Je me souviens d'un brouhaha, en 2025, dans une salle remplie, à la distillerie Belgian Owl, en Hesbaye, dans la province de Liège. Une vingtaine d'années plus tôt, ce whisky n'était qu'un pari, dans l'atelier d'un liquoriste de la banlieue liégeoise. Que faut-il réunir pour faire naître un single malt là où personne ne l'attendait ?
L'essentiel à retenir
- Qu'est-ce que Belgian Owl ? Un single malt belge : le whisky d'une seule distillerie, fait de la seule orge maltée. Il est né de l'alliance d'un liquoriste liégeois et d'une famille d'agriculteurs de Hesbaye.
- D'où vient son orge ? Des champs qui entourent la distillerie, à Fexhe-le-Haut-Clocher, cultivés avec des agriculteurs de la région.
- Et ses alambics ? Deux cuivres écossais sauvés d'une distillerie disparue, puis remontés dans une ferme belge par une équipe venue d'Écosse.
- Qui a cru en lui avant qu'il existe ? Des amateurs, qui ont acheté leur bouteille trois ans avant de pouvoir la boire.
« C'est comme une naissance, ça ne s'oublie pas. »
Étienne Bouillon, fondateur de Belgian Owl, à propos de son premier fût, Paris Match Belgique, 2021.
Je me souviens d'un brouhaha, en 2025, dans une salle remplie, à la distillerie Belgian Owl, en Hesbaye, dans la province de Liège. Une vingtaine d'années plus tôt, ce whisky n'était qu'un pari, dans l'atelier d'un liquoriste de la banlieue liégeoise. Que faut-il réunir pour faire naître un single malt là où personne ne l'attendait ?
L'essentiel à retenir
- Qu'est-ce que Belgian Owl ? Un single malt belge : le whisky d'une seule distillerie, fait de la seule orge maltée. Il est né de l'alliance d'un liquoriste liégeois et d'une famille d'agriculteurs de Hesbaye.
- D'où vient son orge ? Des champs qui entourent la distillerie, à Fexhe-le-Haut-Clocher, cultivés avec des agriculteurs de la région.
- Et ses alambics ? Deux cuivres écossais sauvés d'une distillerie disparue, puis remontés dans une ferme belge par une équipe venue d'Écosse.
- Qui a cru en lui avant qu'il existe ? Des amateurs, qui ont acheté leur bouteille trois ans avant de pouvoir la boire.
« C'est comme une naissance, ça ne s'oublie pas. »
Étienne Bouillon, fondateur de Belgian Owl, à propos de son premier fût, Paris Match Belgique, 2021.
Une orge de Hesbaye
L'orge du whisky pousse dans un rayon d'une dizaine de kilomètres autour de la distillerie de Fexhe-le-Haut-Clocher.
Une orge de Hesbaye
L'orge du whisky pousse dans un rayon d'une dizaine de kilomètres autour de la distillerie de Fexhe-le-Haut-Clocher.
J'étais venu avec deux amis, un verre de Belgian Owl à la main, à Fexhe-le-Haut-Clocher, le village de Hesbaye où la distillerie s'est installée dans une ferme. Autour de nous, des professionnels étaient venus voir ce que la maison proposait depuis le départ de son fondateur, Étienne Bouillon. Il y avait une lumière, une impatience palpable. L'ambiance était familiale : on se connaissait, ou on s'était déjà croisés. C'est un petit monde. Le moment a été très agréable.
Je suis pourtant reparti avec un sentiment que je n'ai pas su nommer.
⁂
Ce que je sais nommer, en revanche, c'est ce qu'ont bâti ceux de Belgian Owl.
J'étais venu avec deux amis, un verre de Belgian Owl à la main, à Fexhe-le-Haut-Clocher, le village de Hesbaye où la distillerie s'est installée dans une ferme. Autour de nous, des professionnels étaient venus voir ce que la maison proposait depuis le départ de son fondateur, Étienne Bouillon. Il y avait une lumière, une impatience palpable. L'ambiance était familiale : on se connaissait, ou on s'était déjà croisés. C'est un petit monde. Le moment a été très agréable.
Je suis pourtant reparti avec un sentiment que je n'ai pas su nommer.
⁂
Ce que je sais nommer, en revanche, c'est ce qu'ont bâti ceux de Belgian Owl.
Le pari d'un faiseur de pèkèt
Un homme remplit un fût, dans un atelier de Grâce-Hollogne, dans la banlieue de Liège. Il est 11 heures, ce 29 octobre 2004. Devant lui : deux témoins et deux agents des Douanes et accises.
