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Tatouage : quand la peau devient talisman

28 mai 2026 par
Olivier Van Bunderen

Une ancre sur le bras d'un marin, les signes de Jérusalem sur celui d'un pèlerin. Un dessin dans la peau peut n'être qu'un dessin. Il arrive pourtant qu'on le porte comme d'autres gardent une médaille au fond de la poche : pour être gardé. De Jérusalem aux îles du Pacifique, du Japon à Charleroi, nous suivons le moment où l'encre change de nature.

L’essentiel à retenir

  • Quand un tatouage devient-il un talisman ? Quand on lui confie ce que l'on refuse de perdre. Le motif compte moins que ce qu'on y dépose.
  • Les marques de protection sont-elles anciennes ? Certaines ont des siècles : en 1697, un voyageur anglais décrit pas à pas le geste des tatoueurs de Jérusalem. D'autres, parmi les plus tatouées aujourd'hui, sont nées aux XIXᵉ et XXᵉ siècles, et elles n'en valent pas moins.
  • D'où vient le mot « tatouage » ? D'une île du Pacifique. Son sosie anglais, lui, vient de beaucoup plus près de chez nous qu'on ne le croit.
convention de tatouage évoquant le passage du motif vers la peau

Du papier à la peau

Aujourd'hui un calque, autrefois à Jérusalem un tampon de bois : le tracé se pose toujours sur la peau avant que l'aiguille ne le suive.

Dans le bourdonnement des machines

Il y a d'abord le bruit.

Un bourdonnement régulier, presque hypnotique, qui traverse l'air comme un insecte mécanique.

Poussez la porte d'une convention de tatouage, à Charleroi comme ailleurs. Entre les stands, les visiteurs feuillettent des flashs, ces planches de motifs prêts à piquer. Une peau est nettoyée. Une main gantée ajuste un motif. Quelqu'un respire un peu plus fort, hésite une seconde, puis accepte que l'image passe du papier au corps.

La peau garde tout, ou presque.

Elle garde les rides qu'on n'avait pas prévues et les cicatrices qu'on n'a pas choisies. L'encre y entre à son tour, puis vieillit avec elle. Il y a des tatouages joyeux et des tatouages presque secrets.

Il y en a qui crient, d'autres qui murmurent.

Et puis il y a ceux qu'on porte pour être gardé : une croix au poignet, un signe tracé pour ne pas se perdre en route. Ceux-là sont devenus des talismans un jour précis : celui où l'on y a mis ce qu'on refuse de perdre.

Pour voir de près ce moment où l'encre devient talisman, il faut remonter loin. Les plus vieilles peaux tatouées sont muettes. Pour entendre quelqu'un décrire le geste pas à pas, il faut aller à Jérusalem, une semaine de Pâques, il y a un peu plus de trois siècles.

Jérusalem, le tampon et le vin

Le tampon de bois arrive d'abord. L'artisan l'a enduit de poudre de charbon. Il le pose sur le bras du pèlerin, et le dessin s'y imprime. Puis il prend deux aiguilles très fines, liées l'une contre l'autre, les trempe dans une encre faite, dit-on au voyageur qui regarde, de poudre à canon et de fiel de bœuf, et pique le tracé. Pour finir, il lave la partie au vin.

La scène est racontée par Henry Maundrell, chapelain des marchands anglais installés à Alep, en Syrie. En 1697, il fait le chemin jusqu'à Jérusalem pour les fêtes de Pâques. Son récit paraît à Oxford en 1703, sous le titre A Journey from Aleppo to Jerusalem at Easter, A.D. 1697. Dans la Ville sainte, il remarque que beaucoup de pèlerins profitent d'une matinée sans cérémonie pour se faire marquer les bras des signes de Jérusalem. Il note les outils, l'ordre des gestes, une recette d'encre qu'il tient d'autrui, et ce dernier détail.

Le vin achevait l'ouvrage.

