À l'aube, sous les cerisiers d'un parc de Tokyo, quelqu'un est déjà assis sur une bâche bleue. Il ne boira rien avant le soir. Pourquoi ce verre-là, sous cet arbre-là ? La réponse tient dans un hiver.
À l'aube, sous les cerisiers d'un parc de Tokyo, quelqu'un est déjà assis sur une bâche bleue. Il ne boira rien avant le soir. Pourquoi ce verre-là, sous cet arbre-là ? La réponse tient dans un hiver.
L'essentiel à retenir
Que veut dire hanami ? « Regarder les fleurs ». On se réunit sous les cerisiers en fleurs pour pique-niquer, boire et contempler. La coutume s'est d'abord affirmée à la cour impériale. Elle est devenue populaire à l'époque d'Edo, l'ancien nom de Tokyo.
Pourquoi du saké ? Le saké se brasse traditionnellement en hiver. Quand les arbres fleurissent, les brasseries achèvent leur saison, et leurs sakés les plus jeunes sont encore là : frais pressés, parfois non pasteurisés.
Le saké est-il un vin de riz ? Non. Il naît d'un grain, comme la bière, mais sa fermentation ne ressemble ni à celle du vin ni à celle de la bière.
« Deux enfants du même hiver. » Le Grimoire de L'Alchymiste
L'essentiel à retenir
Que veut dire hanami ? « Regarder les fleurs ». On se réunit sous les cerisiers en fleurs pour pique-niquer, boire et contempler. La coutume s'est d'abord affirmée à la cour impériale. Elle est devenue populaire à l'époque d'Edo, l'ancien nom de Tokyo.
Pourquoi du saké ? Le saké se brasse traditionnellement en hiver. Quand les arbres fleurissent, les brasseries achèvent leur saison, et leurs sakés les plus jeunes sont encore là : frais pressés, parfois non pasteurisés.
Le saké est-il un vin de riz ? Non. Il naît d'un grain, comme la bière, mais sa fermentation ne ressemble ni à celle du vin ni à celle de la bière.
« Deux enfants du même hiver. » Le Grimoire de L'Alchymiste

Le temps d'un arbre
Du premier bouton au dernier pétale, un même cerisier ne reste en fleurs qu'une à deux semaines. C'est pour cela qu'au Japon on guette les floraisons comme ailleurs la météo du week-end.
Le temps d'un arbre
Du premier bouton au dernier pétale, un même cerisier ne reste en fleurs qu'une à deux semaines. C'est pour cela qu'au Japon on guette les floraisons comme ailleurs la météo du week-end.
Celui qui garde la place
Chaque printemps, la même image revient. Au petit matin, sous les cerisiers du parc d'Ueno, à Tokyo, un jeune employé déroule une grande bâche bleue et s'assoit dessus. Au-dessus de lui, le rose. Sous lui, le bleu.
Il garde la place.
Celle de toute son équipe, jusqu'au soir.
Les Japonais appellent cela le basho-tori, « prendre la place ». La corvée revient souvent aux nouvelles recrues, entrées dans l'entreprise début avril, quand les arbres fleurissent. Le gardien ne peut pas s'éclipser : le parc fait retirer les bâches laissées sans personne dessus. Les autres arriveront le soir pour boire. Mais hanami veut dire « regarder les fleurs », et de toute l'équipe, c'est lui qui l'aura le mieux fait.
Si vous lisez des mangas ou regardez des anime, vous avez vu cette bâche cent fois : des collègues qui chantent, des coupes qu'on se tend. Le cerisier en fleur est devenu l'image même du Japon, et la coupe levée dessous a rejoint les boissons de nos fictions préférées.
Mais pourquoi boire, et pourquoi du saké, sous un arbre qui fleurit si peu de temps ? La réponse part d'une cour impériale du IXe siècle et descend jusqu'au froid des brasseries d'aujourd'hui.
On boit sous les cerisiers parce que les fleurs ne durent pas.
Reste à comprendre pourquoi on y boit ce verre-là.
Celui qui garde la place
Chaque printemps, la même image revient. Au petit matin, sous les cerisiers du parc d'Ueno, à Tokyo, un jeune employé déroule une grande bâche bleue et s'assoit dessus. Au-dessus de lui, le rose. Sous lui, le bleu.
Il garde la place.
Celle de toute son équipe, jusqu'au soir.
Les Japonais appellent cela le basho-tori, « prendre la place ». La corvée revient souvent aux nouvelles recrues, entrées dans l'entreprise début avril, quand les arbres fleurissent. Le gardien ne peut pas s'éclipser : le parc fait retirer les bâches laissées sans personne dessus. Les autres arriveront le soir pour boire. Mais hanami veut dire « regarder les fleurs », et de toute l'équipe, c'est lui qui l'aura le mieux fait.
