Un soir d’Athènes, chez le poète Agathon, les convives se plaignent encore de la fête de la veille, et l’on renvoie la joueuse de flûte : cette nuit, on parlera. Au centre des banquets grecs se dressait un grand vase, le cratère, où l’on coupait le vin d’eau. Comment ce vase de table est-il devenu, pour des philosophes et des hermétistes, l’image même de la connaissance ?
L’essentiel à retenir
Qu’était un symposion ? Le mot grec, que le latin a fait « symposium », désignait la seconde partie d’un dîner grec, celle où l’on buvait ensemble selon des règles : vin coupé d’eau, libation au dieu, parole qui tourne d’un convive à l’autre.
Pourquoi suivre le cratère ? Parce que le mot a survécu au banquet. Des textes philosophiques et hermétiques en font le vase où se mêlent l’âme, l’intellect ou l’oubli.
Les mystiques et les alchimistes descendent-ils du banquet ? Non. Ils lui font écho, par les mots et les images, sans héritage de pratique.
Peut-on en faire quelque chose ce soir ? Oui : quelques gestes simples autour d’une coupe vous attendent à la fin.
Et si connaître, c’était d’abord communier ?
Un soir d’Athènes, chez le poète Agathon, les convives se plaignent encore de la fête de la veille, et l’on renvoie la joueuse de flûte : cette nuit, on parlera. Au centre des banquets grecs se dressait un grand vase, le cratère, où l’on coupait le vin d’eau. Comment ce vase de table est-il devenu, pour des philosophes et des hermétistes, l’image même de la connaissance ?
L’essentiel à retenir
Qu’était un symposion ? Le mot grec, que le latin a fait « symposium », désignait la seconde partie d’un dîner grec, celle où l’on buvait ensemble selon des règles : vin coupé d’eau, libation au dieu, parole qui tourne d’un convive à l’autre.
Pourquoi suivre le cratère ? Parce que le mot a survécu au banquet. Des textes philosophiques et hermétiques en font le vase où se mêlent l’âme, l’intellect ou l’oubli.
Les mystiques et les alchimistes descendent-ils du banquet ? Non. Ils lui font écho, par les mots et les images, sans héritage de pratique.
Peut-on en faire quelque chose ce soir ? Oui : quelques gestes simples autour d’une coupe vous attendent à la fin.
Et si connaître, c’était d’abord communier ?
Une coupe, une flamme
La bougie est d’aujourd’hui ; le geste, lui, fait écho à celui des convives d’Agathon : verser quelques gouttes avant de boire. Vous le retrouverez à la fin, entre proches. Image d’évocation.
Une coupe, une flamme
La bougie est d’aujourd’hui ; le geste, lui, fait écho à celui des convives d’Agathon : verser quelques gouttes avant de boire. Vous le retrouverez à la fin, entre proches. Image d’évocation.
Le récit
Une nuit chez Agathon
La nuit respire encore quand le vin s’apprête à couler. Athènes, à la fin du Vᵉ siècle avant notre ère. Chez Agathon, un jeune poète qui vient de remporter le concours de tragédie, la veille a été celle du sacrifice de la victoire ; ce soir, ses amis reviennent dîner chez lui. Le philosophe Platon, qui n’y était pas, fera de cette nuit un livre bien des années plus tard : le Banquet.
Socrate, le maître de Platon, est invité. Pour une fois, il sort du bain et il a mis des sandales, lui qui ne se chausse presque jamais. Il s’est fait beau, explique-t-il, pour aller, beau, chez un beau. En chemin, il emmène Aristodème, un petit homme qui le suit partout, toujours pieds nus.
Puis Socrate s’arrête. Il reste en arrière, absorbé dans sa pensée, et dit à son compagnon de continuer. Aristodème arrive donc seul. Un esclave lui lave les pieds pour qu’il puisse s’étendre sur un lit. On envoie chercher Socrate : il est debout dans le vestibule des voisins, et il ne vient pas quand on l’appelle. « C’est son habitude », dit Aristodème. On dîne sans lui.
Il arrive au milieu du repas.
Agathon, seul sur le dernier lit, l’appelle près de lui.
Après le repas viennent les libations, le chant au dieu et les usages. Puis vient la question qui compte : comment boira-t-on ce soir ? Pausanias, l’un des convives, avoue qu’il est « fort mal en point de la beuverie d’hier ». Le poète comique Aristophane renchérit : lui aussi est de ceux qui ont « trempé » la veille. On décide alors que chacun boira comme il voudra, sans s’y forcer, et l’on renvoie la musicienne et son aulos, une flûte double, jouer pour elle-même ou pour les femmes de la maison. Il ne reste sur les lits que des hommes, et une nuit à remplir de paroles.
⁂
Hormis la nuit qui respire, tout ce qui précède est dans le texte de Platon. Le Banquet est une œuvre littéraire, que Platon présente lui-même comme un récit de seconde main, mais peu de textes montrent aussi bien comment des Grecs s’y prenaient pour passer une nuit à boire et à penser. Une précision avant d’aller plus loin : la date de 416 avant notre ère, que l’on donne souvent pour ce dîner, nous vient d’Athénée, un auteur grec qui écrivait six siècles plus tard.
Ce soir-là, on a choisi de boire peu.
Pour parler longtemps.
Le récit
Une nuit chez Agathon
La nuit respire encore quand le vin s’apprête à couler. Athènes, à la fin du Vᵉ siècle avant notre ère. Chez Agathon, un jeune poète qui vient de remporter le concours de tragédie, la veille a été celle du sacrifice de la victoire ; ce soir, ses amis reviennent dîner chez lui. Le philosophe Platon, qui n’y était pas, fera de cette nuit un livre bien des années plus tard : le Banquet.