Maundrell n'en dit pas davantage.

tampons de bois et encre évoquant le tatouage de pèlerinage

Un motif, cent bras

Avec un tampon gravé, le même dessin se reproduisait à l'identique, pèlerin après pèlerin, et la main du tatoueur n'avait plus qu'à suivre la ligne.

Avant l'aiguille, il y a le motif. Avant l'encre, il y a l'empreinte. Le pèlerin rentrait chez lui avec, sur le bras, une preuve de passage qu'aucune poche ne pouvait perdre.

Trois siècles plus tard, le tampon n'a pas quitté la vieille ville. Près de la porte de Jaffa, Wassim Razzouk tient un atelier de tatouage après son père, Anton. Il pose encore sur la peau un motif imprimé au bloc de bois avant de prendre l'aiguille. Les blocs de la famille sont connus des historiens : dans les années 1950, à Beyrouth, l'historien de l'art John Carswell publiait ceux de Jacob Razzouk, de la même famille, dans un recueil de motifs coptes, ceux des chrétiens d'Égypte.

Les Razzouk se disent coptes eux aussi. Ils racontent qu'ils sont venus d'Égypte il y a des siècles et qu'ils tatouent depuis sept cents ans. C'est leur récit, et ils le portent avec le geste. Chez les coptes d'Égypte, une petite croix tatouée au poignet reste aujourd'hui un signe courant de la foi.

D'où viennent ces récits ?

  • Sept siècles et vingt-sept générations : ces chiffres sont ceux que la famille Razzouk donne à la presse. Ils viennent d'un récit transmis de père en fils ; aucune archive publiée ne les confirme à ce jour.
  • En 1697, Maundrell décrit le geste sans nommer aucun artisan. Rien, dans son livre, ne rattache la scène à une famille.
  • On raconte aussi que la croix au poignet ouvrait aux coptes la porte de certaines églises. Le récit est rapporté par la presse ; il décrit un usage local, sans valeur de règle générale.

À l'atelier, nous connaissons cette loi-là. Une recette ne vit que si quelqu'un la refait.

Un motif non plus.

Un mot, deux rivages

Tahiti, 1769. L'Endeavour, le navire du navigateur anglais James Cook, est venu observer depuis l'île le passage de la planète Vénus devant le Soleil. L'expédition emmène Joseph Banks, son naturaliste. Le 5 juillet, Banks assiste au tatouage d'une adolescente.

Il note l'outil : un peigne d'os que l'on frappe avec un bâton. Il note aussi le moment où l'adolescente, d'abord résolue, se plaint, puis se débat, au point que ses proches, par la menace et la force, peinent à la faire tenir.

Il ne donne pas son nom.

Dans son propre journal, Cook écrit le mot qu'il entend dans l'île : tattow. Le tatau tahitien, qu'on retrouve aussi aux Samoa, entre ainsi dans l'anglais. Il passe en français à la fin du XVIIIᵉ siècle, où naissent « tatouer » et « tatouage ».

Ce que racontent les marins

Les marques, elles, se lisent vite sur les bras des marins. Une génération après le passage de l'Endeavour, entre 1796 et 1818, les registres où l'administration américaine décrivait ses marins pour pouvoir les reconnaître notent déjà des ancres et des croix.

⁂

Ce que les marins disent eux-mêmes de leurs marques relève d'un autre genre : les histoires de port, qu'on se transmet d'un bord à l'autre.

On raconte qu'une hirondelle se gagnait tous les cinq mille milles en mer, qu'une ancre disait la traversée de l'Atlantique, et qu'un cochon et un coq, piqués sur les pieds, gardaient de la noyade.

Ce sont des légendes, sans date ni auteur. Leur sens, pourtant, dit vrai.

On confiait à sa peau le retour au port.

Le robinet qui se ferme

Retour aux dictionnaires : l'anglais y cache un second tattoo, qui n'a jamais touché une peau.