Ce n'était encore qu'un distillat.
Pas encore un whisky.
L'homme s'appelle Étienne Bouillon, et il n'est pas venu au whisky par l'Écosse. Il vient du pèkèt, le genièvre liégeois, une eau-de-vie de céréales parfumée aux baies de genévrier, un chapitre wallon de l'histoire du genièvre. Il vient aussi d'une famille qui travaille dans les vins et alcools depuis quatre générations. Au début des années 1990, il lance sa propre distillerie, qui deviendra Lambicool : on y fait des pèkèts nature et fruités, et l'on y distille à façon pour d'autres producteurs.
C'est au cours d'un souper de chasse, raconte La Libre, qu'au début des années 2000 Étienne Bouillon confie son idée d'un whisky à Pierre Roberti, agriculteur à Fexhe-le-Haut-Clocher, dont la famille tient la ferme de Goreux. Leur ambition commune : créer un single malt d'orge cultivée en Hesbaye et diversifier l'agriculture locale. En octobre 2004, un financier, Luc Foubert, aide à boucler le tour de table ; plus tard, Christian Polis tiendra les comptes du pari. L'outil de départ tient dans l'atelier : deux alambics en cuivre de 500 litres, fabriqués en Suisse à la fin du XIXe siècle.
Des douaniers pour un tonneau ? C'est la règle. Tant qu'il vieillit en entrepôt fiscal, l'alcool reste sous surveillance : les droits d'accise ne sont dus qu'à sa sortie, et chaque litre est suivi jusque-là.
Quatre témoins pour un tonneau.
Bien des mariages en ont moins.
Le pari d'un faiseur de pèkèt
Un homme remplit un fût, dans un atelier de Grâce-Hollogne, dans la banlieue de Liège. Il est 11 heures, ce 29 octobre 2004. Devant lui : deux témoins et deux agents des Douanes et accises.
Ce n'était encore qu'un distillat.
Pas encore un whisky.
L'homme s'appelle Étienne Bouillon, et il n'est pas venu au whisky par l'Écosse. Il vient du pèkèt, le genièvre liégeois, une eau-de-vie de céréales parfumée aux baies de genévrier, un chapitre wallon de l'histoire du genièvre. Il vient aussi d'une famille qui travaille dans les vins et alcools depuis quatre générations. Au début des années 1990, il lance sa propre distillerie, qui deviendra Lambicool : on y fait des pèkèts nature et fruités, et l'on y distille à façon pour d'autres producteurs.
C'est au cours d'un souper de chasse, raconte La Libre, qu'au début des années 2000 Étienne Bouillon confie son idée d'un whisky à Pierre Roberti, agriculteur à Fexhe-le-Haut-Clocher, dont la famille tient la ferme de Goreux. Leur ambition commune : créer un single malt d'orge cultivée en Hesbaye et diversifier l'agriculture locale. En octobre 2004, un financier, Luc Foubert, aide à boucler le tour de table ; plus tard, Christian Polis tiendra les comptes du pari. L'outil de départ tient dans l'atelier : deux alambics en cuivre de 500 litres, fabriqués en Suisse à la fin du XIXe siècle.
Des douaniers pour un tonneau ? C'est la règle. Tant qu'il vieillit en entrepôt fiscal, l'alcool reste sous surveillance : les droits d'accise ne sont dus qu'à sa sortie, et chaque litre est suivi jusque-là.
Quatre témoins pour un tonneau.
Bien des mariages en ont moins.
Le métier de départ
À Grâce-Hollogne, on faisait des pèkèts nature et fruités, dont l'un s'appelait « la Pomme d'Étienne ».
Le métier de départ
À Grâce-Hollogne, on faisait des pèkèts nature et fruités, dont l'un s'appelait « la Pomme d'Étienne ».
Nous sommes liquoristes, nous aussi, à Fleurus, et ce métier de départ est le nôtre : macérer, assembler, reprendre une recette jusqu'à ce qu'elle tienne. Il se compte en semaines. Passer au whisky, c'est accepter de compter en années. Nous mesurons le courage qu'il faut pour franchir ce pas.
Trois ans au moins.
À regarder dormir un fût.
Nous sommes liquoristes, nous aussi, à Fleurus, et ce métier de départ est le nôtre : macérer, assembler, reprendre une recette jusqu'à ce qu'elle tienne. Il se compte en semaines. Passer au whisky, c'est accepter de compter en années. Nous mesurons le courage qu'il faut pour franchir ce pas.
Trois ans au moins.
À regarder dormir un fût.
