe un seuil, et ce seuil est dangereux.
Avant d'être une fête des fleurs, Beltaine est une nuit de garde.
Cette nuit-là, les textes irlandais ne la racontent pas. Un conte gallois s'en charge.
Le récit
La nuit où Teyrnon laissa la porte ouverte
Au pays de Galles, le 1er mai s'appelle Calan Mai, et la nuit qui le précède, Nos Galan Mai. Cette fête galloise est une cousine de Beltaine, pas Beltaine elle-même. Le Mabinogi réunit quatre contes, ses quatre « branches », conservés dans des manuscrits gallois du XIVe siècle. La première consacre un épisode à cette nuit. Le conte y place deux veilles en regard, dans deux coins du pays. L'une échoue, l'autre tient.
Tout commence à Narberth, dans l'ouest du pays. Rhiannon, l'épouse de Pwyll, prince de Dyfed, vient de mettre au monde un fils. On fait venir six femmes pour veiller la mère et l'enfant. Avant minuit, toutes se sont endormies.
Au réveil, l'enfant n'est plus là.
Prises de peur, les six femmes tuent des chiots et barbouillent de leur sang le visage et les mains de Rhiannon endormie. Puis elles l'accusent d'avoir dévoré son fils. Plutôt que de se battre contre six témoins, elle accepte une pénitence : rester sept ans assise à la porte, près du montoir, la pierre d'où l'on monte à cheval, pour raconter son malheur aux arrivants et leur offrir de les porter sur son dos.
Loin de là, dans le Gwent, vit Teyrnon, que le conte appelle « le meilleur homme du monde ». Il possède une jument, la plus belle du royaume. Chaque année, la nuit du 1er mai, elle met bas, et personne ne sait jamais ce que devient le poulain.
Cette année-là, Teyrnon dit à sa femme : « C'est la nuit du premier mai. Que la vengeance du Ciel tombe sur moi si je n'apprends pas ce qui emporte les poulains. »
Il fait entrer la jument dans une maison, prend ses armes et s'installe pour veiller. Au début de la nuit, la jument met bas un grand et beau poulain, qui se tient aussitôt debout. Alors un grand fracas s'élève, et une griffe passe par la fenêtre. Elle saisit le poulain par la crinière.
Teyrnon tire son épée et tranche au coude le bras qui la porte. Le bras et le poulain restent dans la maison.
Dehors, il entend un fracas et un gémissement à la fois. Il ouvre la porte et court vers le bruit, mais il ne voit rien : la nuit est trop noire.
Puis il se souvient qu'il a laissé la porte ouverte.
Il revient. Sur le seuil, il trouve un petit garçon emmailloté, enveloppé dans un manteau de satin.
La femme de Teyrnon n'a jamais eu d'enfant. Elle le garde. On le nomme Gwri aux cheveux d'or, parce que ses cheveux sont jaunes comme l'or, et on lui donne le poulain né la même nuit.
⁂
Le conte ne dit pas tout de suite d'où vient l'enfant. Il laisse deviner que c'est le fils de Rhiannon, et la suite le confirme. Une nuit de mai où quelque chose rôde, des veilleuses qui s'endorment et un veilleur qui tient : la garde de mai a trouvé son conte.
Le pays de Galles a d'autres nuits de mai. Le Mabinogion, nom donné au XIXe siècle au recueil qui réunit les quatre branches et d'autres contes, fait entendre, dans le conte de Lludd et Llefelys, un cri qui traverse chaque veille de mai « au-dessus de chaque foyer » de l'île de Bretagne, l'actuelle Grande-Bretagne. C'est aussi le recueil où l'on cherche Mabon, l'enfant enlevé à sa mère. Ici, l'enfant perdu est retrouvé, sur un seuil, une nuit de mai.
La veille de mai, des villages d'Écosse avaient monté une autre garde, celle du feu ; à la fin du XVIIIe siècle, on s'en souvenait encore.
Le récit
La nuit où Teyrnon laissa la porte ouverte
Au pays de Galles, le 1er mai s'appelle Calan Mai, et la nuit qui le précède, Nos Galan Mai. Cette fête galloise est une cousine de Beltaine, pas Beltaine elle-même. Le Mabinogi réunit quatre contes, ses quatre « branches », conservés dans des manuscrits gallois du XIVe siècle. La première consacre un épisode à cette nuit. Le conte y place deux veilles en regard, dans deux coins du pays. L'une échoue, l'autre tient.