Celui-là désigne le signal du soir qui rappelle les soldats à leurs quartiers. Il vient du néerlandais taptoe, de tap toe : « le robinet, fermé ». Le soir, dans les villes de garnison, le tambour passait, et les cabaretiers fermaient le robinet du tonneau.

Le tonneau se taisait.

Le mot passe en anglais dès le XVIIᵉ siècle. Au XXᵉ siècle, les armées surveillaient encore le verre du soldat.

Les deux mots se ressemblent par hasard, comme deux inconnus accoudés au même zinc. Le premier vous fait asseoir chez le tatoueur. Le second vous faisait lever du tabouret, à l'heure où l'on relève les chaises dans les cafés de chez nous.

Deux rivages, un seul mot.

Et pas une goutte de parenté.

outils de tatouage traditionnels du Pacifique posés sur une étoffe de tapa

Demander le nom

Avant d'emprunter un motif venu du Pacifique, demandez-en le nom et l'origine : un motif qui a un nom a souvent aussi des héritiers. Image d'évocation créée pour cet article.

Ce qu'on ne porte pas seul

À Jérusalem, la marque reliait un pèlerin à sa foi. Ailleurs, elle relie une personne à une lignée ou à une bande, et on ne la porte jamais tout à fait pour soi seul. C'est pourquoi le mot « tribal », qui range sous une même étiquette des peuples et des généalogies sans rapport entre eux, efface plus qu'il ne nomme.

Aux Samoa et en Aotearoa

Aux Samoa, le tatau trace des lignes noires serrées, qui couvrent la peau comme un tissage. Les hommes portent le pe'a, les femmes le malu. Ni l'un ni l'autre ne se choisit sur un présentoir : ils marquent une place dans la communauté et engagent celle ou celui qui le porte envers les siens.

En Aotearoa – le nom māori de la Nouvelle-Zélande –, le tā moko va plus loin encore. Il dit l'identité de celui qui le porte et sa whakapapa, la généalogie qui relie les ancêtres, les vivants et ceux qui viendront. Il engage aussi le mana, ce mélange de prestige et d'autorité qu'une personne tient de sa lignée et de ses actes.

Le kirituhi permet à ceux qui ne sont pas māori de porter une inspiration sans prétendre porter une lignée. Certains artistes māori contestent le mot. Ce débat leur appartient.

Ici, la peau garde plus d'une personne.

Elle garde ceux qui l'ont précédée.

Au Japon

Au début du XIXᵉ siècle, à Edo, l'ancien nom de Tokyo, les dragons sortent des estampes. Utagawa Kuniyoshi (1797-1861), maître de l'estampe ukiyo-e, commence vers 1827 une série consacrée aux héros du Suikoden. C'est le nom japonais d'un roman chinois, Au bord de l'eau, où cent huit hors-la-loi se jurent fraternité dans leur repaire des marais. Plusieurs de ses héros ont le corps couvert de dragons et de bêtes. La mode passe des estampes à la peau des vivants : c'est l'irezumi, le grand tatouage japonais.

On raconte que les pompiers d'Edo portaient ces grands tatouages comme un insigne de bravoure. L'histoire court toujours ; sa source, elle, reste à trouver.

estampe et encre évoquant l’Irezumi japonais comme récit porté sur la peau

Un corps en estampe

L'irezumi se compose comme une image unique : un seul motif peut occuper le dos entier.

Le pouvoir s'en méfie. En 1872, le gouvernement de l'ère Meiji, qui ouvre alors le Japon à l'Occident, interdit le tatouage. L'interdiction n'est levée qu'en 1948, sous l'occupation américaine. L'image du yakuza, le mafieux japonais couvert d'encre, s'est imposée depuis ; elle n'en raconte qu'un morceau.

Pendant soixante-seize ans, le dragon a vécu sous la chemise.