Si vous lisez des mangas ou regardez des anime, vous avez vu cette bâche cent fois : des collègues qui chantent, des coupes qu'on se tend. Le cerisier en fleur est devenu l'image même du Japon, et la coupe levée dessous a rejoint les boissons de nos fictions préférées.
Mais pourquoi boire, et pourquoi du saké, sous un arbre qui fleurit si peu de temps ? La réponse part d'une cour impériale du IXe siècle et descend jusqu'au froid des brasseries d'aujourd'hui.
On boit sous les cerisiers parce que les fleurs ne durent pas.
Reste à comprendre pourquoi on y boit ce verre-là.
Le récit
Le dieu assis dans l'arbre
Tout commence, dit-on, dans les rizières. Au printemps, le dieu du riz descendait de la montagne pour veiller sur les cultures. En chemin, il s'arrêtait dans un arbre. Le dieu s'appelait sa, et son siège kura. L'arbre où il venait s'asseoir, on l'appela sakura.
Quand l'arbre fleurissait bien, on y lisait la promesse d'une bonne récolte.
⁂
L'histoire est belle, et elle a la vie dure. Elle vient de folkloristes japonais du XXe siècle. La plupart des linguistes ne la retiennent pas et rattachent plutôt sakura au verbe saku, « fleurir ». L'étymologie est fragile, mais l'image dit vrai sur un point. Sous les cerisiers, il sera bientôt question de riz.
Au commencement, d'ailleurs, ce n'était pas le cerisier qu'on regardait. Au VIIIe siècle, à l'époque de Nara, les lettrés admirent d'abord le prunier, venu de Chine. Le Man'yōshū, grand recueil de poèmes de ce temps, chante le prunier près de trois fois plus souvent que le cerisier.
Le récit
Le dieu assis dans l'arbre
Tout commence, dit-on, dans les rizières. Au printemps, le dieu du riz descendait de la montagne pour veiller sur les cultures. En chemin, il s'arrêtait dans un arbre. Le dieu s'appelait sa, et son siège kura. L'arbre où il venait s'asseoir, on l'appela sakura.
Quand l'arbre fleurissait bien, on y lisait la promesse d'une bonne récolte.
⁂
L'histoire est belle, et elle a la vie dure. Elle vient de folkloristes japonais du XXe siècle. La plupart des linguistes ne la retiennent pas et rattachent plutôt sakura au verbe saku, « fleurir ». L'étymologie est fragile, mais l'image dit vrai sur un point. Sous les cerisiers, il sera bientôt question de riz.
Au commencement, d'ailleurs, ce n'était pas le cerisier qu'on regardait. Au VIIIe siècle, à l'époque de Nara, les lettrés admirent d'abord le prunier, venu de Chine. Le Man'yōshū, grand recueil de poèmes de ce temps, chante le prunier près de trois fois plus souvent que le cerisier.

Fleurs sur bois nu
Le prunier fleurit dès la fin de l'hiver, souvent en février au Japon, avant même ses feuilles. En 730, un banquet sous ses fleurs, à Dazaifu, dans l'île de Kyūshū, a donné en 2019 son nom à l'ère actuelle du Japon : Reiwa.
Fleurs sur bois nu
Le prunier fleurit dès la fin de l'hiver, souvent en février au Japon, avant même ses feuilles. En 730, un banquet sous ses fleurs, à Dazaifu, dans l'île de Kyūshū, a donné en 2019 son nom à l'ère actuelle du Japon : Reiwa.
Le goût bascule à l'époque de Heian, quand la cour s'installe à Kyoto, à la fin du VIIIe siècle. Au printemps 812, rapportent les chroniques officielles, l'empereur Saga se rend au Shinsen-en, le jardin impérial au sud du palais. Il y regarde les arbres en fleurs et fait composer des poèmes à ses lettrés. La tradition voit dans ces arbres des cerisiers, et tient ce banquet pour le premier hanami.
Retenez cette date.
Elle reviendra plus loin, avec le froid.
Le goût bascule à l'époque de Heian, quand la cour s'installe à Kyoto, à la fin du VIIIe siècle. Au printemps 812, rapportent les chroniques officielles, l'empereur Saga se rend au Shinsen-en, le jardin impérial au sud du palais. Il y regarde les arbres en fleurs et fait composer des poèmes à ses lettrés. La tradition voit dans ces arbres des cerisiers, et tient ce banquet pour le premier hanami.
Retenez cette date.
Elle reviendra plus loin, avec le froid.
L'enquête
Quand Edo descend sous les arbres
Pendant des siècles, le hanami reste surtout l'affaire de la cour, puis des grands seigneurs. Au XVIIe siècle, les habitants d'Edo, l'actuel Tokyo, vont déjà voir les cerisiers d'Ueno ; un shogun économe va leur en ouvrir d'autres. Tokugawa Yoshimune, huitième shogun de la lignée qui gouverne le Japon depuis Edo, tient le pouvoir de 1716 à 1745. Il fait planter des cerisiers là où les habitants se promènent : sur la colline d'Asukayama, au nord de la ville, ouverte au public dans les années 1730, et le long de la rivière Sumida.