Tout commence à Narberth, dans l'ouest du pays. Rhiannon, l'épouse de Pwyll, prince de Dyfed, vient de mettre au monde un fils. On fait venir six femmes pour veiller la mère et l'enfant. Avant minuit, toutes se sont endormies.
Au réveil, l'enfant n'est plus là.
Prises de peur, les six femmes tuent des chiots et barbouillent de leur sang le visage et les mains de Rhiannon endormie. Puis elles l'accusent d'avoir dévoré son fils. Plutôt que de se battre contre six témoins, elle accepte une pénitence : rester sept ans assise à la porte, près du montoir, la pierre d'où l'on monte à cheval, pour raconter son malheur aux arrivants et leur offrir de les porter sur son dos.
Loin de là, dans le Gwent, vit Teyrnon, que le conte appelle « le meilleur homme du monde ». Il possède une jument, la plus belle du royaume. Chaque année, la nuit du 1er mai, elle met bas, et personne ne sait jamais ce que devient le poulain.
Cette année-là, Teyrnon dit à sa femme : « C'est la nuit du premier mai. Que la vengeance du Ciel tombe sur moi si je n'apprends pas ce qui emporte les poulains. »
Il fait entrer la jument dans une maison, prend ses armes et s'installe pour veiller. Au début de la nuit, la jument met bas un grand et beau poulain, qui se tient aussitôt debout. Alors un grand fracas s'élève, et une griffe passe par la fenêtre. Elle saisit le poulain par la crinière.
Teyrnon tire son épée et tranche au coude le bras qui la porte. Le bras et le poulain restent dans la maison.
Dehors, il entend un fracas et un gémissement à la fois. Il ouvre la porte et court vers le bruit, mais il ne voit rien : la nuit est trop noire.
Puis il se souvient qu'il a laissé la porte ouverte.
Il revient. Sur le seuil, il trouve un petit garçon emmailloté, enveloppé dans un manteau de satin.
La femme de Teyrnon n'a jamais eu d'enfant. Elle le garde. On le nomme Gwri aux cheveux d'or, parce que ses cheveux sont jaunes comme l'or, et on lui donne le poulain né la même nuit.
⁂
Le conte ne dit pas tout de suite d'où vient l'enfant. Il laisse deviner que c'est le fils de Rhiannon, et la suite le confirme. Une nuit de mai où quelque chose rôde, des veilleuses qui s'endorment et un veilleur qui tient : la garde de mai a trouvé son conte.
Le pays de Galles a d'autres nuits de mai. Le Mabinogion, nom donné au XIXe siècle au recueil qui réunit les quatre branches et d'autres contes, fait entendre, dans le conte de Lludd et Llefelys, un cri qui traverse chaque veille de mai « au-dessus de chaque foyer » de l'île de Bretagne, l'actuelle Grande-Bretagne. C'est aussi le recueil où l'on cherche Mabon, l'enfant enlevé à sa mère. Ici, l'enfant perdu est retrouvé, sur un seuil, une nuit de mai.
La veille de mai, des villages d'Écosse avaient monté une autre garde, celle du feu ; à la fin du XVIIIe siècle, on s'en souvenait encore.
L'enquête
Le silence froid, puis la braise
« La veille, tous les feux du pays étaient soigneusement éteints. » La phrase est de John Ramsay d'Ochtertyre, un propriétaire du Perthshire qui recueille, à la fin du XVIIIe siècle, les souvenirs des plus vieilles gens. Le silence froid s'installait alors dans les maisons. Le matin, sur une hauteur, on tirait du bois un feu neuf, par frottement. Depuis longtemps, ajoute Ramsay, on se contente d'un feu ordinaire.
Quelques générations plus tard, dans l'île d'Uist, aux Hébrides, un prêtre, le père Allan, se souvenait encore d'avoir vu sa grand-mère faire le gâteau de Beltaine. La folkloriste Ada Goodrich-Freer publie les notes du prêtre en 1902. Les mêmes notes résument l'ancienne coutume : tous les feux éteints, un grand feu allumé au sommet de la colline, et le bétail mené tout autour dans le sens du soleil. Puis vient cette phrase, qui contient toute la fête : « Chacun rapportait chez lui du feu pour allumer le sien. »
On repartait ensemble, à partir d'un même feu. Ce feu-là, on le gardait. En Irlande, les folkloristes ont relevé au XIXe siècle qu'on ne donnait de feu, le 1er mai, à personne : avec la flamme, c'est la chance de la maison qui serait partie.