Socrate, le maître de Platon, est invité. Pour une fois, il sort du bain et il a mis des sandales, lui qui ne se chausse presque jamais. Il s’est fait beau, explique-t-il, pour aller, beau, chez un beau. En chemin, il emmène Aristodème, un petit homme qui le suit partout, toujours pieds nus.
Puis Socrate s’arrête. Il reste en arrière, absorbé dans sa pensée, et dit à son compagnon de continuer. Aristodème arrive donc seul. Un esclave lui lave les pieds pour qu’il puisse s’étendre sur un lit. On envoie chercher Socrate : il est debout dans le vestibule des voisins, et il ne vient pas quand on l’appelle. « C’est son habitude », dit Aristodème. On dîne sans lui.
Il arrive au milieu du repas.
Agathon, seul sur le dernier lit, l’appelle près de lui.
Après le repas viennent les libations, le chant au dieu et les usages. Puis vient la question qui compte : comment boira-t-on ce soir ? Pausanias, l’un des convives, avoue qu’il est « fort mal en point de la beuverie d’hier ». Le poète comique Aristophane renchérit : lui aussi est de ceux qui ont « trempé » la veille. On décide alors que chacun boira comme il voudra, sans s’y forcer, et l’on renvoie la musicienne et son aulos, une flûte double, jouer pour elle-même ou pour les femmes de la maison. Il ne reste sur les lits que des hommes, et une nuit à remplir de paroles.
⁂
Hormis la nuit qui respire, tout ce qui précède est dans le texte de Platon. Le Banquet est une œuvre littéraire, que Platon présente lui-même comme un récit de seconde main, mais peu de textes montrent aussi bien comment des Grecs s’y prenaient pour passer une nuit à boire et à penser. Une précision avant d’aller plus loin : la date de 416 avant notre ère, que l’on donne souvent pour ce dîner, nous vient d’Athénée, un auteur grec qui écrivait six siècles plus tard.
Ce soir-là, on a choisi de boire peu.
Pour parler longtemps.
L’enquête
Ce qu’on mêlait dans le cratère
Un siècle avant la nuit d’Agathon, le poète Xénophane avait décrit le banquet idéal, et sa description sent encore le pain. Le sol est propre, les mains et les coupes sont lavées, on pose des couronnes tressées, l’encens fume. Il y a de l’eau fraîche, des pains blonds, du fromage, du miel, un autel couvert de fleurs. Et, écrit-il, « le cratère est dressé, plein de joie ».
Xénophane donne aussi les règles. On chante d’abord le dieu avec des paroles pieuses, on fait la libation, puis on boit autant qu’il faut pour rentrer chez soi sans serviteur, sauf si l’on est très vieux. On loue celui qui, après avoir bu, dit de belles choses. Et l’on ne raconte pas les combats des Titans et des Géants, ces « fictions des anciens ». Pour un magazine qui vit de légendes, le conseil pique un peu ; nous promettons de les raconter comme des légendes.
L’enquête
Ce qu’on mêlait dans le cratère
Un siècle avant la nuit d’Agathon, le poète Xénophane avait décrit le banquet idéal, et sa description sent encore le pain. Le sol est propre, les mains et les coupes sont lavées, on pose des couronnes tressées, l’encens fume. Il y a de l’eau fraîche, des pains blonds, du fromage, du miel, un autel couvert de fleurs. Et, écrit-il, « le cratère est dressé, plein de joie ».
Xénophane donne aussi les règles. On chante d’abord le dieu avec des paroles pieuses, on fait la libation, puis on boit autant qu’il faut pour rentrer chez soi sans serviteur, sauf si l’on est très vieux. On loue celui qui, après avoir bu, dit de belles choses. Et l’on ne raconte pas les combats des Titans et des Géants, ces « fictions des anciens ». Pour un magazine qui vit de légendes, le conseil pique un peu ; nous promettons de les raconter comme des légendes.
Étendus sur des lits
Chez Agathon, chacun boit allongé, et la musique quitte la pièce avant que la parole commence. Image d’évocation.
Étendus sur des lits
Chez Agathon, chacun boit allongé, et la musique quitte la pièce avant que la parole commence. Image d’évocation.
Le cratère, dont le nom vient d’un verbe grec qui veut dire « mêler », était le vase du mélange : on y coupait le vin d’eau avant de servir. Le poète Hésiode conseillait déjà trois parts d’eau pour une de vin. Les proportions variaient d’une table à l’autre, mais l’eau dominait. Le poète comique Eubule faisait compter Dionysos, le dieu du vin, en personne : trois cratères pour les gens sensés, puis vient le tapage, et au bout du compte la folie. À côté, on gardait le vin au frais dans un seau, le psyktêr. Retenez-le : il va resservir.
Quelqu’un réglait la soirée : le symposiarque, le chef de beuverie, choisi parmi les convives. Platon, dans les Lois, le voulait sobre, et voyait dans un banquet bien conduit une façon d’éprouver les caractères.
Avant d’être un symbole, la coupe a été une règle pour parler ensemble.
Cette règle avait ses jeux. On se passait une branche de myrte, et celui qui la tenait prenait la parole : dans Les Nuées d’Aristophane, un père demande à son fils de prendre la myrte et de lui dire un morceau du poète tragique Eschyle. On visait aussi une cible avec les dernières gouttes de sa coupe, en pensant à l’être aimé : c’était le kottabos.
Chez Agathon, la règle tient le temps des paroles.
Pas une coupe de plus.
Le cratère, dont le nom vient d’un verbe grec qui veut dire « mêler », était le vase du mélange : on y coupait le vin d’eau avant de servir. Le poète Hésiode conseillait déjà trois parts d’eau pour une de vin. Les proportions variaient d’une table à l’autre, mais l’eau dominait. Le poète comique Eubule faisait compter Dionysos, le dieu du vin, en personne : trois cratères pour les gens sensés, puis vient le tapage, et au bout du compte la folie. À côté, on gardait le vin au frais dans un seau, le psyktêr. Retenez-le : il va resservir.