Un pied d'orge dans la main
Un homme se baisse au bord d'un champ, derrière une ferme de Hesbaye, et retire avec précaution un jeune pied d'orge de la terre limoneuse. C'est Étienne Bouillon, en 2013. Fred Blans, chroniqueur néerlandais du whisky venu en visite, note la délicatesse du geste, qu'il trouve affectueux.
La ferme, c'est Goreux, à Fexhe-le-Haut-Clocher : une grosse ferme en carré, berceau de la famille Roberti depuis 1819. Pierre Roberti y sème une première orge destinée au whisky dès 2003, avant même que la société existe. Dix ans plus tard, quand la distillerie s'installe dans ses murs, il est aux côtés d'Étienne Bouillon dans toutes les décisions sur la culture.
L'orge pousse autour, l'eau vient de dessous : on la puise à une quarantaine de mètres sous la distillerie. Le grain part à la malterie du château de Belœil, puis revient en Hesbaye. Étienne Bouillon en est convaincu, ce sol donne au whisky l'identité de sa terre. « Ici, la terre est vraiment exceptionnelle et on en a une belle épaisseur », disait-il à la RTBF en 2020.
D'autres agriculteurs ont suivi. Quentin Degive rejoint ceux de la distillerie en 2021 : elle cherchait des hectares d'orge brassicole, lui voulait diversifier sa ferme. Sa décision, il la résume à la RTBF par une question : « Pourquoi pas ouvrir cette porte-là ? » Il trouve très valorisant, ajoute-t-il, de pouvoir expliquer son métier en partant du produit fini.
Pour qui travaille des plantes, l'idée n'a rien d'abstrait : une matière première porte la trace de l'endroit où elle a poussé.
Le goût d'un lieu ne se prouve pas toujours.
Il se cultive.
Un pied d'orge dans la main
Un homme se baisse au bord d'un champ, derrière une ferme de Hesbaye, et retire avec précaution un jeune pied d'orge de la terre limoneuse. C'est Étienne Bouillon, en 2013. Fred Blans, chroniqueur néerlandais du whisky venu en visite, note la délicatesse du geste, qu'il trouve affectueux.
La ferme, c'est Goreux, à Fexhe-le-Haut-Clocher : une grosse ferme en carré, berceau de la famille Roberti depuis 1819. Pierre Roberti y sème une première orge destinée au whisky dès 2003, avant même que la société existe. Dix ans plus tard, quand la distillerie s'installe dans ses murs, il est aux côtés d'Étienne Bouillon dans toutes les décisions sur la culture.
L'orge pousse autour, l'eau vient de dessous : on la puise à une quarantaine de mètres sous la distillerie. Le grain part à la malterie du château de Belœil, puis revient en Hesbaye. Étienne Bouillon en est convaincu, ce sol donne au whisky l'identité de sa terre. « Ici, la terre est vraiment exceptionnelle et on en a une belle épaisseur », disait-il à la RTBF en 2020.
D'autres agriculteurs ont suivi. Quentin Degive rejoint ceux de la distillerie en 2021 : elle cherchait des hectares d'orge brassicole, lui voulait diversifier sa ferme. Sa décision, il la résume à la RTBF par une question : « Pourquoi pas ouvrir cette porte-là ? » Il trouve très valorisant, ajoute-t-il, de pouvoir expliquer son métier en partant du produit fini.
Pour qui travaille des plantes, l'idée n'a rien d'abstrait : une matière première porte la trace de l'endroit où elle a poussé.
Le goût d'un lieu ne se prouve pas toujours.
Il se cultive.
Acheter une bouteille qui n'existe pas
Une pleine page de publicité, en 1999, annonce un whisky belge et promet une bouteille aux cinq cents premiers qui appelleront. C'est un canular, monté par deux agences publicitaires. Selon l'historique de la maison, 30 000 appels arrivent en 72 heures. Étienne Bouillon situera là le déclic de son projet.
Ce whisky-là n'existait pas.
Ceux qui le voulaient, si.
Cinq ans plus tard, il fait répéter l'opération, cette fois pour de bon. En décembre 2004, une pleine page dans la presse quotidienne belge annonce une prévente en ligne. Le distillat d'Étienne Bouillon dort en fût et, pendant trois ans au moins, il n'aura pas le droit de s'appeler whisky. Il faut pourtant faire tourner l'atelier.
Quelque huit cents premières bouteilles trouvent preneur.
On achète une bouteille qui n'existe pas encore.
On achète du temps.