Chez nous, en Belgique, mai a un autre parfum. À Arlon, dans le Luxembourg belge, quand les hêtraies se couvrent de vert tendre, on prépare le maitrank, le vin de mai à l'aspérule : un vin de la saison plutôt que du seul 1er mai.
Quant aux feux de la Saint-Jean, on les rapproche souvent de ceux de Beltaine : ce sont deux traditions saisonnières parallèles, sans filiation prouvée.
Le feu de Beltaine ne se prêtait pas.
Il se partageait, une fois l'an.
L'enquête
Le silence froid, puis la braise
« La veille, tous les feux du pays étaient soigneusement éteints. » La phrase est de John Ramsay d'Ochtertyre, un propriétaire du Perthshire qui recueille, à la fin du XVIIIe siècle, les souvenirs des plus vieilles gens. Le silence froid s'installait alors dans les maisons. Le matin, sur une hauteur, on tirait du bois un feu neuf, par frottement. Depuis longtemps, ajoute Ramsay, on se contente d'un feu ordinaire.
Quelques générations plus tard, dans l'île d'Uist, aux Hébrides, un prêtre, le père Allan, se souvenait encore d'avoir vu sa grand-mère faire le gâteau de Beltaine. La folkloriste Ada Goodrich-Freer publie les notes du prêtre en 1902. Les mêmes notes résument l'ancienne coutume : tous les feux éteints, un grand feu allumé au sommet de la colline, et le bétail mené tout autour dans le sens du soleil. Puis vient cette phrase, qui contient toute la fête : « Chacun rapportait chez lui du feu pour allumer le sien. »
On repartait ensemble, à partir d'un même feu. Ce feu-là, on le gardait. En Irlande, les folkloristes ont relevé au XIXe siècle qu'on ne donnait de feu, le 1er mai, à personne : avec la flamme, c'est la chance de la maison qui serait partie.
Chez nous, en Belgique, mai a un autre parfum. À Arlon, dans le Luxembourg belge, quand les hêtraies se couvrent de vert tendre, on prépare le maitrank, le vin de mai à l'aspérule : un vin de la saison plutôt que du seul 1er mai.
Quant aux feux de la Saint-Jean, on les rapproche souvent de ceux de Beltaine : ce sont deux traditions saisonnières parallèles, sans filiation prouvée.
Le feu de Beltaine ne se prêtait pas.
Il se partageait, une fois l'an.
Les traditions
Ce que mai dit à ceux qui le fêtent
Les bergers du Perthshire ont disparu. Le nom de leur fête, lui, s'est remis à brûler. Wiccans et druides célèbrent aujourd'hui Beltaine dans une Roue de l'année en huit fêtes, née au XXe siècle, où elle suit Ostara, l'équinoxe de printemps. C'est l'une des premières fêtes de la roue : dès 1954, Gerald Gardner, le fondateur de la Wicca, comptait la veille de mai parmi les quatre grands sabbats des sorcières, avant que la roue n'en réunisse huit.
Il ne s'agit pas de traditions anciennes, mais d'une grammaire contemporaine, que chacun est libre d'utiliser ou non.
Dans ce langage, Beltaine est d'abord une porte, en face de Samhain : l'une ouvre la moitié claire de l'année, l'autre la moitié sombre. On y lit la garde, que décrit le folklore recueilli en Irlande et en Écosse, puis la floraison et l'union du couple divin. Dans la pratique néopaïenne d'aujourd'hui, on dit qu'à Beltaine, comme à Samhain, le voile entre les mondes s'amincit. Le folklore irlandais connaissait une inquiétude voisine : la veille de mai, le peuple des collines, les aos sí, sort danser sur les tertres.
Les figures de la fête ont chacune leur histoire. Le Dieu cornu s'affirme chez l'égyptologue Margaret Murray, en 1931, et Gardner fait du couple qu'il forme avec la Déesse le cœur de la Wicca. À Beltaine, leur union a son symbole : dans la Wicca publiée, notamment chez Janet et Stewart Farrar (1981), un couple d'auteurs wiccans, la lame descend dans la coupe.
La Reine de mai vient des jeux de mai anglais ; la Wicca l'a reprise ensuite. Le Green Man, homme de feuillage, a reçu son nom en 1939. Le druidisme moderne, dont Ross Nichols fonde en 1964 l'Ordre des Bardes, Ovates et Druides, garde le nom gaélique de la fête.