Quelqu’un réglait la soirée : le symposiarque, le chef de beuverie, choisi parmi les convives. Platon, dans les Lois, le voulait sobre, et voyait dans un banquet bien conduit une façon d’éprouver les caractères.
Avant d’être un symbole, la coupe a été une règle pour parler ensemble.
Cette règle avait ses jeux. On se passait une branche de myrte, et celui qui la tenait prenait la parole : dans Les Nuées d’Aristophane, un père demande à son fils de prendre la myrte et de lui dire un morceau du poète tragique Eschyle. On visait aussi une cible avec les dernières gouttes de sa coupe, en pensant à l’être aimé : c’était le kottabos.
Chez Agathon, la règle tient le temps des paroles.
Pas une coupe de plus.
Le récit
Le seau à rafraîchir
La nuit a avancé chez Agathon. Sur les lits, on a fait l’éloge d’Éros, le dieu de l’amour, chacun à son tour, de gauche à droite. Aristophane, pris d’un hoquet, a dû céder sa place dans la ronde. Socrate vient de rapporter ce que lui avait appris une étrangère, Diotima de Mantinée.
On frappe à la porte de la cour. Dehors, on entend des cris de fêtards et le son d’un aulos. Alcibiade entre, un jeune homme politique en vue à Athènes et un grand admirateur de Socrate. Il est très ivre ; une joueuse d’aulos le soutient. Il porte une épaisse couronne de lierre et de violettes, et quantité de bandelettes sur la tête. Il vient couronner Agathon.
Il se proclame chef de la beuverie et réclame une grande coupe. Puis il avise le seau à rafraîchir, qui contient plus de huit cotyles, environ deux litres. Il le fait remplir. Il le vide. Il le fait remplir pour Socrate.
Socrate, prévient-il, boira tout ce qu’on lui sert et ne sera jamais ivre. Alcibiade se lance alors dans l’éloge de son maître, et cite au passage le vieux proverbe selon lequel le vin dit la vérité.
D’autres fêtards font irruption ; on boit beaucoup. Certains rentrent chez eux. Aristodème s’endort et se réveille au chant du coq. Seuls veillent encore Agathon, Aristophane et Socrate. Ils boivent dans une grande coupe qu’ils se passent vers la droite, et Socrate parle. Aristophane s’endort le premier, puis Agathon, au jour levant.
Socrate se lève.
Il va se laver au Lycée, un gymnase aux portes d’Athènes, et passe sa journée comme les autres jours.
Platon ne commente pas cette coupe : il la fait passer. Rien ne se transmet que par la main, et l’une des dernières images du Banquet est un récipient qu’on tend à son voisin, dans la direction où l’on avait fait tourner la parole au début de la soirée.
Le mot « cratère », lui, allait quitter la table.
Des philosophes et des hermétistes le hisseraient jusqu’au ciel.
Le récit
Le seau à rafraîchir
La nuit a avancé chez Agathon. Sur les lits, on a fait l’éloge d’Éros, le dieu de l’amour, chacun à son tour, de gauche à droite. Aristophane, pris d’un hoquet, a dû céder sa place dans la ronde. Socrate vient de rapporter ce que lui avait appris une étrangère, Diotima de Mantinée.
On frappe à la porte de la cour. Dehors, on entend des cris de fêtards et le son d’un aulos. Alcibiade entre, un jeune homme politique en vue à Athènes et un grand admirateur de Socrate. Il est très ivre ; une joueuse d’aulos le soutient. Il porte une épaisse couronne de lierre et de violettes, et quantité de bandelettes sur la tête. Il vient couronner Agathon.
Il se proclame chef de la beuverie et réclame une grande coupe. Puis il avise le seau à rafraîchir, qui contient plus de huit cotyles, environ deux litres. Il le fait remplir. Il le vide. Il le fait remplir pour Socrate.
Socrate, prévient-il, boira tout ce qu’on lui sert et ne sera jamais ivre. Alcibiade se lance alors dans l’éloge de son maître, et cite au passage le vieux proverbe selon lequel le vin dit la vérité.
D’autres fêtards font irruption ; on boit beaucoup. Certains rentrent chez eux. Aristodème s’endort et se réveille au chant du coq. Seuls veillent encore Agathon, Aristophane et Socrate. Ils boivent dans une grande coupe qu’ils se passent vers la droite, et Socrate parle. Aristophane s’endort le premier, puis Agathon, au jour levant.
Socrate se lève.
Il va se laver au Lycée, un gymnase aux portes d’Athènes, et passe sa journée comme les autres jours.
Platon ne commente pas cette coupe : il la fait passer. Rien ne se transmet que par la main, et l’une des dernières images du Banquet est un récipient qu’on tend à son voisin, dans la direction où l’on avait fait tourner la parole au début de la soirée.
Le mot « cratère », lui, allait quitter la table.
Des philosophes et des hermétistes le hisseraient jusqu’au ciel.
L’enquête
Un cratère dans le ciel
Platon lui-même a ouvert la voie. Le Timée est un autre de ses dialogues, consacré à la naissance du monde. L’artisan divin, le démiurge, mêle l’âme du monde dans un cratère, puis y verse ce qui reste pour façonner les âmes des hommes. Le vase où l’on coupait le vin est devenu le vase où l’on fond le vivant.
Quelques siècles plus tard, entre le Iᵉʳ et le IIIᵉ siècle de notre ère, des auteurs de langue grecque placent de courts dialogues sous le nom d’Hermès Trismégiste, « trois fois très grand » : c’est ainsi que les Grecs appelaient le dieu égyptien Thot. On les réunit aujourd’hui dans le Corpus hermeticum. Le quatrième de ces traités porte un titre qui ne s’invente pas : Le Cratère.