Pendant ce temps, le distillat vieillit surtout en fûts de chêne américain de premier remplissage, qui ont d'abord contenu du bourbon.
Un samedi de novembre 2007, l'aéroport de Bierset, près de Liège, accueille le salon Spirits in the Sky. Belgian Owl y est mis en vente et goûté pour la première fois. Étienne Bouillon parle de son whisky avec des mots d'artisan : « Je ne garde que le cœur du distillat obtenu après une deuxième distillation. » Cette année-là, les amateurs viennent chercher les bouteilles qu'ils avaient payées trois ans plus tôt.
Acheter une bouteille qui n'existe pas
Une pleine page de publicité, en 1999, annonce un whisky belge et promet une bouteille aux cinq cents premiers qui appelleront. C'est un canular, monté par deux agences publicitaires. Selon l'historique de la maison, 30 000 appels arrivent en 72 heures. Étienne Bouillon situera là le déclic de son projet.
Ce whisky-là n'existait pas.
Ceux qui le voulaient, si.
Cinq ans plus tard, il fait répéter l'opération, cette fois pour de bon. En décembre 2004, une pleine page dans la presse quotidienne belge annonce une prévente en ligne. Le distillat d'Étienne Bouillon dort en fût et, pendant trois ans au moins, il n'aura pas le droit de s'appeler whisky. Il faut pourtant faire tourner l'atelier.
Quelque huit cents premières bouteilles trouvent preneur.
On achète une bouteille qui n'existe pas encore.
On achète du temps.
Pendant ce temps, le distillat vieillit surtout en fûts de chêne américain de premier remplissage, qui ont d'abord contenu du bourbon.
Un samedi de novembre 2007, l'aéroport de Bierset, près de Liège, accueille le salon Spirits in the Sky. Belgian Owl y est mis en vente et goûté pour la première fois. Étienne Bouillon parle de son whisky avec des mots d'artisan : « Je ne garde que le cœur du distillat obtenu après une deuxième distillation. » Cette année-là, les amateurs viennent chercher les bouteilles qu'ils avaient payées trois ans plus tôt.
La couleur du bois
Ramené d'environ 60 % à 46 % avec de l'eau pure, sans filtration à froid ni colorant, Belgian Owl garde la couleur que lui a donnée le fût, expliquait Étienne Bouillon en 2007.
La couleur du bois
Ramené d'environ 60 % à 46 % avec de l'eau pure, sans filtration à froid ni colorant, Belgian Owl garde la couleur que lui a donnée le fût, expliquait Étienne Bouillon en 2007.
Ces amateurs qui reviennent disent l'essentiel. Un whisky ne naît jamais seul : il lui faut une terre, un cuivre, des années, et des gens qui acceptent d'attendre ensemble. En Hesbaye, Belgian Owl l'a prouvé.
Nous connaissons ce moment : tendre un verre à des inconnus, sur un stand, et guetter leur première réaction.
Trois ans d'attente tenaient dans un verre.
Ces amateurs qui reviennent disent l'essentiel. Un whisky ne naît jamais seul : il lui faut une terre, un cuivre, des années, et des gens qui acceptent d'attendre ensemble. En Hesbaye, Belgian Owl l'a prouvé.
Nous connaissons ce moment : tendre un verre à des inconnus, sur un stand, et guetter leur première réaction.
Trois ans d'attente tenaient dans un verre.
Onze Écossais dans une grange de Hesbaye
Un homme penché, l'oreille tournée vers un alambic de cuivre. C'est ainsi que Fred Blans trouve Harry Cockburn, vétéran de la distillation écossaise et ancien directeur d'une distillerie de l'île d'Islay, en 2013, dans la grande grange de la ferme de Goreux. Le vétéran vient de superviser le montage de deux alambics arrivés d'Écosse.
Ils viennent de Rothes, dans le Speyside, une région de distilleries du nord-est de l'Écosse. Ce sont les alambics de Caperdonich, une distillerie fermée en 2002. En 2010, une chaudronnerie de Rothes a racheté le site parce qu'elle avait besoin de place pour ses ateliers : la distillerie a été rasée, mais la cuve de brassage, les cuves de fermentation et les quatre alambics ont été sauvés. Deux d'entre eux ont pris la route de la Hesbaye.
Le 27 février 2013, onze Écossais arrivent à Fexhe-le-Haut-Clocher. Ils ont huit semaines pour remonter les alambics dans la ferme des Roberti, et ils travaillent sept jours sur sept. Les deux nouveaux cuivres contiennent environ 11 000 et 8 000 litres ; les alambics suisses de Grâce-Hollogne, 500. La production pourra passer de 20 000 à 80 000 bouteilles par an.