Les traditions
Ce que mai dit à ceux qui le fêtent
Les bergers du Perthshire ont disparu. Le nom de leur fête, lui, s'est remis à brûler. Wiccans et druides célèbrent aujourd'hui Beltaine dans une Roue de l'année en huit fêtes, née au XXe siècle, où elle suit Ostara, l'équinoxe de printemps. C'est l'une des premières fêtes de la roue : dès 1954, Gerald Gardner, le fondateur de la Wicca, comptait la veille de mai parmi les quatre grands sabbats des sorcières, avant que la roue n'en réunisse huit.
Il ne s'agit pas de traditions anciennes, mais d'une grammaire contemporaine, que chacun est libre d'utiliser ou non.
Dans ce langage, Beltaine est d'abord une porte, en face de Samhain : l'une ouvre la moitié claire de l'année, l'autre la moitié sombre. On y lit la garde, que décrit le folklore recueilli en Irlande et en Écosse, puis la floraison et l'union du couple divin. Dans la pratique néopaïenne d'aujourd'hui, on dit qu'à Beltaine, comme à Samhain, le voile entre les mondes s'amincit. Le folklore irlandais connaissait une inquiétude voisine : la veille de mai, le peuple des collines, les aos sí, sort danser sur les tertres.
Les figures de la fête ont chacune leur histoire. Le Dieu cornu s'affirme chez l'égyptologue Margaret Murray, en 1931, et Gardner fait du couple qu'il forme avec la Déesse le cœur de la Wicca. À Beltaine, leur union a son symbole : dans la Wicca publiée, notamment chez Janet et Stewart Farrar (1981), un couple d'auteurs wiccans, la lame descend dans la coupe.
La Reine de mai vient des jeux de mai anglais ; la Wicca l'a reprise ensuite. Le Green Man, homme de feuillage, a reçu son nom en 1939. Le druidisme moderne, dont Ross Nichols fonde en 1964 l'Ordre des Bardes, Ovates et Druides, garde le nom gaélique de la fête.

Une reine d'un jour
La pratique wiccane a fait de la Reine de mai l'image de la Déesse jeune, celle qui fleurit avec la saison.
Une reine d'un jour
La pratique wiccane a fait de la Reine de mai l'image de la Déesse jeune, celle qui fleurit avec la saison.
Dans les maisons d'autrefois, la garde passait par des objets. Dans le nord-est de l'Écosse, au XIXe siècle, on posait une branche de sorbier des oiseleurs au-dessus de la porte de l'étable le soir des feux de mai, car on disait que cette nuit-là, les sorcières sortaient voler le lait des vaches. En Irlande, on semait des primevères devant la porte, car les fées, disait-on, ne pouvaient franchir les fleurs.
Le 28 mai 1667, Samuel Pepys, haut fonctionnaire de la marine anglaise, note dans son journal que sa femme Elizabeth part dormir à Woolwich, hors de Londres, pour recueillir le lendemain matin la rosée de mai : une certaine Mrs Turner lui a appris que c'était « la seule chose au monde » pour se laver le visage. Pepys conclut : « et j'en suis content ». On ne saura jamais s'il l'était tout à fait. La rosée de mai ne tombait d'ailleurs pas que le 1er. Chez nous, elle a une cousine moins poétique, qui tombe à peu près toute l'année : la drache.
⁂
À l'atelier, cette rosée-là nous fait penser à autre chose. Le Mutus Liber, le « livre muet » d'images alchimiques imprimé à La Rochelle en 1677, montre un couple qui tend des draps sur un pré, puis les tord au-dessus d'un bassin pour recueillir la rosée. Au même siècle, l'antiquaire anglais John Aubrey tenait la rosée de mai pour « un grand dissolvant ». Ce n'est pas une coutume de Beltaine, c'est un regard d'alchimiste : quand nous voyons un linge traîné dans l'herbe à l'aube, nous pensons au bassin.
Les mots sont neufs.
La garde est ancienne.
Dans les maisons d'autrefois, la garde passait par des objets. Dans le nord-est de l'Écosse, au XIXe siècle, on posait une branche de sorbier des oiseleurs au-dessus de la porte de l'étable le soir des feux de mai, car on disait que cette nuit-là, les sorcières sortaient voler le lait des vaches. En Irlande, on semait des primevères devant la porte, car les fées, disait-on, ne pouvaient franchir les fleurs.