Hermès y explique à son disciple Tat que Dieu a rempli un grand cratère d’intellect et l’a envoyé en bas. Un héraut l’accompagne, chargé de crier aux cœurs des hommes : « Plonge-toi, toi qui le peux, dans ce cratère. » Ceux qui s’y plongent reçoivent la connaissance. Les autres s’en tiennent à la seule raison.
Le verbe grec de cette invitation est baptizein : plonger, immerger. C’est celui qu’Aristophane employait chez Agathon pour dire qu’il avait trop « trempé » la veille, et c’est lui qui donnera notre « baptême ». Le mot n’a pas bougé entre le lendemain de fête et l’appel divin. Seul le vase a changé de rôle : hier on s’y imbibait, désormais on y plonge pour connaître.
Au Vᵉ siècle, Macrobe, un lettré romain, commente un songe raconté par l’orateur Cicéron. Il fait descendre les âmes vers leur naissance par une porte du ciel, dans le signe du Cancer. Entre le Cancer et le Lion se trouve la coupe de Liber, le Bacchus des Romains. Les âmes y boivent une ivresse qui leur fait oublier ce qu’elles savaient, les unes plus, les autres moins.
Pour Hermès, on plonge dans le cratère pour savoir.
Pour Macrobe, on y boit pour oublier.
L’enquête
Un cratère dans le ciel
Platon lui-même a ouvert la voie. Le Timée est un autre de ses dialogues, consacré à la naissance du monde. L’artisan divin, le démiurge, mêle l’âme du monde dans un cratère, puis y verse ce qui reste pour façonner les âmes des hommes. Le vase où l’on coupait le vin est devenu le vase où l’on fond le vivant.
Quelques siècles plus tard, entre le Iᵉʳ et le IIIᵉ siècle de notre ère, des auteurs de langue grecque placent de courts dialogues sous le nom d’Hermès Trismégiste, « trois fois très grand » : c’est ainsi que les Grecs appelaient le dieu égyptien Thot. On les réunit aujourd’hui dans le Corpus hermeticum. Le quatrième de ces traités porte un titre qui ne s’invente pas : Le Cratère.
Hermès y explique à son disciple Tat que Dieu a rempli un grand cratère d’intellect et l’a envoyé en bas. Un héraut l’accompagne, chargé de crier aux cœurs des hommes : « Plonge-toi, toi qui le peux, dans ce cratère. » Ceux qui s’y plongent reçoivent la connaissance. Les autres s’en tiennent à la seule raison.
Le verbe grec de cette invitation est baptizein : plonger, immerger. C’est celui qu’Aristophane employait chez Agathon pour dire qu’il avait trop « trempé » la veille, et c’est lui qui donnera notre « baptême ». Le mot n’a pas bougé entre le lendemain de fête et l’appel divin. Seul le vase a changé de rôle : hier on s’y imbibait, désormais on y plonge pour connaître.
Au Vᵉ siècle, Macrobe, un lettré romain, commente un songe raconté par l’orateur Cicéron. Il fait descendre les âmes vers leur naissance par une porte du ciel, dans le signe du Cancer. Entre le Cancer et le Lion se trouve la coupe de Liber, le Bacchus des Romains. Les âmes y boivent une ivresse qui leur fait oublier ce qu’elles savaient, les unes plus, les autres moins.
Pour Hermès, on plonge dans le cratère pour savoir.
Pour Macrobe, on y boit pour oublier.
Boire sans vin
Il reste à raconter une façon de boire qui se passe de coupe, et c’est aussi chez nous qu’elle a trouvé ses mots. En 1343, un prêtre bruxellois, Jan van Ruusbroec, quitte la ville avec deux compagnons pour la forêt de Soignes. Ils s’installent à Groenendael, le « Val vert », un vallon boisé qui deviendra un prieuré. Ruusbroec y écrit des livres sur l’union de l’âme avec Dieu, en moyen néerlandais, la langue de chez lui.
Vers 1420, Henricus Pomerius, un chanoine du lieu, rapporte que Ruusbroec allait écrire dans la forêt, sous un arbre, sur des tablettes de cire ; on le raconte depuis à Groenendael, et la tradition a fait de cet arbre un tilleul. Dans l’un des livres de Ruusbroec, L’Ornement des noces spirituelles, un chapitre parle d’ivresse spirituelle : l’âme reçoit plus de goût et de joie que le cœur n’en peut contenir, et elle se met à chanter, à pleurer, à bondir. Une ivresse sans une goutte de vin. Le cratère d’Hermès, lui, promettait la connaissance à qui osait y plonger.
Une autre voix vient du Hainaut. Marguerite Porete est une béguine, une de ces femmes pieuses qui vivaient en religieuses sans prononcer de vœux. Elle écrit en français Le Miroir des simples âmes, le livre d’une âme qui s’efface tout entière dans l’amour de Dieu. L’évêque de Cambrai le fait brûler à Valenciennes. Elle continue de le faire lire. Le 1ᵉʳ juin 1310, à Paris, en place de Grève, on la brûle à son tour. Un chroniqueur de l’époque note que des spectateurs pleurèrent.
Le Miroir a circulé malgré tout, recopié de main en main, et il est resté sans nom d’auteur pendant plus de six siècles. Ce n’est qu’en 1946 qu’une chercheuse italienne, Romana Guarnieri, lui a rendu le nom de Marguerite.
On avait brûlé la femme.
Le livre a continué de passer.
Boire sans vin
Il reste à raconter une façon de boire qui se passe de coupe, et c’est aussi chez nous qu’elle a trouvé ses mots. En 1343, un prêtre bruxellois, Jan van Ruusbroec, quitte la ville avec deux compagnons pour la forêt de Soignes. Ils s’installent à Groenendael, le « Val vert », un vallon boisé qui deviendra un prieuré. Ruusbroec y écrit des livres sur l’union de l’âme avec Dieu, en moyen néerlandais, la langue de chez lui.