Au cours de la même visite, Katia Guidolin, adjointe de direction, montre à Fred Blans le spirit safe, ce coffre de cuivre et de verre où le distillateur contrôle le distillat. Elle vient de le polir. Ils posent tous deux, fiers, à côté de cette « beauté », comme l'écrit le chroniqueur.
Pour financer ce saut, la maison se tourne une nouvelle fois vers les amateurs : elle leur propose de souscrire une part de l'un de deux cents fûts, baptisés « The 200 Private Angels ». Puis il faut encore attendre. En octobre 2016, le premier whisky des alambics écossais est mis en bouteille, et la distillerie est officiellement inaugurée.
« Désormais, nous allons effectuer en une journée ce qui nous prenait un mois. »
Étienne Bouillon, 2016.
Démontés en Écosse, remontés en Hesbaye.
Le cuivre n'avait changé que d'adresse.
Onze Écossais dans une grange de Hesbaye
Un homme penché, l'oreille tournée vers un alambic de cuivre. C'est ainsi que Fred Blans trouve Harry Cockburn, vétéran de la distillation écossaise et ancien directeur d'une distillerie de l'île d'Islay, en 2013, dans la grande grange de la ferme de Goreux. Le vétéran vient de superviser le montage de deux alambics arrivés d'Écosse.
Ils viennent de Rothes, dans le Speyside, une région de distilleries du nord-est de l'Écosse. Ce sont les alambics de Caperdonich, une distillerie fermée en 2002. En 2010, une chaudronnerie de Rothes a racheté le site parce qu'elle avait besoin de place pour ses ateliers : la distillerie a été rasée, mais la cuve de brassage, les cuves de fermentation et les quatre alambics ont été sauvés. Deux d'entre eux ont pris la route de la Hesbaye.
Le 27 février 2013, onze Écossais arrivent à Fexhe-le-Haut-Clocher. Ils ont huit semaines pour remonter les alambics dans la ferme des Roberti, et ils travaillent sept jours sur sept. Les deux nouveaux cuivres contiennent environ 11 000 et 8 000 litres ; les alambics suisses de Grâce-Hollogne, 500. La production pourra passer de 20 000 à 80 000 bouteilles par an.
Au cours de la même visite, Katia Guidolin, adjointe de direction, montre à Fred Blans le spirit safe, ce coffre de cuivre et de verre où le distillateur contrôle le distillat. Elle vient de le polir. Ils posent tous deux, fiers, à côté de cette « beauté », comme l'écrit le chroniqueur.
Pour financer ce saut, la maison se tourne une nouvelle fois vers les amateurs : elle leur propose de souscrire une part de l'un de deux cents fûts, baptisés « The 200 Private Angels ». Puis il faut encore attendre. En octobre 2016, le premier whisky des alambics écossais est mis en bouteille, et la distillerie est officiellement inaugurée.
« Désormais, nous allons effectuer en une journée ce qui nous prenait un mois. »
Étienne Bouillon, 2016.
Démontés en Écosse, remontés en Hesbaye.
Le cuivre n'avait changé que d'adresse.
Ce que sait la chouette
Sur chaque étiquette, une chouette. Pourquoi elle ? Étienne Bouillon l'explique dès 2013 : il faut le savoir de l'oiseau pour faire le whisky, et sa sagesse pour le déguster. C'est aussi, dit-il, un animal familier des campagnes de Hesbaye. L'oiseau d'Athéna s'est ainsi posé sur les bouteilles.
Ce que sait la chouette
Sur chaque étiquette, une chouette. Pourquoi elle ? Étienne Bouillon l'explique dès 2013 : il faut le savoir de l'oiseau pour faire le whisky, et sa sagesse pour le déguster. C'est aussi, dit-il, un animal familier des campagnes de Hesbaye. L'oiseau d'Athéna s'est ainsi posé sur les bouteilles.
Chouette ou hibou ?
En anglais, owl désigne aussi bien la chouette que le hibou : chacun y reconnaît l'oiseau qu'il préfère.
Chouette ou hibou ?
En anglais, owl désigne aussi bien la chouette que le hibou : chacun y reconnaît l'oiseau qu'il préfère.
La maison en a une autre. Sur la page de ses visites, elle promettait qu'on croiserait peut-être sa « propre chouette » : son distillery manager, son responsable de distillerie. Pour les vingt ans de la maison, en 2024, ce titre est celui de Julien Pirotte.