Certains y voient un calcul : offrir au peuple une fête peu coûteuse, au moment où le shogun serre les dépenses. C'est une hypothèse. Ce qui est sûr, c'est que les gens d'Edo y vont. Ils emportent leurs boîtes à repas à étages, leurs gourdes et leur saké. Un siècle plus tard, le maître de l'estampe Hiroshige, entre autres, représente ces berges et ces collines en fleurs dans ses vues de lieux célèbres.
Les conteurs en ont tiré une histoire qu'on joue encore. Dans Nagaya no hanami, « le hanami des locataires », un propriétaire emmène ses locataires sans le sou voir les fleurs. Le saké, c'est du thé coupé d'eau. Le gâteau de poisson, des rondelles de radis. Et toute la troupe, assise sous les arbres, fait semblant d'être ivre de thé.
C'est du rakugo, l'art du conteur seul en scène, à genoux sur son coussin. Le rire vient de là : ce qui comptait, ce n'était pas le contenu de la coupe, c'était d'être là, sous les fleurs, ensemble.
Même avec du thé.
En 1687, Matsuo Bashō, le maître du haïku, vit dans sa cabane de Fukagawa, de l'autre côté de la Sumida. Il écrit trois lignes : « Nuage de fleurs — / la cloche, est-ce Ueno / ou Asakusa ? » Des arbres, le poème ne garde qu'un nuage. À travers lui arrive une cloche, et l'on ne sait plus de quel temple : celui d'Ueno ou celui d'Asakusa, deux quartiers de l'autre rive.
Ueno, déjà.
Le gardien de bâche est assis sous le nuage de Bashō.
L'enquête
Quand Edo descend sous les arbres
Pendant des siècles, le hanami reste surtout l'affaire de la cour, puis des grands seigneurs. Au XVIIe siècle, les habitants d'Edo, l'actuel Tokyo, vont déjà voir les cerisiers d'Ueno ; un shogun économe va leur en ouvrir d'autres. Tokugawa Yoshimune, huitième shogun de la lignée qui gouverne le Japon depuis Edo, tient le pouvoir de 1716 à 1745. Il fait planter des cerisiers là où les habitants se promènent : sur la colline d'Asukayama, au nord de la ville, ouverte au public dans les années 1730, et le long de la rivière Sumida.
Certains y voient un calcul : offrir au peuple une fête peu coûteuse, au moment où le shogun serre les dépenses. C'est une hypothèse. Ce qui est sûr, c'est que les gens d'Edo y vont. Ils emportent leurs boîtes à repas à étages, leurs gourdes et leur saké. Un siècle plus tard, le maître de l'estampe Hiroshige, entre autres, représente ces berges et ces collines en fleurs dans ses vues de lieux célèbres.
Les conteurs en ont tiré une histoire qu'on joue encore. Dans Nagaya no hanami, « le hanami des locataires », un propriétaire emmène ses locataires sans le sou voir les fleurs. Le saké, c'est du thé coupé d'eau. Le gâteau de poisson, des rondelles de radis. Et toute la troupe, assise sous les arbres, fait semblant d'être ivre de thé.
C'est du rakugo, l'art du conteur seul en scène, à genoux sur son coussin. Le rire vient de là : ce qui comptait, ce n'était pas le contenu de la coupe, c'était d'être là, sous les fleurs, ensemble.
Même avec du thé.
En 1687, Matsuo Bashō, le maître du haïku, vit dans sa cabane de Fukagawa, de l'autre côté de la Sumida. Il écrit trois lignes : « Nuage de fleurs — / la cloche, est-ce Ueno / ou Asakusa ? » Des arbres, le poème ne garde qu'un nuage. À travers lui arrive une cloche, et l'on ne sait plus de quel temple : celui d'Ueno ou celui d'Asakusa, deux quartiers de l'autre rive.
Ueno, déjà.
Le gardien de bâche est assis sous le nuage de Bashō.
L'hiver dans la kura
Dans une brasserie de saké, une kura (homonyme du siège du dieu, pas son parent), l'hiver se voit. La vapeur monte du koshiki, le grand cuiseur où l'on prépare le riz. Autrefois, l'hiver s'entendait aussi : les ouvriers chantaient en travaillant, pour se donner le rythme et compter le temps.
Le saké se brasse traditionnellement l'hiver : c'est le kanzukuri, le « brassage du froid ». Le froid ralentit la fermentation, tient à distance les bactéries indésirables et laisse aux arômes le temps de s'affiner. Pendant des siècles, les kura ont accueilli chaque hiver des équipes de saisonniers, les kurabito. Ils venaient de campagnes où l'hiver laissait les bras sans travail et obéissaient à un maître brasseur, le tōji. Leurs guildes portent encore le nom de leur région : Nanbu, au nord, Echigo, Tajima, Noto. Ils vivaient sur place de la fin de l'automne au début du printemps, puis rentraient à leurs champs ou à leurs bateaux.