Vers 1420, Henricus Pomerius, un chanoine du lieu, rapporte que Ruusbroec allait écrire dans la forêt, sous un arbre, sur des tablettes de cire ; on le raconte depuis à Groenendael, et la tradition a fait de cet arbre un tilleul. Dans l’un des livres de Ruusbroec, L’Ornement des noces spirituelles, un chapitre parle d’ivresse spirituelle : l’âme reçoit plus de goût et de joie que le cœur n’en peut contenir, et elle se met à chanter, à pleurer, à bondir. Une ivresse sans une goutte de vin. Le cratère d’Hermès, lui, promettait la connaissance à qui osait y plonger.
Une autre voix vient du Hainaut. Marguerite Porete est une béguine, une de ces femmes pieuses qui vivaient en religieuses sans prononcer de vœux. Elle écrit en français Le Miroir des simples âmes, le livre d’une âme qui s’efface tout entière dans l’amour de Dieu. L’évêque de Cambrai le fait brûler à Valenciennes. Elle continue de le faire lire. Le 1ᵉʳ juin 1310, à Paris, en place de Grève, on la brûle à son tour. Un chroniqueur de l’époque note que des spectateurs pleurèrent.
Le Miroir a circulé malgré tout, recopié de main en main, et il est resté sans nom d’auteur pendant plus de six siècles. Ce n’est qu’en 1946 qu’une chercheuse italienne, Romana Guarnieri, lui a rendu le nom de Marguerite.
On avait brûlé la femme.
Le livre a continué de passer.
Le silence partagé
Ruusbroec écrivait seul, mais il vivait entouré : dès 1350, ses compagnons et lui formaient à Groenendael une communauté de chanoines réguliers. Image d'évocation créée pour cet article.
Le silence partagé
Ruusbroec écrivait seul, mais il vivait entouré : dès 1350, ses compagnons et lui formaient à Groenendael une communauté de chanoines réguliers. Image d'évocation créée pour cet article.
Le vase et le feu
Le feu de l’alchimiste est un feu lent. Plus tard, les alchimistes l’entretiendront dans l’athanor, un fourneau construit pour garder longtemps une chaleur égale sous le vase. Et le cratère d’Hermès n’est pas loin. Vers l’an 300, en Égypte, l’alchimiste Zosime de Panopolis écrit à sa disciple Théosébie de « courir vers le Poimandrès », qui ouvre aujourd’hui le recueil d’Hermès, et de se faire « baptiser dans le cratère ». Le même verbe, encore. Zosime citait donc lui-même le vase hermétique.
Dans les traités latins des XVIᵉ et XVIIᵉ siècles, le vase devient un vaisseau unique, fermé, « scellé du sceau d’Hermès », où l’on regarde la matière passer du noir au blanc, puis au rouge : la nigredo, l’albedo, la rubedo.
Le vase et le feu
Le feu de l’alchimiste est un feu lent. Plus tard, les alchimistes l’entretiendront dans l’athanor, un fourneau construit pour garder longtemps une chaleur égale sous le vase. Et le cratère d’Hermès n’est pas loin. Vers l’an 300, en Égypte, l’alchimiste Zosime de Panopolis écrit à sa disciple Théosébie de « courir vers le Poimandrès », qui ouvre aujourd’hui le recueil d’Hermès, et de se faire « baptiser dans le cratère ». Le même verbe, encore. Zosime citait donc lui-même le vase hermétique.
Dans les traités latins des XVIᵉ et XVIIᵉ siècles, le vase devient un vaisseau unique, fermé, « scellé du sceau d’Hermès », où l’on regarde la matière passer du noir au blanc, puis au rouge : la nigredo, l’albedo, la rubedo.
Le fourneau de l’Œuvre
C’est un laboratoire rêvé, sans date ni lieu. L’alambic de cuivre n’était qu’un des instruments de l’atelier ; les traités latins insistaient surtout sur l’unicité du vase. Image d’évocation.
Le fourneau de l’Œuvre
C’est un laboratoire rêvé, sans date ni lieu. L’alambic de cuivre n’était qu’un des instruments de l’atelier ; les traités latins insistaient surtout sur l’unicité du vase. Image d’évocation.
La Belgique a son alchimiste, et il a laissé un mot que vous avez sans doute prononcé aujourd’hui. Jan Baptist van Helmont, médecin et chimiste bruxellois, mort à Vilvorde en 1644, observe ce qui s’échappe du charbon qui brûle et du moût qui fermente. Ce souffle invisible n’a pas de nom ; il lui en donne un, tiré du grec chaos : gas. Son livre paraît en 1648, publié par son fils. Le gaz est né d’une braise et d’un moût, et un Bruxellois l’a baptisé.
À l’atelier de Fleurus, nous confions des plantes et des épices à un vin ou à un alcool, et nous attendons. Nous ne prétendons pas faire l’Œuvre. Mais la cuve close qu’on laisse reposer, la couleur qui monte d’un jour à l’autre, nous les connaissons bien.
Reste le nom. « Alchimie » vient de l’arabe al-kīmiyā, lui-même tiré d’un mot grec dont l’origine se discute. Il pourrait venir du nom de l’Égypte, Kemet, la « terre noire ». Il pourrait aussi venir d’un verbe grec qui veut dire « verser », « fondre ».
Personne n’a tranché.
Mais si la seconde hypothèse a raison, l’alchimie serait, à la lettre, l’art de verser.