En 2024, Étienne Bouillon a passé la main et cédé la majorité de ses parts. Il est revenu à Lambicool, sa première maison de Grâce-Hollogne, et à la distillation à façon.
À Fexhe-le-Haut-Clocher, Julien Pirotte a pris la conduite de la production. L'édition anniversaire, la maison l'a présentée comme l'assemblage des fûts préférés de son responsable de distillerie.
La preuve qu'une orge de Hesbaye tenait son rang, elle, était venue bien plus tôt. Le guide annuel de Jim Murray, la Whisky Bible, a distingué dans son édition 2011 un Belgian Owl de 44 mois, à peine plus de trois ans et demi de fût : European Single Cask Whisky of the Year. Dans celle de 2015, un Belgian Owl de 64 mois est sacré whisky européen de l'année. En 2023, la cuvée Gold Diamond s'y classe cinquième de la sélection mondiale : son fût a reposé dans une atmosphère chargée d'arômes de safran de Wasseiges, en Hesbaye.
Belgian Owl n'est pas le premier whisky belge. À Raeren, dans l'est du pays, la distillerie Radermacher revendique le sien dès 1995, et Filliers, à Deinze, en Flandre-Orientale, sort son Goldlys à la même époque. Mais Belgian Owl compte parmi les pionniers du single malt belge, et il a montré qu'un whisky de Hesbaye pouvait se faire une place parmi les meilleurs d'Europe.
Reste l'ingrédient que ni les médailles ni le safran ne remplacent.
Le temps.
La maison en a une autre. Sur la page de ses visites, elle promettait qu'on croiserait peut-être sa « propre chouette » : son distillery manager, son responsable de distillerie. Pour les vingt ans de la maison, en 2024, ce titre est celui de Julien Pirotte.
En 2024, Étienne Bouillon a passé la main et cédé la majorité de ses parts. Il est revenu à Lambicool, sa première maison de Grâce-Hollogne, et à la distillation à façon.
À Fexhe-le-Haut-Clocher, Julien Pirotte a pris la conduite de la production. L'édition anniversaire, la maison l'a présentée comme l'assemblage des fûts préférés de son responsable de distillerie.
La preuve qu'une orge de Hesbaye tenait son rang, elle, était venue bien plus tôt. Le guide annuel de Jim Murray, la Whisky Bible, a distingué dans son édition 2011 un Belgian Owl de 44 mois, à peine plus de trois ans et demi de fût : European Single Cask Whisky of the Year. Dans celle de 2015, un Belgian Owl de 64 mois est sacré whisky européen de l'année. En 2023, la cuvée Gold Diamond s'y classe cinquième de la sélection mondiale : son fût a reposé dans une atmosphère chargée d'arômes de safran de Wasseiges, en Hesbaye.
Belgian Owl n'est pas le premier whisky belge. À Raeren, dans l'est du pays, la distillerie Radermacher revendique le sien dès 1995, et Filliers, à Deinze, en Flandre-Orientale, sort son Goldlys à la même époque. Mais Belgian Owl compte parmi les pionniers du single malt belge, et il a montré qu'un whisky de Hesbaye pouvait se faire une place parmi les meilleurs d'Europe.
Reste l'ingrédient que ni les médailles ni le safran ne remplacent.
Le temps.
À ceux qui ont fait Belgian Owl
Cet automne, les alambics de Fexhe seront mis en vente : la société qui exploite la distillerie est en liquidation volontaire. Sur l'une des fiches, une ligne arrête le regard : pour enlever chacun des deux alambics écossais, il faudra démonter temporairement un châssis de fenêtre.
Il avait fallu onze Écossais et huit semaines pour les installer.
Derrière ces cuivres, il y a des visages. Un liquoriste de Grâce-Hollogne qui a rempli un premier fût devant quatre témoins. Pierre Roberti et les siens, qui ont ouvert la ferme de Goreux, un financier qui a aidé à boucler le tour de table, un associé qui a tenu les comptes. Des agriculteurs de Hesbaye qui ont semé l'orge, et Quentin Degive, qui a ouvert une porte. Les chaudronniers de Rothes, les monteurs venus d'Écosse, le vétéran l'oreille tournée vers l'alambic. Katia Guidolin et son cuivre poli. Julien Pirotte et l'équipe qui a veillé sur les fûts. Et des centaines d'amateurs qui ont acheté des bouteilles qui n'existaient pas encore.
Nous savons ce que vaut une matière choisie avec soin. Les années d'attente, nous ne pouvons que les imaginer. À eux tous, notre admiration.
Et notre gratitude de confrères.