L'hiver dans la kura
Dans une brasserie de saké, une kura (homonyme du siège du dieu, pas son parent), l'hiver se voit. La vapeur monte du koshiki, le grand cuiseur où l'on prépare le riz. Autrefois, l'hiver s'entendait aussi : les ouvriers chantaient en travaillant, pour se donner le rythme et compter le temps.
Le saké se brasse traditionnellement l'hiver : c'est le kanzukuri, le « brassage du froid ». Le froid ralentit la fermentation, tient à distance les bactéries indésirables et laisse aux arômes le temps de s'affiner. Pendant des siècles, les kura ont accueilli chaque hiver des équipes de saisonniers, les kurabito. Ils venaient de campagnes où l'hiver laissait les bras sans travail et obéissaient à un maître brasseur, le tōji. Leurs guildes portent encore le nom de leur région : Nanbu, au nord, Echigo, Tajima, Noto. Ils vivaient sur place de la fin de l'automne au début du printemps, puis rentraient à leurs champs ou à leurs bateaux.

Renverser le cuiseur
La dernière cuisson de riz de l'hiver se fête : on « renverse le cuiseur », c'est le koshiki-daoshi, et la saison touche à sa fin. Image d'évocation, qui ne représente aucune brasserie réelle.
Renverser le cuiseur
La dernière cuisson de riz de l'hiver se fête : on « renverse le cuiseur », c'est le koshiki-daoshi, et la saison touche à sa fin. Image d'évocation, qui ne représente aucune brasserie réelle.
Aujourd'hui, le tōji a parfois le visage de Miho Imada. Dans la préfecture de Hiroshima, elle dirige le brassage, dans un métier longtemps fermé aux femmes. Elle a aussi relancé une ancienne variété de riz à saké. En 2020, la BBC l'a inscrite dans sa liste des cent femmes de l'année.
Les lecteurs de mangas auront une impression de déjà-lu. C'est presque l'histoire de Natsuko no sake, le manga d'Akira Oze (1988-1991), où une jeune femme se bat pour faire renaître un riz oublié.
Le cœur de l'affaire est invisible. Sur une partie du riz cuit, le brasseur répand une moisissure, Aspergillus oryzae. En s'y développant, elle en fait le kōji, qui produit les enzymes capables de changer l'amidon du grain en sucres. Dans Moyashimon, le manga de Masayuki Ishikawa dont le héros voit les micro-organismes à l'œil nu, ce champignon devient une petite mascotte ronde qui sourit. C'est à peine exagéré : sans lui, pas de saké.
Ensuite, dans la même cuve et au même moment, le kōji fait le sucre pendant que la levure fait l'alcool. Les brasseurs parlent de fermentation parallèle multiple. C'est ce qui distingue le saké du vin, dont le fruit apporte son sucre tout fait, mais aussi de la bière, où l'on tire le sucre du grain avant de le faire fermenter. Le travail des levures, lui, reste le même partout.
Nous ne brassons pas de riz à l'atelier. Mais nous connaissons cette patience-là : celle d'une macération qui travaille dans l'ombre et qu'on ne presse pas, parce qu'elle a son propre temps.
Quand le saké nouveau est prêt, la kura le fait savoir sans un mot. Elle suspend à sa porte le sugidama, une grosse boule de branches de sugi, le cèdre du Japon : un conifère plus proche des cyprès que des vrais cèdres. La boule est verte quand on l'accroche, puis elle brunit de semaine en semaine. Le temps se voit sur une branche.
Aujourd'hui, le tōji a parfois le visage de Miho Imada. Dans la préfecture de Hiroshima, elle dirige le brassage, dans un métier longtemps fermé aux femmes. Elle a aussi relancé une ancienne variété de riz à saké. En 2020, la BBC l'a inscrite dans sa liste des cent femmes de l'année.
Les lecteurs de mangas auront une impression de déjà-lu. C'est presque l'histoire de Natsuko no sake, le manga d'Akira Oze (1988-1991), où une jeune femme se bat pour faire renaître un riz oublié.
Le cœur de l'affaire est invisible. Sur une partie du riz cuit, le brasseur répand une moisissure, Aspergillus oryzae. En s'y développant, elle en fait le kōji, qui produit les enzymes capables de changer l'amidon du grain en sucres. Dans Moyashimon, le manga de Masayuki Ishikawa dont le héros voit les micro-organismes à l'œil nu, ce champignon devient une petite mascotte ronde qui sourit. C'est à peine exagéré : sans lui, pas de saké.