Le talisman, une affaire d'heure

Reste le mot du titre. Lui aussi a traversé la mer : on le fait venir, par l'arabe, du grec telesma, le rite accompli.

« Le talisman savant garde l'heure du ciel ; le tatouage garde la vôtre. »

Le Grimoire de L'Alchymiste

Pour les savants, un talisman ne s'improvisait pas. Henri Corneille Agrippa, humaniste et occultiste de la Renaissance, en donne la méthode en 1533 dans son De occulta philosophia, après d'autres maîtres et un vieux traité arabe de magie, le Picatrix.

Chez eux, le talisman est une affaire de matière et d'heure. On le grave sur le métal, la pierre ou le parchemin, au moment que le ciel désigne. L'objet fixe un instant choisi.

La peau, elle, ne garde pas d'instant. Elle bouge, elle vieillit, elle brunit au soleil. Nous en tirons une lecture, sans en faire une doctrine : le talisman savant garde l'heure du ciel ; le tatouage garde la vôtre.

 carnet ancien et peau tatouée évoquant le tatouage comme grimoire vivant

Du grimoire au bras

Dans un livre, le signe attend qu'on tourne la page ; sur un bras, il se montre à chaque manche retroussée.

Les traditions modernes ont rapproché le signe du corps. Parmi les signes les plus tatoués, plusieurs viennent d'Islande : les galdrastafir, des figures magiques recopiées dans des manuscrits. Le Vegvísir, dont les branches rappellent une rose des vents, apparaît dans le manuscrit Huld, compilé vers 1860 : celui qui le porte sur lui, dit le texte, ne se perd pas par mauvais temps.

Une hirondelle n'en promettait pas tant.

D'autres tracent leur propre figure. Le peintre et magicien anglais Austin Osman Spare enseigne en 1913 à condenser un désir en un signe, le sigil ; la magie du chaos, un courant de magie pratique né en Angleterre à la fin des années 1970, en a fait l'un de ses outils.

Moderne ne veut pas dire faux. Cela veut dire daté, et un signe daté se porte la tête haute.

Aujourd'hui, sous l'aiguille

Revenons à Charleroi, dans le bourdonnement des machines. Le tatouage a quitté depuis longtemps les ports et les marges. Il s'affiche au bureau comme au comptoir, et chacun choisit encore ce qu'il montre et ce qu'il couvre.

Un tatouage commence bien avant l'aiguille : dans la discussion, le dessin qu'on reprend, la façon dont l'artiste écoute ce que la personne veut vraiment porter. Le tatoueur ou la tatoueuse travaille en artisan du seuil et fait passer une idée vers une trace durable. Puis vient le claquement des gants qu'on enfile, l'aiguille neuve sortie de son sachet sous vos yeux : cela aussi fait partie du geste.

Le courage, dans un studio, ne consiste pas toujours à supporter plus. Il consiste parfois à dire : je veux une pause.

Ou : je ne suis pas sûr. Ou encore : ce détail ne me convient pas. Dans un studio de confiance, ces phrases sont entendues. Elles font partie du consentement, qui se redonne à chaque étape de la séance.

Il arrive aussi qu'on vienne entourer d'encre une cicatrice, pour reprendre la main sur une page qu'on n'avait pas choisi d'écrire : un geste de réappropriation, qui se suffit à lui-même.

studio de tatouage sobre évoquant consentement confiance et préparation du geste

Le dernier oui

Avant la première ligne, le motif est posé sur la peau, mais rien n'est encore piqué : c'est le moment de le déplacer, ou de dire non.

Nous ne tatouons pas la peau. Nous ne manions ni aiguille, ni encre, ni machine. Mais nous reconnaissons cette règle d'atelier qui veut qu'on écoute avant de faire et qu'on ne presse jamais une main qui hésite.

On entre avec une idée.

On ressort avec une trace.

Ce que la peau garde

Le soir, à la convention, le bourdonnement se tait, machine après machine. Les flashs se referment. Sur des bras, des dessins tout neufs commencent leur longue vie avec la peau.