Le 28 mai 1667, Samuel Pepys, haut fonctionnaire de la marine anglaise, note dans son journal que sa femme Elizabeth part dormir à Woolwich, hors de Londres, pour recueillir le lendemain matin la rosée de mai : une certaine Mrs Turner lui a appris que c'était « la seule chose au monde » pour se laver le visage. Pepys conclut : « et j'en suis content ». On ne saura jamais s'il l'était tout à fait. La rosée de mai ne tombait d'ailleurs pas que le 1er. Chez nous, elle a une cousine moins poétique, qui tombe à peu près toute l'année : la drache.
⁂
À l'atelier, cette rosée-là nous fait penser à autre chose. Le Mutus Liber, le « livre muet » d'images alchimiques imprimé à La Rochelle en 1677, montre un couple qui tend des draps sur un pré, puis les tord au-dessus d'un bassin pour recueillir la rosée. Au même siècle, l'antiquaire anglais John Aubrey tenait la rosée de mai pour « un grand dissolvant ». Ce n'est pas une coutume de Beltaine, c'est un regard d'alchimiste : quand nous voyons un linge traîné dans l'herbe à l'aube, nous pensons au bassin.
Les mots sont neufs.
La garde est ancienne.
Les gestes
Du soir à l'aube, cinq gestes de garde
Au crépuscule du 30 avril, ou n'importe quel soir de mai, accrochez une branche d'aubépine en fleur à l'extérieur de votre porte, et laissez-la dehors : c'est le premier de cinq gestes d'aujourd'hui, nés de coutumes anciennes, que chaque maison fait à sa façon. Si la saison est en retard, une branche en boutons fera aussi bien l'affaire. Une branche de sorbier au-dessus du chambranle, quelques primevères sur la marche, et l'odeur lourde de l'aubépine sur les doigts : la maison est fermée pour la nuit.
Les gestes
Du soir à l'aube, cinq gestes de garde
Au crépuscule du 30 avril, ou n'importe quel soir de mai, accrochez une branche d'aubépine en fleur à l'extérieur de votre porte, et laissez-la dehors : c'est le premier de cinq gestes d'aujourd'hui, nés de coutumes anciennes, que chaque maison fait à sa façon. Si la saison est en retard, une branche en boutons fera aussi bien l'affaire. Une branche de sorbier au-dessus du chambranle, quelques primevères sur la marche, et l'odeur lourde de l'aubépine sur les doigts : la maison est fermée pour la nuit.

L'arbre qu'on laisse dehors
En anglais, l'aubépine se nomme aussi may. On l'accrochait volontiers à la porte, mais dans certaines régions d'Angleterre, la faire entrer dans la maison passait pour porter malheur.
L'arbre qu'on laisse dehors
En anglais, l'aubépine se nomme aussi may. On l'accrochait volontiers à la porte, mais dans certaines régions d'Angleterre, la faire entrer dans la maison passait pour porter malheur.
La nuit tombée, éteignez toutes les lumières. Restez une minute dans le noir, le temps d'entendre la maison. Puis allumez une seule bougie, et que chacun y allume la sienne : vous repartez ensemble, à partir d'un même feu. Cette nuit-là, ce feu, vous ne le prêtez à personne.
Avant de vous coucher, sortez sur le pas de la porte avec un verre. Ce qu'il contient vous regarde : un vin de mai si la saison vous en a donné un, ou la bouteille que vous gardez pour les grands soirs. Avant de boire, versez-en quelques gouttes à la terre, au pied du seuil. Les bergers de Pennant versaient leur caudle, pas leur whisky, mais le geste reste le même : la première part ne vous appartient pas, et c'est ce qui fait d'un verre un geste de passage. Levez ensuite le verre vers ce que vous voulez voir traverser l'été sans encombre, un enfant ou un jardin. Si le cœur vous en dit, posez dehors un morceau de pain pour ce qui rôde. Le renard appréciera.
Puis veillez une heure de plus que d'habitude, comme Teyrnon devant sa jument. Si vous voulez nommer ce qui doit fleurir, c'est le moment. Écrivez un mot sur un papier et posez-le près de la flamme. Le lendemain, pliez-le et glissez-le dans un livre, ou sous la terre du jardin.