La Belgique a son alchimiste, et il a laissé un mot que vous avez sans doute prononcé aujourd’hui. Jan Baptist van Helmont, médecin et chimiste bruxellois, mort à Vilvorde en 1644, observe ce qui s’échappe du charbon qui brûle et du moût qui fermente. Ce souffle invisible n’a pas de nom ; il lui en donne un, tiré du grec chaos : gas. Son livre paraît en 1648, publié par son fils. Le gaz est né d’une braise et d’un moût, et un Bruxellois l’a baptisé.
À l’atelier de Fleurus, nous confions des plantes et des épices à un vin ou à un alcool, et nous attendons. Nous ne prétendons pas faire l’Œuvre. Mais la cuve close qu’on laisse reposer, la couleur qui monte d’un jour à l’autre, nous les connaissons bien.
Reste le nom. « Alchimie » vient de l’arabe al-kīmiyā, lui-même tiré d’un mot grec dont l’origine se discute. Il pourrait venir du nom de l’Égypte, Kemet, la « terre noire ». Il pourrait aussi venir d’un verbe grec qui veut dire « verser », « fondre ».
Personne n’a tranché.
Mais si la seconde hypothèse a raison, l’alchimie serait, à la lettre, l’art de verser.
Les traditions
La coupe des cercles d’aujourd’hui
Avec les traditions ésotériques modernes, la coupe quitte le texte et revient dans la main, posée sur un autel. Il ne s’agit pas de traditions anciennes, mais d’une grammaire contemporaine, que chacun est libre d’utiliser ou non.
Les traditions
La coupe des cercles d’aujourd’hui
Avec les traditions ésotériques modernes, la coupe quitte le texte et revient dans la main, posée sur un autel. Il ne s’agit pas de traditions anciennes, mais d’une grammaire contemporaine, que chacun est libre d’utiliser ou non.
La coupe au centre
Dans les cercles d’aujourd’hui, plantes, flacons et bougies se rangent autour d’elle. Sur l’autel wiccan, elle a souvent pour voisin un couteau rituel : un geste les réunit, quelques lignes plus bas. Image d’évocation.
La coupe au centre
Dans les cercles d’aujourd’hui, plantes, flacons et bougies se rangent autour d’elle. Sur l’autel wiccan, elle a souvent pour voisin un couteau rituel : un geste les réunit, quelques lignes plus bas. Image d’évocation.
À Londres, à la fin du XIXᵉ siècle, l’ordre hermétique de la Golden Dawn pose la coupe sur l’autel. Dans les rituels de l’ordre, elle est l’un des quatre instruments de l’adepte, celui de l’Eau, à côté de la baguette, de la dague et du pentacle. L’ordre associe aussi l’Eau aux Coupes du tarot. Le jeu dessiné par Pamela Colman Smith sous la direction d’Arthur Edward Waite, publié en 1909, a porté cette correspondance jusque sur les tables de tirage d’aujourd’hui.
La Wicca est la religion de sorcellerie moderne que Gerald Gardner fait connaître en Angleterre dans les années 1950. La coupe y devient le calice. Janet et Stewart Farrar ont publié en 1981 le rite des gâteaux et du vin. Le calice y reçoit la lame de l’athamé, le couteau rituel, qu’on y fait descendre ; puis la coupe fait le tour du cercle. Les Farrar lisent dans ce geste l’union de deux principes, le masculin et le féminin, que la lame et la coupe figurent.
D'où viennent ces récits ?
- Le Graal, coupe sacrée par excellence de l’ésotérisme moderne, n’en était pas une au départ.
- Vers 1180-1190, chez le romancier champenois Chrétien de Troyes, un « graal » est un plat creux, porté dans un cortège mystérieux.
- Vers 1200, le poète Robert de Boron en fait le vase de la Cène, celui où l’on recueille le sang du Christ.
- Le Graal-coupe est donc né d’une réécriture. Depuis huit siècles, il nourrit les récits, de la légende arthurienne aux traditions initiatiques.
Le psychiatre Carl Gustav Jung, dans Psychologie et alchimie (1944), a proposé une autre lecture : le vase, le feu et les couleurs des alchimistes y deviennent la projection d’une transformation de l’âme. Les cercles de parole d’aujourd’hui, eux, ne revendiquent souvent aucun grimoire : ils gardent le cercle, le tour de parole et parfois une coupe au milieu.
Sur l’autel comme à table, la coupe ne vaut que si elle passe.
C’est là que commencent les gestes.
À Londres, à la fin du XIXᵉ siècle, l’ordre hermétique de la Golden Dawn pose la coupe sur l’autel. Dans les rituels de l’ordre, elle est l’un des quatre instruments de l’adepte, celui de l’Eau, à côté de la baguette, de la dague et du pentacle. L’ordre associe aussi l’Eau aux Coupes du tarot. Le jeu dessiné par Pamela Colman Smith sous la direction d’Arthur Edward Waite, publié en 1909, a porté cette correspondance jusque sur les tables de tirage d’aujourd’hui.
La Wicca est la religion de sorcellerie moderne que Gerald Gardner fait connaître en Angleterre dans les années 1950. La coupe y devient le calice. Janet et Stewart Farrar ont publié en 1981 le rite des gâteaux et du vin. Le calice y reçoit la lame de l’athamé, le couteau rituel, qu’on y fait descendre ; puis la coupe fait le tour du cercle. Les Farrar lisent dans ce geste l’union de deux principes, le masculin et le féminin, que la lame et la coupe figurent.
D'où viennent ces récits ?
- Le Graal, coupe sacrée par excellence de l’ésotérisme moderne, n’en était pas une au départ.
- Vers 1180-1190, chez le romancier champenois Chrétien de Troyes, un « graal » est un plat creux, porté dans un cortège mystérieux.
- Vers 1200, le poète Robert de Boron en fait le vase de la Cène, celui où l’on recueille le sang du Christ.
- Le Graal-coupe est donc né d’une réécriture. Depuis huit siècles, il nourrit les récits, de la légende arthurienne aux traditions initiatiques.