Ensuite, dans la même cuve et au même moment, le kōji fait le sucre pendant que la levure fait l'alcool. Les brasseurs parlent de fermentation parallèle multiple. C'est ce qui distingue le saké du vin, dont le fruit apporte son sucre tout fait, mais aussi de la bière, où l'on tire le sucre du grain avant de le faire fermenter. Le travail des levures, lui, reste le même partout.
Nous ne brassons pas de riz à l'atelier. Mais nous connaissons cette patience-là : celle d'une macération qui travaille dans l'ombre et qu'on ne presse pas, parce qu'elle a son propre temps.
Quand le saké nouveau est prêt, la kura le fait savoir sans un mot. Elle suspend à sa porte le sugidama, une grosse boule de branches de sugi, le cèdre du Japon : un conifère plus proche des cyprès que des vrais cèdres. La boule est verte quand on l'accroche, puis elle brunit de semaine en semaine. Le temps se voit sur une branche.
Trois visages du saké de printemps
Brassé dans le froid de l'hiver, bu dans la lumière d'avril : le saké de printemps n'arrive pas d'un seul coup. Les premiers sakés de la saison, les shinshu, sortent dès décembre.
Le premier souffle s'appelle shiboritate, « fraîchement pressé ». Mis en bouteille sans attendre, il est vif, parfois légèrement perlant, avec un goût de fruit vert et d'herbe fraîche.
Le vivant, c'est le namazake, un saké non pasteurisé. Il n'a jamais connu ce passage à la chaleur que les brasseurs japonais pratiquaient bien avant que Pasteur ne l'applique au vin. Longtemps rareté du printemps, il se trouve aujourd'hui toute l'année grâce à la chaîne du froid. Il reste fragile, se garde au frais et ne gagne rien à attendre.
Le trouble, c'est le nigori, laiteux, souvent plus doux et plus rond. Il n'est pas saisonnier, on le boit toute l'année, mais on l'aime aussi sous les fleurs, où il fait penser à une neige qui fond.
D'autres sakés prennent le temps que ceux-là n'ont pas. Le hiyaoroshi, pasteurisé une seule fois, passe l'été à mûrir et n'arrive qu'à l'automne. Le koshu vieillit plusieurs années et prend une couleur d'ambre.
Trois visages du saké de printemps
Brassé dans le froid de l'hiver, bu dans la lumière d'avril : le saké de printemps n'arrive pas d'un seul coup. Les premiers sakés de la saison, les shinshu, sortent dès décembre.
Le premier souffle s'appelle shiboritate, « fraîchement pressé ». Mis en bouteille sans attendre, il est vif, parfois légèrement perlant, avec un goût de fruit vert et d'herbe fraîche.
Le vivant, c'est le namazake, un saké non pasteurisé. Il n'a jamais connu ce passage à la chaleur que les brasseurs japonais pratiquaient bien avant que Pasteur ne l'applique au vin. Longtemps rareté du printemps, il se trouve aujourd'hui toute l'année grâce à la chaîne du froid. Il reste fragile, se garde au frais et ne gagne rien à attendre.
Le trouble, c'est le nigori, laiteux, souvent plus doux et plus rond. Il n'est pas saisonnier, on le boit toute l'année, mais on l'aime aussi sous les fleurs, où il fait penser à une neige qui fond.
D'autres sakés prennent le temps que ceux-là n'ont pas. Le hiyaoroshi, pasteurisé une seule fois, passe l'été à mûrir et n'arrive qu'à l'automne. Le koshu vieillit plusieurs années et prend une couleur d'ambre.

Limpide, laiteux, ambré
Le blanc du nigori vient de ce qu'on laisse passer : on le filtre grossièrement, et de fines particules de riz et de levures, la lie, restent en suspension. L'ambre du koshu, lui, vient des années : en vieillissant, le saké brunit lentement.
Limpide, laiteux, ambré
Le blanc du nigori vient de ce qu'on laisse passer : on le filtre grossièrement, et de fines particules de riz et de levures, la lie, restent en suspension. L'ambre du koshu, lui, vient des années : en vieillissant, le saké brunit lentement.
Le saké de printemps, lui, ne promet rien d'autre que sa propre fin.
Il ne se conserve pas. Il se partage.
Le saké de printemps, lui, ne promet rien d'autre que sa propre fin.
Il ne se conserve pas. Il se partage.
Ce que l'arbre attendait
Pendant que les kura vident leurs cuves, dehors, les cerisiers attendent la fin de l'hiver. Eux aussi ont besoin de froid.
Dès l'été, les bourgeons du Somei-yoshino, la variété la plus plantée des parcs japonais, se forment puis entrent en dormance. Le Somei-yoshino n'a rien d'un arbre sauvage. C'est un hybride, né à la fin de l'époque d'Edo chez les pépiniéristes du village de Somei, et multiplié depuis par greffe. Tous ses arbres sont donc les copies d'un même individu : ils sentent le froid et la tiédeur de la même façon, et fleurissent ensemble. C'est pour cela que les prévisionnistes l'ont pris pour témoin.