Au lever du jour, le 1er mai ou un matin proche, sortez dans l'herbe, pieds nus si vous l'osez, un linge propre à la main. Choisissez un coin d'herbe courte que vous connaissez, loin des grandes ombelles de berce : leur sève rend la peau sensible au soleil, et c'est votre visage qui recevra la rosée. Passez le linge sur le pré, tordez-le au-dessus d'un bol, puis mouillez-vous les mains et le visage. Le froid monte par les chevilles, le linge pèse, et les gouttes tombent dans le bol avec un bruit minuscule. Mai commence les pieds mouillés.
La nuit tombée, éteignez toutes les lumières. Restez une minute dans le noir, le temps d'entendre la maison. Puis allumez une seule bougie, et que chacun y allume la sienne : vous repartez ensemble, à partir d'un même feu. Cette nuit-là, ce feu, vous ne le prêtez à personne.
Avant de vous coucher, sortez sur le pas de la porte avec un verre. Ce qu'il contient vous regarde : un vin de mai si la saison vous en a donné un, ou la bouteille que vous gardez pour les grands soirs. Avant de boire, versez-en quelques gouttes à la terre, au pied du seuil. Les bergers de Pennant versaient leur caudle, pas leur whisky, mais le geste reste le même : la première part ne vous appartient pas, et c'est ce qui fait d'un verre un geste de passage. Levez ensuite le verre vers ce que vous voulez voir traverser l'été sans encombre, un enfant ou un jardin. Si le cœur vous en dit, posez dehors un morceau de pain pour ce qui rôde. Le renard appréciera.
Puis veillez une heure de plus que d'habitude, comme Teyrnon devant sa jument. Si vous voulez nommer ce qui doit fleurir, c'est le moment. Écrivez un mot sur un papier et posez-le près de la flamme. Le lendemain, pliez-le et glissez-le dans un livre, ou sous la terre du jardin.
Au lever du jour, le 1er mai ou un matin proche, sortez dans l'herbe, pieds nus si vous l'osez, un linge propre à la main. Choisissez un coin d'herbe courte que vous connaissez, loin des grandes ombelles de berce : leur sève rend la peau sensible au soleil, et c'est votre visage qui recevra la rosée. Passez le linge sur le pré, tordez-le au-dessus d'un bol, puis mouillez-vous les mains et le visage. Le froid monte par les chevilles, le linge pèse, et les gouttes tombent dans le bol avec un bruit minuscule. Mai commence les pieds mouillés.

La rosée des visages
Le 1er mai 1791, rapporte le Morning Post, « un certain nombre de personnes » allèrent dans les champs se laver le visage à la rosée, avec l'idée qu'elle les rendrait beaux.
La rosée des visages
Le 1er mai 1791, rapporte le Morning Post, « un certain nombre de personnes » allèrent dans les champs se laver le visage à la rosée, avec l'idée qu'elle les rendrait beaux.
Le soir, on garde.
Le matin, on sort.
Le soir, on garde.
Le matin, on sort.
Épilogue
La flamme qui relie
Revenons à la tranchée du Perthshire. Avant de manger, avant de boire, les bergers versaient un peu de leur caudle à la terre et lançaient au renard sa part de gâteau. Ensuite seulement, l'été pouvait venir.
Le feu de Beltaine n'a jamais eu besoin de rugir. Il passait du sommet de la colline aux foyers éteints, et chacun le rapportait chez soi. À l'atelier, on suivrait la fumée d'un feu de mai comme la première couleur d'une macération qui file dans l'alcool : des yeux, sans rien dire, jusqu'à ce qu'elle se perde. Ce feu-là ne domine rien : il relie.
Épilogue
La flamme qui relie
Revenons à la tranchée du Perthshire. Avant de manger, avant de boire, les bergers versaient un peu de leur caudle à la terre et lançaient au renard sa part de gâteau. Ensuite seulement, l'été pouvait venir.
Le feu de Beltaine n'a jamais eu besoin de rugir. Il passait du sommet de la colline aux foyers éteints, et chacun le rapportait chez soi. À l'atelier, on suivrait la fumée d'un feu de mai comme la première couleur d'une macération qui file dans l'alcool : des yeux, sans rien dire, jusqu'à ce qu'elle se perde. Ce feu-là ne domine rien : il relie.

Trois fois trois
Pour tirer l'étincelle de Beltaine du bois frotté, raconte Ramsay, il fallait autrefois trois fois trois personnes, ailleurs trois fois neuf. Aujourd'hui, une allumette suffit.