Ce soir, si une bouteille à la chouette attend dans votre armoire, versez-en un doigt et regardez la couleur que le fût lui a donnée. Sinon, n'importe quel verre d'ici fera l'affaire : c'est le geste qui compte. Levez-le vers la Hesbaye.
À la chouette.
Et à ceux qui l'ont fait voler.
À ceux qui ont fait Belgian Owl
Cet automne, les alambics de Fexhe seront mis en vente : la société qui exploite la distillerie est en liquidation volontaire. Sur l'une des fiches, une ligne arrête le regard : pour enlever chacun des deux alambics écossais, il faudra démonter temporairement un châssis de fenêtre.
Il avait fallu onze Écossais et huit semaines pour les installer.
Derrière ces cuivres, il y a des visages. Un liquoriste de Grâce-Hollogne qui a rempli un premier fût devant quatre témoins. Pierre Roberti et les siens, qui ont ouvert la ferme de Goreux, un financier qui a aidé à boucler le tour de table, un associé qui a tenu les comptes. Des agriculteurs de Hesbaye qui ont semé l'orge, et Quentin Degive, qui a ouvert une porte. Les chaudronniers de Rothes, les monteurs venus d'Écosse, le vétéran l'oreille tournée vers l'alambic. Katia Guidolin et son cuivre poli. Julien Pirotte et l'équipe qui a veillé sur les fûts. Et des centaines d'amateurs qui ont acheté des bouteilles qui n'existaient pas encore.
Nous savons ce que vaut une matière choisie avec soin. Les années d'attente, nous ne pouvons que les imaginer. À eux tous, notre admiration.
Et notre gratitude de confrères.
Ce soir, si une bouteille à la chouette attend dans votre armoire, versez-en un doigt et regardez la couleur que le fût lui a donnée. Sinon, n'importe quel verre d'ici fera l'affaire : c'est le geste qui compte. Levez-le vers la Hesbaye.
À la chouette.
Et à ceux qui l'ont fait voler.
Sources principales
Quelques nuances. Le premier fût a été rempli le 29 octobre 2004 devant deux témoins et deux agents des Douanes et accises, selon la presse de 2007 ; l'historique de la maison situe au 18 octobre la signature de l'acte d'authenticité du fût, par trois témoins dont Luc Foubert. La première orge de 2003 n'est donnée que par Forbes Belgique. Le nom de la cuvée au safran varie selon les sources (Gold Diamond, Golden Diamond ou Diamond), comme les surfaces cultivées d'une année à l'autre. Le chiffre de 30 000 appels en 1999 vient de l'historique de la maison. La présentation de l'édition des vingt ans et celle du distillery manager comme « propre chouette » viennent des textes de Belgian Owl. Les passages tirés de Fred Blans sont traduits du néerlandais par nos soins.
- Banque-Carrefour des Entreprises et Moniteur belge, publications de The Owl Distillery (anciennement Pur.e Distillerie), 2004-2026.
- Historique de The Belgian Whisky, belgianwhisky.com, 2004 (copie intégrale consultée sur awardrobeofwhisky.com) : le canular de 1999, la prévente, Luc Foubert, l'acte du premier fût.
- « Le premier whisky belge », blog La cuisine à quatre mains, hébergé par La Libre, 19 novembre 2007.
- L'Avenir, « Le whisky belge rafle des prix », 16 octobre 2010 : le déclic de 1999 et l'opération répétée en 2004, racontés par Étienne Bouillon.
- Whisky Intelligence, sur les alambics de Caperdonich cédés à Belgian Owl, 17 septembre 2012.
- Fred Blans, « Er was eens een uil… », Leg before Wicket, 13 juillet 2013 (paru dans Whisky Passion n° 3).
- Lily Portugaels, « Histoire de chez nous : quand le whisky se fait hesbignon », La Libre, 11 décembre 2017 (la ferme de Goreux, entrée dans la famille Roberti en 1819 par le mariage du chirurgien Henri Roberti et de Marie-Anne Degueldre).
- Portrait d'Étienne Bouillon, La Libre, 3 novembre 2018 (études vétérinaires, entrée dans l'entreprise familiale en 1984, formation au CERIA, à Bruxelles).
- Marc Vanel, « La fièvre du malt », Waw Magazine, 18 mars 2018 ; et sur la cuvée au safran, 28 août 2022.
- RTBF, reportages de 2016, 2018 (orge cultivée dans un rayon de 10 kilomètres), 2020 et 2024 ; Martial Giot, sur la moisson de l'orge de Belgian Owl, 12 août 2021.