Pour sortir de ce sommeil, les bourgeons doivent d'abord traverser une longue période de froid ; ensuite seulement, la tiédeur du printemps les fait éclore. Un hiver trop doux peut faire traîner la floraison au lieu de l'avancer, et les prévisions japonaises tiennent compte de ce réveil par le froid.
« Brassé dans le froid de l'hiver, bu dans la lumière d'avril. »
Le Grimoire de L'Alchymiste
C'est ici que la date de 812 revient. Le climatologue Yasuyuki Aono a relevé, dans les chroniques et les journaux de cour, les mentions de cerisiers en fleurs à Kyoto. Il en a tiré une série de dates de floraison qui remonte au IXe siècle, et de là les températures des printemps d'autrefois. Le banquet de l'empereur Saga, que la tradition lit comme une floraison de cerisiers, compte parmi les plus anciens points de ce thermomètre végétal. En 2021, la pleine floraison de Kyoto, le 26 mars, a été la plus précoce relevée jusque-là.
Le froid qui permet de brasser le saké est aussi celui qui réveille le cerisier. Sous les arbres, on boit ce que l'hiver a brassé pendant que l'arbre l'attendait.
Deux enfants du même hiver.
Ils ne se retrouvent que quelques jours.
Ce que l'arbre attendait
Pendant que les kura vident leurs cuves, dehors, les cerisiers attendent la fin de l'hiver. Eux aussi ont besoin de froid.
Dès l'été, les bourgeons du Somei-yoshino, la variété la plus plantée des parcs japonais, se forment puis entrent en dormance. Le Somei-yoshino n'a rien d'un arbre sauvage. C'est un hybride, né à la fin de l'époque d'Edo chez les pépiniéristes du village de Somei, et multiplié depuis par greffe. Tous ses arbres sont donc les copies d'un même individu : ils sentent le froid et la tiédeur de la même façon, et fleurissent ensemble. C'est pour cela que les prévisionnistes l'ont pris pour témoin.
Pour sortir de ce sommeil, les bourgeons doivent d'abord traverser une longue période de froid ; ensuite seulement, la tiédeur du printemps les fait éclore. Un hiver trop doux peut faire traîner la floraison au lieu de l'avancer, et les prévisions japonaises tiennent compte de ce réveil par le froid.
« Brassé dans le froid de l'hiver, bu dans la lumière d'avril. »
Le Grimoire de L'Alchymiste
C'est ici que la date de 812 revient. Le climatologue Yasuyuki Aono a relevé, dans les chroniques et les journaux de cour, les mentions de cerisiers en fleurs à Kyoto. Il en a tiré une série de dates de floraison qui remonte au IXe siècle, et de là les températures des printemps d'autrefois. Le banquet de l'empereur Saga, que la tradition lit comme une floraison de cerisiers, compte parmi les plus anciens points de ce thermomètre végétal. En 2021, la pleine floraison de Kyoto, le 26 mars, a été la plus précoce relevée jusque-là.
Le froid qui permet de brasser le saké est aussi celui qui réveille le cerisier. Sous les arbres, on boit ce que l'hiver a brassé pendant que l'arbre l'attendait.
Deux enfants du même hiver.
Ils ne se retrouvent que quelques jours.
Les traditions
Le saké des dieux
Sous les fleurs, le saké ne sert pas qu'au pique-nique. Dans les sanctuaires du shintō, la religion ancienne et toujours pratiquée du Japon, il est d'abord une offrande.
On l'appelle omiki : c'est le saké présenté aux divinités, les kami. On le dépose devant elles parmi les offrandes. Une fois le rite achevé, les participants partagent ce qui a été offert, au cours d'un moment qui porte un nom, le naorai. On le décrit d'ordinaire comme un repas pris en commun avec les kami.
Au printemps, certains sanctuaires fêtent les fleurs elles-mêmes, comme celui de Hirano, à Kyoto, chaque 10 avril. Les brasseurs, eux, se tournent vers le sanctuaire d'Ōmiwa, dans la préfecture de Nara : ils en vénèrent la divinité, et c'est à elle qu'on rattache le sugi des sugidama. La boule verte accrochée à la porte de la kura vient donc, d'une certaine façon, du sanctuaire.
L'offrande d'omiki et le naorai sont des rites attestés, pratiqués aujourd'hui. Le pique-nique d'Edo leur ressemble par un geste ; rien ne dit qu'il en descende.
Sous l'arbre comme au sanctuaire, la coupe passe d'abord par d'autres mains.
Les traditions
Le saké des dieux
Sous les fleurs, le saké ne sert pas qu'au pique-nique. Dans les sanctuaires du shintō, la religion ancienne et toujours pratiquée du Japon, il est d'abord une offrande.