Trois fois trois
Pour tirer l'étincelle de Beltaine du bois frotté, raconte Ramsay, il fallait autrefois trois fois trois personnes, ailleurs trois fois neuf. Aujourd'hui, une allumette suffit.
Ce soir, quel que soit le jour où vous lisez ces lignes, posez sur le rebord de votre fenêtre une bougie et trois fleurs cueillies au bord du chemin. Allumez-la quand la lumière baisse. Le feu de Beltaine peut tenir là, à l'abri du vent, le temps d'un repas.
Et avant de boire, une goutte pour la terre.
Ce soir, quel que soit le jour où vous lisez ces lignes, posez sur le rebord de votre fenêtre une bougie et trois fleurs cueillies au bord du chemin. Allumez-la quand la lumière baisse. Le feu de Beltaine peut tenir là, à l'abri du vent, le temps d'un repas.
Et avant de boire, une goutte pour la terre.
Sources principales
Pennant, Ramsay et le témoignage des Hébrides sont cités d'après leur texte anglais, tel que le reproduit l'anthropologue J. G. Frazer ; les traductions sont les nôtres. Pennant rapporte la coutume des bergers sans dire l'avoir vue, et sans donner ni village ni année. Ramsay recueille des souvenirs : à son époque, le feu neuf tiré par frottement appartient déjà au passé. Le souvenir du père Allan porte sur le gâteau ; la coutume des feux est résumée par ses notes. Le glossaire de Cormac est attribué : son noyau date de la fin du IXe ou du début du Xe siècle, avec des ajouts plus tardifs ; sa glose est résumée d'après la paraphrase anglaise de John Rhŷs (1901), reprise par Frazer. Les passages du Mabinogi sont traduits d'après la version anglaise de Charlotte Guest, notre texte de travail. Le lien entre l'enfant trouvé par Teyrnon et le fils de Rhiannon est donné par la suite du conte. L'historien Ronald Hutton a montré que la Roue de l'année en huit fêtes puise dans des traditions anciennes sans en être la continuation directe. Le nom de Green Man a été donné en 1939 par Lady Raglan aux têtes feuillues sculptées dans les églises médiévales ; le Jack-in-the-Green, un homme caché dans une armature de feuillage, vient des ramoneurs de Londres de la fin du XVIIIe siècle. L'anecdote de Charles IX offrant du muguet en 1561 se raconte partout ; nous n'en connaissons aucune source d'époque. La lecture de l'union et des figures appartient à la Wicca de la seconde moitié du XXe siècle ; elle est datée et attribuée comme telle. Les illustrations de cet article sont des images d'évocation.
- Thomas Pennant, A Tour in Scotland, MDCCLXIX, Chester, 1771.
- Sanas Cormaic (Cormac's Glossary), trad. John O'Donovan, éd. Whitley Stokes, Calcutta, 1868.
- John Rhŷs, Celtic Folklore, Welsh and Manx, Oxford, 1901, vol. I.
- John Ramsay of Ochtertyre, Scotland and Scotsmen in the Eighteenth Century, éd. Alexander Allardyce, Édimbourg, 1888, vol. II, p. 439-445.
- J. G. Frazer, The Golden Bough, éd. abrégée, Londres, 1922, ch. LXII (pour les citations de Pennant, de Ramsay et des Hébrides ; ses interprétations sont datées).
- A. Goodrich-Freer, « More Folk-lore from the Hebrides », Folk-lore, XIII, 1902.
- Marie Trevelyan, Folk-lore and Folk-stories of Wales, Londres, 1909.
- Lady Wilde, Ancient Legends, Mystic Charms and Superstitions of Ireland, 1887.
- T. F. Thiselton-Dyer, The Folk-lore of Plants, 1889.
- Walter Gregor, Notes on the Folk-Lore of the North-East of Scotland, 1881.
- The Mabinogion, trad. Charlotte Guest, 1849 (Pwyll, Lludd et Llefelys, Culhwch ac Olwen), texte de travail ; en français : Pierre-Yves Lambert, Les Quatre Branches du Mabinogi, Gallimard, 1993.
- Samuel Pepys, Journal, 28 mai 1667, éd. H. B. Wheatley (avec, en note, le Morning Post du 2 mai 1791 et John Aubrey).
- Geoffrey Keating, Foras Feasa ar Éirinn, vers 1634.
- Ronald Hutton, The Stations of the Sun, 1996 ; The Triumph of the Moon, 1999.