- Paris Match Belgique, portrait de Belgian Owl, 8 octobre 2021.
- L'Avenir, 3 février et 16 décembre 2022 ; L'Éventail, 5 mai 2022.
- Forbes Belgique, « Belgian Owl : liquidation d'un symbole de l'excellence wallonne », 24 septembre 2026.
- Passion du Whisky, sur l'événement du 9 septembre 2024 à la distillerie.
- Whisky Monkeys, sur l'édition des vingt ans, 13 décembre 2024 ; Belgian Owl, fiche de l'édition des vingt ans et page des visites.
- Jim Murray, Whisky Bible, éditions 2011 (note de 95,5 sur 100), 2015 et 2023.
- Base de données whisky.com, fiche Caperdonich.
- Règlement (UE) 2019/787, annexe I, catégorie 2 (whisky).
- Auctim, fiches de vente de la distillerie Belgian Owl, consultées le 8 octobre 2026.
Les illustrations de cet article sont des images d'évocation créées pour l'occasion.
Sources principales
Quelques nuances. Le premier fût a été rempli le 29 octobre 2004 devant deux témoins et deux agents des Douanes et accises, selon la presse de 2007 ; l'historique de la maison situe au 18 octobre la signature de l'acte d'authenticité du fût, par trois témoins dont Luc Foubert. La première orge de 2003 n'est donnée que par Forbes Belgique. Le nom de la cuvée au safran varie selon les sources (Gold Diamond, Golden Diamond ou Diamond), comme les surfaces cultivées d'une année à l'autre. Le chiffre de 30 000 appels en 1999 vient de l'historique de la maison. La présentation de l'édition des vingt ans et celle du distillery manager comme « propre chouette » viennent des textes de Belgian Owl. Les passages tirés de Fred Blans sont traduits du néerlandais par nos soins.
- Banque-Carrefour des Entreprises et Moniteur belge, publications de The Owl Distillery (anciennement Pur.e Distillerie), 2004-2026.
- Historique de The Belgian Whisky, belgianwhisky.com, 2004 (copie intégrale consultée sur awardrobeofwhisky.com) : le canular de 1999, la prévente, Luc Foubert, l'acte du premier fût.
- « Le premier whisky belge », blog La cuisine à quatre mains, hébergé par La Libre, 19 novembre 2007.
- L'Avenir, « Le whisky belge rafle des prix », 16 octobre 2010 : le déclic de 1999 et l'opération répétée en 2004, racontés par Étienne Bouillon.
- Whisky Intelligence, sur les alambics de Caperdonich cédés à Belgian Owl, 17 septembre 2012.
- Fred Blans, « Er was eens een uil… », Leg before Wicket, 13 juillet 2013 (paru dans Whisky Passion n° 3).
- Lily Portugaels, « Histoire de chez nous : quand le whisky se fait hesbignon », La Libre, 11 décembre 2017 (la ferme de Goreux, entrée dans la famille Roberti en 1819 par le mariage du chirurgien Henri Roberti et de Marie-Anne Degueldre).
- Portrait d'Étienne Bouillon, La Libre, 3 novembre 2018 (études vétérinaires, entrée dans l'entreprise familiale en 1984, formation au CERIA, à Bruxelles).
- Marc Vanel, « La fièvre du malt », Waw Magazine, 18 mars 2018 ; et sur la cuvée au safran, 28 août 2022.
- RTBF, reportages de 2016, 2018 (orge cultivée dans un rayon de 10 kilomètres), 2020 et 2024 ; Martial Giot, sur la moisson de l'orge de Belgian Owl, 12 août 2021.
- Paris Match Belgique, portrait de Belgian Owl, 8 octobre 2021.
- L'Avenir, 3 février et 16 décembre 2022 ; L'Éventail, 5 mai 2022.
- Forbes Belgique, « Belgian Owl : liquidation d'un symbole de l'excellence wallonne », 24 septembre 2026.
- Passion du Whisky, sur l'événement du 9 septembre 2024 à la distillerie.
- Whisky Monkeys, sur l'édition des vingt ans, 13 décembre 2024 ; Belgian Owl, fiche de l'édition des vingt ans et page des visites.
- Jim Murray, Whisky Bible, éditions 2011 (note de 95,5 sur 100), 2015 et 2023.
- Base de données whisky.com, fiche Caperdonich.
- Règlement (UE) 2019/787, annexe I, catégorie 2 (whisky).
- Auctim, fiches de vente de la distillerie Belgian Owl, consultées le 8 octobre 2026.
Les illustrations de cet article sont des images d'évocation créées pour l'occasion.