On l'appelle omiki : c'est le saké présenté aux divinités, les kami. On le dépose devant elles parmi les offrandes. Une fois le rite achevé, les participants partagent ce qui a été offert, au cours d'un moment qui porte un nom, le naorai. On le décrit d'ordinaire comme un repas pris en commun avec les kami.
Au printemps, certains sanctuaires fêtent les fleurs elles-mêmes, comme celui de Hirano, à Kyoto, chaque 10 avril. Les brasseurs, eux, se tournent vers le sanctuaire d'Ōmiwa, dans la préfecture de Nara : ils en vénèrent la divinité, et c'est à elle qu'on rattache le sugi des sugidama. La boule verte accrochée à la porte de la kura vient donc, d'une certaine façon, du sanctuaire.
L'offrande d'omiki et le naorai sont des rites attestés, pratiqués aujourd'hui. Le pique-nique d'Edo leur ressemble par un geste ; rien ne dit qu'il en descende.
Sous l'arbre comme au sanctuaire, la coupe passe d'abord par d'autres mains.
Les gestes
Un hanami chez nous
À vous, maintenant. Versez une coupe, de saké ou de ce que vous aimez boire, puisque ces gestes sont d'aujourd'hui et qu'ils vous appartiennent. Posez-la près d'une fenêtre ouverte sur le soir. Ce soir, aucun cerisier ne fleurit peut-être sous votre fenêtre. Mais quelque chose passe toujours : une pluie, des feuilles, la lumière qui s'en va. Regardez-le passer.
Verser.
Offrir.
S'arrêter.
Regarder.
Puis levez la coupe, comme on scelle un lien.
On lève les verres. On ne dit rien.
Et pourtant, tout est là.
Dans 5 centimètres par seconde, le film d'animation de Makoto Shinkai (2007), une écolière, Akari, dit à quelle vitesse tombe un pétale de cerisier : cinq centimètres par seconde. Le titre vient de là. Ce soir, ce qui tombe derrière votre fenêtre n'ira sans doute pas plus vite. Laissez-lui le temps d'arriver au sol.
Les gestes
Un hanami chez nous
À vous, maintenant. Versez une coupe, de saké ou de ce que vous aimez boire, puisque ces gestes sont d'aujourd'hui et qu'ils vous appartiennent. Posez-la près d'une fenêtre ouverte sur le soir. Ce soir, aucun cerisier ne fleurit peut-être sous votre fenêtre. Mais quelque chose passe toujours : une pluie, des feuilles, la lumière qui s'en va. Regardez-le passer.
Verser.
Offrir.
S'arrêter.
Regarder.
Puis levez la coupe, comme on scelle un lien.
On lève les verres. On ne dit rien.
Et pourtant, tout est là.
Dans 5 centimètres par seconde, le film d'animation de Makoto Shinkai (2007), une écolière, Akari, dit à quelle vitesse tombe un pétale de cerisier : cinq centimètres par seconde. Le titre vient de là. Ce soir, ce qui tombe derrière votre fenêtre n'ira sans doute pas plus vite. Laissez-lui le temps d'arriver au sol.

Le saké des fleurs
Les Japonais ont un mot pour ce verre-là, hanami-zake. C'est aussi le titre d'un rakugo où deux compères, partis vendre un tonneau de saké sous les cerisiers, le vident en route en se repassant la même pièce de monnaie.
Le saké des fleurs
Les Japonais ont un mot pour ce verre-là, hanami-zake. C'est aussi le titre d'un rakugo où deux compères, partis vendre un tonneau de saké sous les cerisiers, le vident en route en se repassant la même pièce de monnaie.
En avril, prenez rendez-vous. Il y a des cerisiers du Japon dans bien des rues et des jardins de chez nous. Pour un vrai hanami, le Jardin japonais de Hasselt, né d'un jumelage avec la ville japonaise d'Itami, voit ses arbres fleurir chaque printemps. Le hanami fête, à l'autre bout du monde, le même printemps que celui que d'autres saluent ici à l'équinoxe. Sous les cerisiers d'un parc, emportez une bâche. Pas pour garder la place : il y en aura. Pour la drache.
Chez L'Alchymiste, nous ne vous proposerons pas de rituel du hanami : il n'est pas à nous, et il se passe très bien de nous. Nous aimons seulement l'idée qu'un verre serve à regarder quelque chose qui ne reviendra pas pareil.
Et en avril, quand vous déroulerez votre bâche, ayez une pensée pour le gardien d'Ueno, assis depuis l'aube.
Il vous a gardé la place.