- Margaret Murray, The God of the Witches, 1931 ; Gerald Gardner, Witchcraft Today, 1954 ; Janet et Stewart Farrar, Eight Sabbats for Witches, 1981.
- Lady Raglan, « The Green Man in Church Architecture », Folklore, 1939 ; Roy Judge, The Jack-in-the-Green, 1979.
- Mutus Liber, La Rochelle, 1677 ; Aleister Crowley, Liber 777, 1909 ; Robert Graves, The White Goddess, 1948.
Sources principales
Pennant, Ramsay et le témoignage des Hébrides sont cités d'après leur texte anglais, tel que le reproduit l'anthropologue J. G. Frazer ; les traductions sont les nôtres. Pennant rapporte la coutume des bergers sans dire l'avoir vue, et sans donner ni village ni année. Ramsay recueille des souvenirs : à son époque, le feu neuf tiré par frottement appartient déjà au passé. Le souvenir du père Allan porte sur le gâteau ; la coutume des feux est résumée par ses notes. Le glossaire de Cormac est attribué : son noyau date de la fin du IXe ou du début du Xe siècle, avec des ajouts plus tardifs ; sa glose est résumée d'après la paraphrase anglaise de John Rhŷs (1901), reprise par Frazer. Les passages du Mabinogi sont traduits d'après la version anglaise de Charlotte Guest, notre texte de travail. Le lien entre l'enfant trouvé par Teyrnon et le fils de Rhiannon est donné par la suite du conte. L'historien Ronald Hutton a montré que la Roue de l'année en huit fêtes puise dans des traditions anciennes sans en être la continuation directe. Le nom de Green Man a été donné en 1939 par Lady Raglan aux têtes feuillues sculptées dans les églises médiévales ; le Jack-in-the-Green, un homme caché dans une armature de feuillage, vient des ramoneurs de Londres de la fin du XVIIIe siècle. L'anecdote de Charles IX offrant du muguet en 1561 se raconte partout ; nous n'en connaissons aucune source d'époque. La lecture de l'union et des figures appartient à la Wicca de la seconde moitié du XXe siècle ; elle est datée et attribuée comme telle. Les illustrations de cet article sont des images d'évocation.
- Thomas Pennant, A Tour in Scotland, MDCCLXIX, Chester, 1771.
- Sanas Cormaic (Cormac's Glossary), trad. John O'Donovan, éd. Whitley Stokes, Calcutta, 1868.
- John Rhŷs, Celtic Folklore, Welsh and Manx, Oxford, 1901, vol. I.
- John Ramsay of Ochtertyre, Scotland and Scotsmen in the Eighteenth Century, éd. Alexander Allardyce, Édimbourg, 1888, vol. II, p. 439-445.
- J. G. Frazer, The Golden Bough, éd. abrégée, Londres, 1922, ch. LXII (pour les citations de Pennant, de Ramsay et des Hébrides ; ses interprétations sont datées).
- A. Goodrich-Freer, « More Folk-lore from the Hebrides », Folk-lore, XIII, 1902.
- Marie Trevelyan, Folk-lore and Folk-stories of Wales, Londres, 1909.
- Lady Wilde, Ancient Legends, Mystic Charms and Superstitions of Ireland, 1887.
- T. F. Thiselton-Dyer, The Folk-lore of Plants, 1889.
- Walter Gregor, Notes on the Folk-Lore of the North-East of Scotland, 1881.
- The Mabinogion, trad. Charlotte Guest, 1849 (Pwyll, Lludd et Llefelys, Culhwch ac Olwen), texte de travail ; en français : Pierre-Yves Lambert, Les Quatre Branches du Mabinogi, Gallimard, 1993.
- Samuel Pepys, Journal, 28 mai 1667, éd. H. B. Wheatley (avec, en note, le Morning Post du 2 mai 1791 et John Aubrey).
- Geoffrey Keating, Foras Feasa ar Éirinn, vers 1634.
- Ronald Hutton, The Stations of the Sun, 1996 ; The Triumph of the Moon, 1999.
- Margaret Murray, The God of the Witches, 1931 ; Gerald Gardner, Witchcraft Today, 1954 ; Janet et Stewart Farrar, Eight Sabbats for Witches, 1981.
- Lady Raglan, « The Green Man in Church Architecture », Folklore, 1939 ; Roy Judge, The Jack-in-the-Green, 1979.
- Mutus Liber, La Rochelle, 1677 ; Aleister Crowley, Liber 777, 1909 ; Robert Graves, The White Goddess, 1948.