Une croix de Jérusalem, une ancre de marin, un dragon d'Edo, un signe islandais : chacun est devenu talisman le jour où quelqu'un lui a confié quelque chose.

Qu'il s'agisse d'un signe sur la peau ou d'un verre partagé, la question reste la même : qu'est-ce qui mérite de traverser le temps avec nous ?

Ce soir, levez votre verre à ce que votre peau garde. Si elle ne porte aucune encre, levez-le à ce que vous voudriez lui confier : un toast aussi peut marquer un passage.

Et si l'un de vos tatouages vous garde, racontez-le-nous. Nous serions honorés de recevoir vos récits.

Sources principales

Le récit de Maundrell (1697) et les journaux de Cook et de Banks (1769) ont été relus dans les éditions de Thomas Wright (1848), de W. J. L. Wharton (1893) et de Joseph D. Hooker (1896). L'ancienneté de la famille Razzouk vient de son propre récit, tel que la presse le cite. L'encre de suie et de vin attribuée à la famille dans la précédente version de cet article n'a pas été retrouvée dans une source publiée : nous l'avons retirée. Maundrell, lui, parle d'une encre de poudre à canon et de fiel de bœuf. L'association des pompiers d'Edo au grand tatouage revient souvent dans la littérature, sans source première identifiée. L'Ægishjálmur, l'autre signe islandais très tatoué, est connu par des manuscrits de l'époque moderne ; son nom vient de la vieille poésie islandaise, son dessin est bien plus récent. Les illustrations de cet article sont des images d'évocation créées pour l'occasion.

  • Henry Maundrell, A Journey from Aleppo to Jerusalem at Easter, A.D. 1697, Oxford, 1703 ; édition lue : Th. Wright (éd.), Early Travels in Palestine, Londres, H. G. Bohn, 1848 (Maundrell, p. 383 et suiv.).
  • W. J. L. Wharton (éd.), Captain Cook's Journal during his First Voyage round the World, Londres, 1893.
  • J. D. Hooker (éd.), Journal of the Right Hon. Sir Joseph Banks, Londres, 1896.
  • Éditions savantes de référence : James Cook, The Journals of Captain James Cook, t. I, éd. J. C. Beaglehole, Hakluyt Society, 1955 ; Joseph Banks, The Endeavour Journal of Joseph Banks 1768-1771, éd. J. C. Beaglehole, 1962.
  • John Carswell, Coptic Tattoo Designs, Beyrouth, American University of Beirut.
  • Webster's Revised Unabridged Dictionary, 1913, entrée « tattoo » ; Oxford English Dictionary, entrées « tattoo » ; Woordenboek der Nederlandsche Taal, entrée « taptoe » ; Trésor de la langue française informatisé, entrée « tatouer ».
  • Ira Dye, « The Tattoos of Early American Seafarers, 1796-1818 », Proceedings of the American Philosophical Society, 1989.
  • M. Samadelli et al., cartographie des tatouages de l'homme des glaces, Journal of Cultural Heritage, 2015.
  • D. Antoine, R. Friedman et al., tatouages figuratifs de Gebelein, Journal of Archaeological Science, 2018.
  • Sean Mallon et Sébastien Galliot, Tatau: A History of Sāmoan Tattooing, Te Papa Press, 2018.
  • Ngahuia Te Awekotuku, avec Linda Waimarie Nikora, Mau Moko: The World of Māori Tattoo, 2007.
  • Henri Corneille Agrippa, De occulta philosophia libri tres, Cologne, 1533 ; Picatrix.
  • Austin Osman Spare, The Book of Pleasure (Self-Love), 1913 ; Peter J. Carroll, Liber Null, 1978.
  • Manuscrit islandais Huld, vers 1860 (Vegvísir) ; manuscrits islandais de l'époque moderne (Ægishjálmur).


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