En avril, prenez rendez-vous. Il y a des cerisiers du Japon dans bien des rues et des jardins de chez nous. Pour un vrai hanami, le Jardin japonais de Hasselt, né d'un jumelage avec la ville japonaise d'Itami, voit ses arbres fleurir chaque printemps. Le hanami fête, à l'autre bout du monde, le même printemps que celui que d'autres saluent ici à l'équinoxe. Sous les cerisiers d'un parc, emportez une bâche. Pas pour garder la place : il y en aura. Pour la drache.
Chez L'Alchymiste, nous ne vous proposerons pas de rituel du hanami : il n'est pas à nous, et il se passe très bien de nous. Nous aimons seulement l'idée qu'un verre serve à regarder quelque chose qui ne reviendra pas pareil.
Et en avril, quand vous déroulerez votre bâche, ayez une pensée pour le gardien d'Ueno, assis depuis l'aube.
Il vous a gardé la place.
Sources principales
Le banquet de 812 est rapporté par le Nihon kōki, qui parle d'« arbres en fleurs » : c'est la tradition qui y voit des cerisiers. L'étymologie sa-kura est une hypothèse de folkloristes, que la plupart des linguistes ne retiennent pas. La lecture « politique » des plantations de Yoshimune est une interprétation et non un fait établi. Le sanctuaire Hirano fait remonter à 985 l'origine de sa fête des fleurs de cerisier, l'Ōka-sai : la date est la sienne. Le haïku de Bashō est cité dans une traduction de la rédaction. Sauf mention contraire, les illustrations de cet article sont des images d'évocation créées pour l'occasion.
- Nihon kōki, chronique officielle compilée en 840, entrée de l'an 812 (Kōnin 3).
- Man'yōshū, recueil de poésie du VIIIe siècle, livre V (banquet des pruniers de Dazaifu, 730).
- Matsuo Bashō, haïku hana no kumo, 1687.
- Yasuyuki Aono et Keiko Kazui, série phénologique des floraisons de cerisiers à Kyoto depuis le IXe siècle, International Journal of Climatology, 2008.
- Haruo Shirane, Japan and the Culture of the Four Seasons, Columbia University Press, 2012.
- Philip Harper, The Book of Sake, Kodansha International, 2006.
- Agence nationale des impôts du Japon, indication géographique « Nihonshu », décembre 2015.
- Jinja Honchō (Association des sanctuaires shintō), présentation de l'omiki et du naorai ; sanctuaire Hirano (Kyoto), page officielle de l'Ōka-sai (origine donnée : 985) ; sanctuaire Ōmiwa (Nara), page officielle.
- Gouvernement métropolitain de Tokyo, consignes du parc d'Ueno pour la saison des cerisiers.
- BBC, 100 Women, 2020 (Miho Imada).
- Masayuki Ishikawa, Moyashimon, Kodansha, à partir de 2004 ; Akira Oze, Natsuko no sake, 1988-1991 ; Makoto Shinkai, 5 centimètres par seconde, 2007.
Sources principales
Le banquet de 812 est rapporté par le Nihon kōki, qui parle d'« arbres en fleurs » : c'est la tradition qui y voit des cerisiers. L'étymologie sa-kura est une hypothèse de folkloristes, que la plupart des linguistes ne retiennent pas. La lecture « politique » des plantations de Yoshimune est une interprétation et non un fait établi. Le sanctuaire Hirano fait remonter à 985 l'origine de sa fête des fleurs de cerisier, l'Ōka-sai : la date est la sienne. Le haïku de Bashō est cité dans une traduction de la rédaction. Sauf mention contraire, les illustrations de cet article sont des images d'évocation créées pour l'occasion.
- Nihon kōki, chronique officielle compilée en 840, entrée de l'an 812 (Kōnin 3).
- Man'yōshū, recueil de poésie du VIIIe siècle, livre V (banquet des pruniers de Dazaifu, 730).
- Matsuo Bashō, haïku hana no kumo, 1687.
- Yasuyuki Aono et Keiko Kazui, série phénologique des floraisons de cerisiers à Kyoto depuis le IXe siècle, International Journal of Climatology, 2008.
- Haruo Shirane, Japan and the Culture of the Four Seasons, Columbia University Press, 2012.
- Philip Harper, The Book of Sake, Kodansha International, 2006.
- Agence nationale des impôts du Japon, indication géographique « Nihonshu », décembre 2015.
- Jinja Honchō (Association des sanctuaires shintō), présentation de l'omiki et du naorai ; sanctuaire Hirano (Kyoto), page officielle de l'Ōka-sai (origine donnée : 985) ; sanctuaire Ōmiwa (Nara), page officielle.
- Gouvernement métropolitain de Tokyo, consignes du parc d'Ueno pour la saison des cerisiers.
- BBC, 100 Women, 2020 (Miho Imada).
- Masayuki Ishikawa, Moyashimon, Kodansha, à partir de 2004 ; Akira Oze, Natsuko no sake, 1988-1991 ; Makoto Shinkai, 5 centimètres par seconde, 2007.