Le psychiatre Carl Gustav Jung, dans Psychologie et alchimie (1944), a proposé une autre lecture : le vase, le feu et les couleurs des alchimistes y deviennent la projection d’une transformation de l’âme. Les cercles de parole d’aujourd’hui, eux, ne revendiquent souvent aucun grimoire : ils gardent le cercle, le tour de parole et parfois une coupe au milieu.
Sur l’autel comme à table, la coupe ne vaut que si elle passe.
C’est là que commencent les gestes.
Les gestes
La coupe qu’on verse
Versez les premières gouttes avant de boire : sur la terre d’un jardin, dans une coupelle, ou simplement au bord de l’évier. Les convives d’Agathon le faisaient pour le dieu. Vous pouvez le faire pour ce qui vous importe, puisque ces gestes sont d’aujourd’hui et s’adaptent librement. On verse d’abord, et ensuite seulement on parle.
Servez l’autre avant vous. Le geste est vieux comme l’hospitalité, et au zinc de nos cafés, de Charleroi à Verviers, il a un nom : la tournée. La mémoire d’un habitué y est impitoyable pour celui qui n’a jamais payé la sienne.
Quand vous êtes quelques-uns, essayez la coupe qui passe. Prenez une seule coupe et tendez-la vers la droite, comme chez Agathon à l’aube. Celui qui la tient parle, les autres écoutent, puis elle repart. La branche de myrte des Grecs ne disait pas autre chose : on ne prend la parole qu’avec l’objet en main. Une coupe gardée pleine devient immobile. Une coupe versée entre dans le vivant.
« Une coupe gardée pleine devient immobile. »
Levez un verre aux absents : on nomme ceux qui manquent, on boit une gorgée pour eux. Chez L’Alchymiste, nous en faisons un constat plutôt qu’une règle : autour d’une table, les absents ont souvent la meilleure place. D’autres rites du verre, ceux qui marquent une vie, vous attendent dans Boire, un geste de passage.
Et ce soir, entre proches, gardez ce dernier geste pour la fin. Allumez une petite lampe ou une bougie et remplissez une seule coupe. Que chacun cherche le souvenir d’une table où quelqu’un lui a appris quelque chose sans faire la leçon.
Posez la question qui ouvrait ces pages : et si connaître, c’était d’abord communier ? Celui qui tient la coupe répond, s’il le veut, puis il boit. Les autres écoutent.
La connaissance n’est pas ce qu’on retient.
Elle est ce qu’on verse.
Tendez la coupe vers la droite.
(La lampe s’éteint. La parole continue.)
Les gestes
La coupe qu’on verse
Versez les premières gouttes avant de boire : sur la terre d’un jardin, dans une coupelle, ou simplement au bord de l’évier. Les convives d’Agathon le faisaient pour le dieu. Vous pouvez le faire pour ce qui vous importe, puisque ces gestes sont d’aujourd’hui et s’adaptent librement. On verse d’abord, et ensuite seulement on parle.
Servez l’autre avant vous. Le geste est vieux comme l’hospitalité, et au zinc de nos cafés, de Charleroi à Verviers, il a un nom : la tournée. La mémoire d’un habitué y est impitoyable pour celui qui n’a jamais payé la sienne.
Quand vous êtes quelques-uns, essayez la coupe qui passe. Prenez une seule coupe et tendez-la vers la droite, comme chez Agathon à l’aube. Celui qui la tient parle, les autres écoutent, puis elle repart. La branche de myrte des Grecs ne disait pas autre chose : on ne prend la parole qu’avec l’objet en main. Une coupe gardée pleine devient immobile. Une coupe versée entre dans le vivant.
« Une coupe gardée pleine devient immobile. »
Levez un verre aux absents : on nomme ceux qui manquent, on boit une gorgée pour eux. Chez L’Alchymiste, nous en faisons un constat plutôt qu’une règle : autour d’une table, les absents ont souvent la meilleure place. D’autres rites du verre, ceux qui marquent une vie, vous attendent dans Boire, un geste de passage.
Et ce soir, entre proches, gardez ce dernier geste pour la fin. Allumez une petite lampe ou une bougie et remplissez une seule coupe. Que chacun cherche le souvenir d’une table où quelqu’un lui a appris quelque chose sans faire la leçon.
Posez la question qui ouvrait ces pages : et si connaître, c’était d’abord communier ? Celui qui tient la coupe répond, s’il le veut, puis il boit. Les autres écoutent.
La connaissance n’est pas ce qu’on retient.
Elle est ce qu’on verse.
Tendez la coupe vers la droite.
(La lampe s’éteint. La parole continue.)
Sources principales
Les scènes de la nuit chez Agathon suivent le seul texte de Platon. Les citations sont traduites par nos soins d’après les textes originaux, dont les éditions savantes figurent ci-dessous. La date de 416 avant notre ère repose sur Athénée, un auteur tardif mais généralement suivi. L’existence historique de Diotima reste discutée. Le lien entre le cratère du Timée et celui du Corpus hermeticum est un écho que relèvent les spécialistes : Festugière y voit une influence platonicienne, sans qu’une filiation soit démontrée. Le récit de Ruusbroec sous son arbre vient d’une biographie écrite une quarantaine d’années après sa mort. L’étymologie d’« alchimie » reste débattue. Les correspondances de la Golden Dawn et le rite wiccan des gâteaux et du vin sont attribués à leurs auteurs et datés de leur publication, ce qui ne dit rien de leur origine. Les illustrations de cet article sont des images d’évocation.
Sources :
- Platon, Le Banquet, texte établi et traduit par Paul Vicaire, Les Belles Lettres (CUF) ; traduction de Luc Brisson, GF-Flammarion.
- Platon, Timée (35a-b, 41d) et Lois (I-II), Les Belles Lettres (CUF).
- Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, V, 43 (Alcibiade en 420-416).
- Xénophane, fragment 21 B 1 Diels-Kranz, dans Jean-Paul Dumont (dir.), Les Présocratiques, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1988.
- Athénée, Les Deipnosophistes (II, V, X, XI, XV), éd. S. Douglas Olson, Loeb.
- Hésiode, Les Travaux et les Jours ; Aristophane, Les Nuées ; Plutarque, Propos de table I, Les Belles Lettres (CUF).
- Pierre Chantraine, Dictionnaire étymologique de la langue grecque, Klincksieck (kratêr, baptizô).
- Corpus hermeticum, traité IV, éd. et trad. A. D. Nock et A.-J. Festugière, tome I, Les Belles Lettres.
- A.-J. Festugière, La Révélation d’Hermès Trismégiste, tome I (pour Zosime de Panopolis).
- Macrobe, Commentaire au Songe de Scipion, I, 12, éd. et trad. Mireille Armisen-Marchetti, Les Belles Lettres (CUF).
- Ovide, Fastes II, 243-266, Les Belles Lettres (CUF).
- Henricus Pomerius, De origine monasterii Viridisvallis (vers 1420).
- Jan van Ruusbroec, L’Ornement des noces spirituelles, trad. des Bénédictins de Saint-Paul de Wisques.
- Marguerite Porete, Le Mirouer des simples ames, éd. Romana Guarnieri et Paul Verdeyen, Brepols (CCCM 69), 1986 ; trad. Max Huot de Longchamp, Albin Michel, 1984.
- Continuation de la Chronique de Guillaume de Nangis (année 1310).
- Chrétien de Troyes, Le Conte du Graal ; Robert de Boron, Joseph d’Arimathie.
- Jan Baptist van Helmont, Ortus medicinae, Amsterdam, 1648.
- C. G. Jung, Psychologie et alchimie, Buchet-Chastel, 1970 (éd. originale 1944).
- S. L. MacGregor Mathers (éd.), The Key of Solomon the King, 1889 ; A. E. Waite, The Pictorial Key to the Tarot, 1910 ; Israel Regardie, The Golden Dawn, 1937-1940.
- Gerald Gardner, Witchcraft Today, 1954 ; Janet et Stewart Farrar, Eight Sabbats for Witches, 1981.
Sources principales
Les scènes de la nuit chez Agathon suivent le seul texte de Platon. Les citations sont traduites par nos soins d’après les textes originaux, dont les éditions savantes figurent ci-dessous. La date de 416 avant notre ère repose sur Athénée, un auteur tardif mais généralement suivi. L’existence historique de Diotima reste discutée. Le lien entre le cratère du Timée et celui du Corpus hermeticum est un écho que relèvent les spécialistes : Festugière y voit une influence platonicienne, sans qu’une filiation soit démontrée. Le récit de Ruusbroec sous son arbre vient d’une biographie écrite une quarantaine d’années après sa mort. L’étymologie d’« alchimie » reste débattue. Les correspondances de la Golden Dawn et le rite wiccan des gâteaux et du vin sont attribués à leurs auteurs et datés de leur publication, ce qui ne dit rien de leur origine. Les illustrations de cet article sont des images d’évocation.
Sources :
- Platon, Le Banquet, texte établi et traduit par Paul Vicaire, Les Belles Lettres (CUF) ; traduction de Luc Brisson, GF-Flammarion.
- Platon, Timée (35a-b, 41d) et Lois (I-II), Les Belles Lettres (CUF).
- Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, V, 43 (Alcibiade en 420-416).
- Xénophane, fragment 21 B 1 Diels-Kranz, dans Jean-Paul Dumont (dir.), Les Présocratiques, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1988.
- Athénée, Les Deipnosophistes (II, V, X, XI, XV), éd. S. Douglas Olson, Loeb.
- Hésiode, Les Travaux et les Jours ; Aristophane, Les Nuées ; Plutarque, Propos de table I, Les Belles Lettres (CUF).
- Pierre Chantraine, Dictionnaire étymologique de la langue grecque, Klincksieck (kratêr, baptizô).
- Corpus hermeticum, traité IV, éd. et trad. A. D. Nock et A.-J. Festugière, tome I, Les Belles Lettres.
- A.-J. Festugière, La Révélation d’Hermès Trismégiste, tome I (pour Zosime de Panopolis).
- Macrobe, Commentaire au Songe de Scipion, I, 12, éd. et trad. Mireille Armisen-Marchetti, Les Belles Lettres (CUF).
- Ovide, Fastes II, 243-266, Les Belles Lettres (CUF).
- Henricus Pomerius, De origine monasterii Viridisvallis (vers 1420).
- Jan van Ruusbroec, L’Ornement des noces spirituelles, trad. des Bénédictins de Saint-Paul de Wisques.
- Marguerite Porete, Le Mirouer des simples ames, éd. Romana Guarnieri et Paul Verdeyen, Brepols (CCCM 69), 1986 ; trad. Max Huot de Longchamp, Albin Michel, 1984.
- Continuation de la Chronique de Guillaume de Nangis (année 1310).
- Chrétien de Troyes, Le Conte du Graal ; Robert de Boron, Joseph d’Arimathie.
- Jan Baptist van Helmont, Ortus medicinae, Amsterdam, 1648.
- C. G. Jung, Psychologie et alchimie, Buchet-Chastel, 1970 (éd. originale 1944).
- S. L. MacGregor Mathers (éd.), The Key of Solomon the King, 1889 ; A. E. Waite, The Pictorial Key to the Tarot, 1910 ; Israel Regardie, The Golden Dawn, 1937-1940.
- Gerald Gardner, Witchcraft Today, 1954 ; Janet et Stewart Farrar, Eight Sabbats for Witches, 1981.